La Cour suprême se divise dans l'affaire du gâteau de mariage gai

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Une manifestation en appui au pâtissier Jack Phillips a été organisée mardi devant la Cour suprême, à Washington.

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Sébastien BLANC
Agence France-Presse
Washington

Les neuf juges de la Cour suprême des États-Unis sont apparus très divisés mardi dans l'affaire d'un pâtissier ayant refusé de faire un gâteau de mariage pour un couple homosexuel.

Les quatre magistrats progressistes de l'institution ont semblé convaincus que le commerçant de l'État du Colorado se devait de servir tous ses clients, quelle que soit leur orientation sexuelle.

Mais les juges conservateurs de la haute cour ont prêté une oreille attentive à l'argument selon lequel Jack Phillips, le pâtissier, ne pouvait être forcé d'utiliser ses talents créatifs pour véhiculer un «message» contraire à ses convictions chrétiennes.

Cette affaire, devenue emblématique bien qu'apparemment insolite, oppose ce pâtissier à deux hommes aujourd'hui mariés, Dave Mullins et Charlie Craig.

Elle est porteuse de vastes enjeux pour la société américaine.

La Cour suprême doit trancher entre de grands principes: la liberté religieuse, l'égalité sexuelle et la liberté d'expression protégée par le premier amendement de la Constitution.

Le juge conservateur Anthony Kennedy, un catholique grâce auquel a été emportée la décision légalisant le mariage gay dans tous les États-Unis en 2015, jouera probablement un rôle crucial dans la décision.

L'audience solennelle de presque 90 minutes s'est déroulée tandis que des manifestants des deux camps - militants LGBT ou chrétiens conservateurs - étaient rassemblés à l'extérieur du grand édifice à colonnes de marbre blanc.

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Jack Phillips

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L'art c'est (pas) du gâteau 

La première question débattue a été de savoir si un gâteau pouvait être une forme d'expression artistique représentant l'institution du mariage.

«La principale raison d'être d'une nourriture est d'être mangée», a souligné la magistrate progressiste Sonia Sotomayor.

Mais l'avocate du pâtissier, Kristen Waggoner, a plaidé que son client était un artiste confectionnant des formes élaborées, avec des inscriptions, ses pièces montées étant surmontées de «sculptures temporaires».

M. Phillips est soutenu par une vingtaine d'États américains, des dizaines d'élus du Congrès et tout ce que l'Amérique compte de groupes chrétiens conservateurs.

Il a surtout rallié à sa cause le gouvernement de Donald Trump.

L'avocat général des États-Unis, une fonction éminente du département de la Justice, a d'ailleurs pris la parole pour défendre le pâtissier.

«Un sculpteur afro-américain ne peut être forcé de sculpter une croix pour le Ku Klux Klan au prétexte qu'il le fait pour d'autres religieux», a affirmé Noel Francisco.

Une telle position produit des «conséquences inacceptables», a répliqué David Cole, l'avocat du couple homosexuel. «Une boulangerie pourrait refuser de vendre un gâteau d'anniversaire à une famille noire en désapprouvant qu'on fête la vie des Noirs».

Les débats mardi ont été remplis d'hypothèses et de comparaisons plus ou moins éloignées du gâteau de noces. En voici un florilège :

En quoi un pâtissier pourrait-il émettre un message grâce à son art, et non le chef d'un restaurant, un fleuriste, une maquilleuse, ou encore le rédacteur d'un menu gastronomique?

Si le pâtissier accepte d'inscrire sur son gâteau une date célébrant un anniversaire, peut-il refuser d'inscrire la célébration d'un événement choquant comme la Nuit de Cristal?

Jack Phillips devrait-il être contraint de dessiner la bannière arc-en-ciel des homosexuels sur une de ses créations?

Charlie Craig et David Mullins.... (AP) - image 3.0

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Charlie Craig et David Mullins.

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Couple présent à Washington 

Revenant au coeur du dossier, l'avocat de MM. Mullins et Craig a insisté sur le fait qu'ils avaient essuyé le refus du pâtissier à la seule mention qu'il s'agissait de leur mariage, avant même toute discussion sur le gâteau.

«Il n'y a pas eu de demande concernant un dessin, il n'y a pas eu de demande concernant un message», a assuré M. Cole qui, par ailleurs, a indiqué «ne pas douter de la sincérité des convictions» de M. Phillips.

En costume-cravate et se tenant par la main, Dave Mullins et Charlie Craig ont posé pour les nombreux médias présents à la Cour suprême.

«Cette affaire ne concerne pas la liberté artistique. Nous n'avons pas demandé une oeuvre d'art. Nous avons essuyé un refus fondé sur qui nous sommes, nous avons été humiliés publiquement en raison de qui nous sommes», avait confié la veille M. Mullins.

Le pâtissier a aussi fait le voyage à Washington. «J'adore mon art car je transforme un gâteau en une toile sur laquelle j'exprime des idées, je célèbre des événements et j'apporte de la joie», a dit Jack Phillips.

La Cour suprême rendra sa décision d'ici juin, un mois souvent associé aux mariages.




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