New Jersey: un projet de mosquée suscite colère et ressentiment

Le pont de Bayonne, New Jersey.... (AP)

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Le pont de Bayonne, New Jersey.

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Jennie MATTHEW
Agence France-Presse
BAYONNE

Après des heures de réunions publiques qui ont vu les tensions entre chrétiens et musulmans exposées au grand jour, la décision est tombée cette semaine: les musulmans de Bayonne, dans le New Jersey, n'auront pas le lieu de prières dont ils rêvaient.

La dispute dans cette ville résidentielle à 30 kilomètres de New York, forte de dizaines d'églises et d'une petite minorité musulmane, aura duré des mois, reflétant le climat de plus en plus hostile envers les musulmans aux États-Unis.

Très suivies, une série de réunions devant la commission d'urbanisme locale pour autoriser ou pas la conversion d'un entrepôt abandonné en lieu de prières au coeur de cette ville de 65 000 habitants auront souvent été électriques, teintées de colère et d'insultes.

Témoin des tensions, l'ouverture des débats de la dernière réunion lundi soir, juste après que l'administration Trump a promulgué un nouveau décret limitant l'entrée aux États-Unis des citoyens de six pays musulmans, aura été l'occasion d'une étonnante scène de prières rivales: tandis qu'une douzaine de musulmans priaient en silence, debout tête baissée, d'un côté de l'auditorium du lycée, un petit groupe de chrétiens récitaient haut et fort le Notre Père, assis sur leur chaise.

Et lorsque les habitants se sont succédé au micro pour poser des questions ou prendre position, les réponses étaient souvent chahutées ou interrompues.

Préserver la tranquillité

La mosquée, qui devait remplacer un sous-sol converti en lieu de prière dont le bail a expiré, «ne convient tout simplement pas» pour Bayonne, répétaient inlassablement ses détracteurs.

«Combien d'enfants sont morts au nom de cette soi-disant religion ?», s'est même interrogée une femme.

«Vous voulez venir dans une petite ville aimante et très soudée. Mais nous voulons tous qu'elle reste comme elle est, tranquille et pacifique, nous ne voulons pas de cette grande mosquée», a lancé une autre, au bord des larmes.

À plusieurs reprises, le président de la commission d'urbanisme, Mark Urban, a menacé de mettre dehors les éléments les plus dissipés. Au moins un fauteur de troubles a été sorti par la police.

Les défenseurs de la mosquée accusaient leurs opposants de discrimination anti-musulmans.

Mais les «anti», pour la plupart des blancs souvent âgés, ont assuré qu'il n'en était rien et qu'ils voulaient simplement préserver la tranquillité de leur quartier: la petite rue qui passe devant le site proposé serait souvent encombrée, se garer deviendrait impossible... et qui veillerait à faire respecter la capacité limite de 135 personnes ?

Peu importe que les partisans de la mosquée aient accepté de réduire la capacité de la salle et de scinder en deux sessions la prière du vendredi, afin de réduire la circulation.

Au bout de six heures, le président Urban votera contre la mosquée, assurant que sa décision n'avait rien à voir avec la religion et accusant les deux camps de mauvaise foi.

«C'est insultant»

«C'est des deux côtés. Ils ne se contrôlent plus», a-t-il déclaré. «J'ai vu des choses qui me gênent profondément. J'espère que, quoi qui se passe au final, on arrivera tous à s'entendre, car c'est ça le plus important», a-t-il ajouté, en invitant les musulmans à trouver un autre site pour leur projet.

Mais Hussein Eid, un étudiant de 24 ans venu défendre la mosquée, s'est dit «incroyablement choqué» par certains des arguments utilisés contre le projet.

«C'est le genre de positions qu'on prend contre quelqu'un qui est votre ennemi, quelqu'un dont vous voudriez qu'il ne soit pas là. C'est insultant», a-t-il lancé au micro.

«Ils refusent de considérer la population dans sa globalité», a indiqué à l'AFP après la réunion Fahima Andersen, consultante de 59 ans, qui espérait que son fils de 10 ans puisse se rendre facilement à la mosquée sans avoir à quitter la ville.

«C'est vraiment triste pour moi car nous avons acheté une maison ici, on voulait vraiment s'ancrer ici», a-t-elle ajouté.

John Reynolds, 86 ans, qui habite tout près du site proposé, n'a lui pas caché sa joie devant le refus du projet.

«On raconte tant d'histoires sur la cruauté de ces gens, qui tranchent des têtes et d'autres choses, je n'ai pas besoin de ça», a-t-il dit, tout en se félicitant du nouveau décret migratoire signé par Donald Trump.




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