Fermeture des frontières: un premier test difficile pour Trump

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Des manifestants se sont mobilisés aux quatre coins des États-Unis pour contester la politique de Donald Trump.

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Ivan Couronne
Agence France-Presse
Washington

Manifestations, condamnations, pressions internationales: Donald Trump qui se défend d'avoir voulu cibler les musulmans affronte après dix jours de pouvoir le feu des critiques après sa décision de fermer les frontières aux réfugiés et aux ressortissants de sept pays musulmans.

Lundi, plus d'un million de personnes avaient signé une pétition anti-Trump au Royaume-Uni. S'il peut venir dans ce pays comme chef de l'administration, il faut lui refuser la visite d'État prévue cette année, qui implique de nombreux honneurs, stipule cette pétition.

Le décret signé vendredi par Donald Trump interdit l'entrée à tous les réfugiés, quelle que soit leur origine, pendant 120 jours (et de façon indéfinie pour les réfugiés syriens). Il l'interdit aussi pendant 90 jours aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane considérés comme des viviers terroristes par Washington: Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.

Son application confuse, qui a entrainé des scènes de détresse dans des aéroports américains et étrangers avec des personnes bloquées ou refoulées, a déclenché en ce début de semaine une série d'explications entre plusieurs pays et Washington.

«Pour que les choses soient claires, il ne s'agit pas d'une interdiction visant les musulmans, comme les médias le rapportent faussement», a déclaré Donald Trump dans un communiqué. «Cela n'a rien à voir avec la religion, il s'agit de terrorisme et de la sécurité de notre pays», a-t-il dit.

Clarifications

Dimanche soir, l'administration républicaine américaine a officiellement clarifié la situation des détenteurs de permis de résident permanent originaires des sept pays de la liste noire: ils auront le droit d'embarquer à destination des États-Unis et bénéficient d'une exemption. Les Américains à double nationalité également.

Reste la question des binationaux, par exemple les Canado-Iraniens ou Franco-Syriens. Samedi, le bureau du premier ministre Justin Trudeau a annoncé que le décret ne changerait rien pour les Canadiens.

D'autres capitales sont entrées dans des discussions avec Washington pour obtenir des clarifications, ajoutant à la confusion. Londres a ainsi annoncé que ses ressortissants binationaux ne seraient pas concernés, sauf s'ils voyageaient à partir des pays ciblés.

Après l'Iran, qui a décidé d'une mesure de réciprocité à l'égard des États-Unis, le gouvernement yéménite s'est dit lundi «mécontent» du décret de Donald Trump qui encourage «l'extrémisme».

L'Égypte et plusieurs pays européens ont aussi critiqué la nouvelle approche américaine en matière d'immigration. La compagnie aérienne Emirates de Dubaï a indiqué avoir ajusté la composition de ses équipages de ses vols vers les États-Unis pour se conformer au décret anti-immigration.

C'est un texte «discriminatoire» dont l'adoption s'est faite de façon «complètement amateur», a jugé le chef d'État autrichien Alexander Van der Bellen.

Au-delà des condamnations internationales, le président républicain est aussi critiqué par l'opposition démocrate et par un nombre croissant d'élus de la majorité républicaine.

Plusieurs patrons américains se sont aussi inscrits en faux contre la nouvelle réglementation, certaines entreprises proposant un hébergement gratuit (Airbnb) et des emplois (Starbucks) aux immigrés interdits d'entrée aux États-Unis.

Des amnifestants anti-Trump se sont rassemblés dimanche dans... (AFP) - image 2.0

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Des amnifestants anti-Trump se sont rassemblés dimanche dans les rues de Manhattan.

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Manifestations

Tout le week-end a été marqué par la confusion et la controverse. Des milliers de manifestants se sont rassemblés à Washington, New York, Boston et dans d'autres villes des États-Unis.

«Les réfugiés sont les bienvenus !», ont scandé quelque 10 000 personnes dans un parc à New York. «C'est le début de la dégradation de nos libertés civiques et de nos droits constitutionnels, et nous savons où mène cette route», a lancé le maire démocrate de la ville, Bill de Blasio.

Des milliers de manifestants se sont aussi fait entendre sous les fenêtres du président Trump à Washington. «S'il a fait ça pendant ses sept premiers jours, qui sait ce qui nous attend dans les quatre prochaines années», a déclaré une Serbe présente aux États-Unis depuis 10 ans, Sonja Davidovic.

Le milliardaire républicain n'a fait qu'appliquer ses promesses de campagne, a fait valoir son entourage, comme lors de la signature toute la semaine passée de décrets sur la santé, l'immigration clandestine, la lutte antijihadiste ou le pétrole.

Un haut responsable a expliqué que le président entendait mettre en place une politique d'immigration qui évite aux États-Unis de connaître des attentats comme ceux qui ont frappé la France, l'Allemagne et la Belgique ces deux dernières années.

La décision de M. Trump de fermeture sélective des frontières, qui n'est pas aussi large que sa promesse de décembre 2015 d'interdire temporairement à tous les musulmans de venir aux États-Unis, a aussi provoqué plusieurs saisies de tribunaux.

Après l'intervention samedi soir d'une juge fédérale de Brooklyn, plusieurs personnes arrêtées à leur arrivée aux États-Unis en dépit de visas valides ont été autorisées à entrer sur le territoire. Mais la constitutionnalité du décret n'a pas été tranchée et celui-ci reste en vigueur.

On ignorait si des personnes restaient en rétention dans le pays, et combien.

Des critiques de toute part

Allemagne

La chancelière allemande Angela Merkel a estimé que les musulmans étaient la cible de cette décision de Donald Trump qui va à l'encontre des principes de l'aide internationale aux réfugiés.

«La lutte nécessaire contre le terrorisme ne justifie en aucune manière de généraliser le soupçon contre les personnes en fonction de leur croyance, en l'occurrence ici des personnes de foi musulmane, ou en fonction de leur origine», a-t-elle dit devant la presse, au sujet des restrictions visant les ressortissants de sept pays à majorité musulmane.

L'exécutif américain s'est défendu ces derniers jours de toute discrimination religieuse, arguant qu'il s'agissait de décisions destinées à protéger le pays contre une éventuelle infiltration de «terroristes étrangers».

Mme Merkel a par ailleurs aussi relevé que les mesures adoptées par le nouveau président américain allaient à «l'encontre de (sa) vision des fondements de l'aide internationale aux réfugiés et de la coopération internationale».

Mme Merkel, qui a ouvert depuis 2015 l'Allemagne à plus d'un million de demandeurs d'asile, a été l'une des cibles de M. Trump. Celui-ci a régulièrement attaqué la politique d'accueil de la chancelière et même sous-entendu qu'elle était la cause de l'attentat commis le 19 décembre à Berlin par un demandeur d'asile tunisien débouté (12 morts).

Irak

Le ministère irakien des Affaires étrangères a appelé lundi les États-Unis à revoir la décision suspendant l'entrée des citoyens irakiens sur le sol américain, en la qualifiant d'«erronée».

Un peu plus tôt dans la journée, les députés irakiens avaient appelé le gouvernement à appliquer la réciprocité avec les États-Unis si Washington ne revenait pas sur un décret controversé signé vendredi par le président américain Donald Trump.

«Nous considérons indispensable que la nouvelle administration américaine reconsidère cette décision erronée», a indiqué le ministère dans un communiqué.

«Il est malheureux que cette décision ait été prise à l'encontre d'un pays allié, lié aux États-Unis par un partenariat stratégique», ajoute le ministère.

Le décret américain «coïncide avec des victoires accomplies par les courageux combattants (irakiens) et avec le soutien de la coalition internationale anti-djihadiste» dirigée par Washington contre le groupe Etat islamique (EI) à Mossoul, a noté le ministère.

Les forces irakiennes ont lancé depuis le 17 octobre une vaste offensive pour déloger les djihadistes de l'EI de la deuxième ville d'Irak.

L'Irak est la cible de nombreux attentats djihadistes.

Les Irakiens ont par ailleurs peu apprécié les déclarations de M. Trump affirmant que les États-Unis auraient dû voler le pétrole irakien avant de retirer leurs troupes de ce pays en 2011.

Goldman Sachs

Goldman Sachs, dont d'anciens dirigeants ont été nommés à des postes influents au sein de l'administration Trump, a critiqué à son tour lundi le décret présidentiel.

«Ce n'est pas une politique que nous soutenons et je (vous) ferai remarquer qu'elle a déjà été contestée devant un tribunal fédéral et certaines dispositions du décret ont déjà été bloquées, au moins temporairement», fustige le PDG Lloyd Blankfein dans un message audio interne dont l'AFP a obtenu le texte.

Et de poursuivre: «Si le décret devait s'appliquer en l'état, je reconnais qu'il y a un risque potentiel de perturbation pour la firme et en particulier pour certains de nos employés et leurs familles».

M. Blankfein assure que la banque d'affaires fera tout ce qui est possible légalement pour en minimiser les conséquences sur Goldman Sachs et ses salariés. Il ne donne toutefois pas de détails sur les actions que pourrait prendre l'établissement.

Goldman Sachs, l'une des plus puissantes banques d'affaires au monde, conseille et offre ses services à des gouvernements, multinationales et grosses fortunes à travers le monde.

Elle est la deuxième institution de Wall Street à prendre position contre le décret anti-immigration de Donald Trump. Dimanche, Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan Chase, avait indiqué que la première banque américaine en termes d'actifs s'attelait à trouver une solution pour ses salariés affectés par les nouvelles mesures, fortement critiquées également par les patrons d'Apple, Facebook, Microsoft, Google ou encore Netflix.

La prise de position de M. Blankfein prend une portée particulière parce que Donald Trump a nommé au moins une demi-douzaine d'anciens de Goldman Sachs à des postes clés de son administration. C'est le cas de Steve Bannon, propulsé au sein du cénacle très influent conseillant le président sur les questions de sécurité nationale (CSN) ou encore de Steven Mnuchin au Trésor.

Organisation de la coopération islamique

L'Organisation de la coopération islamique (OCI), qui regroupe 57 États membres, a critiqué lundi le décret, estimant qu'il renforçait «l'extrémisme» et «le terrorisme».

Dans un communiqué, l'OCI a exprimé sa «profonde inquiétude».

Cette décision frappe «injustement» des réfugiés «fuyant la guerre et la tyrannie dans leurs pays», ajoute l'organisation pan-islamique, estimant qu'une telle mesure «sélective et discriminatoire est de nature à renforcer l'extrémisme (...) la violence et le terrorisme».

L'OCI invite la nouvelle administration américaine à «reconsidérer» sa décision, selon le communiqué mis en ligne sur le site de l'organisation, basée à Jeddah, la capitale économique du royaume saoudien.

ONU

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, le Jordanien Zeid Ra'ad Al Hussein, a dénoncé lundi le «manque de générosité» du décret du président Donald Trump, contraire aux droits humains.

«La discrimination fondée sur la nationalité est interdite par les droits de l'Homme», a tweeté le haut responsable onusien, qui s'exprime très rarement sur les réseaux sociaux.

Le décret «américain fait également preuve d'un manque de générosité et gaspille les ressources nécessaires pour lutter contre le terrorisme», a-t-il ajouté.

Dans une déclaration conjointe, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), deux institutions de l'ONU, ont rappelé samedi que «le programme américain de réinsertion est l'un des plus importants dans le monde».

«Les places de réinsertion offertes par chaque pays sont vitales. L'OIM et le HCR espèrent que les États-Unis vont continuer à jouer leur rôle important de leader et poursuivre leur longue tradition de protection de ceux qui fuient les conflits et les persécutions», ajoutait leur déclaration.

Union européenne

La Commission européenne va s'assurer qu'aucun de ses citoyens ne subit de discrimination, selon son porte-parole.

«Nos avocats sont en contact avec nos partenaires européens et autres, et nous allons nous assurer qu'aucune discrimination n'est infligée à nos citoyens», a affirmé lundi le porte-parole, Margaritis Schinas, lors d'un point DE presse à Bruxelles.

Les conséquences juridiques du décret américain «ne sont pas encore claires» en ce qui concerne leur impact éventuel sur des ressortissants de l'UE détenteurs de la double nationalité des pays visés, a expliqué M. Schinas. Les éléments disponibles sur le sujet sont pour l'instant «contradictoires», a-t-il précisé.

«Ici c'est l'Union européenne, et dans l'UE nous ne faisons pas de discrimination basée sur la nationalité, la race ou la religion, non seulement en matière d'asile mais dans n'importe laquelle de nos politiques», a-t-il insisté, rappelant «l'attachement» de la Commission et de son président Jean-Claude Juncker à ces principes.

Yémen

Le gouvernement yéménite s'est dit «mécontent» de la décision de M. Trump, estimant qu'elle encourageait «l'extrémisme». «Le seul moyen de remporter la victoire dans la lutte contre le terrorisme (...) passe par le dialogue et non par la construction de barrières», a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Israël

L'État hébreu a indiqué qu'il cherchait à clarifier si le décret s'applique aux dizaines de milliers de juifs israéliens nés dans des pays du Moyen-Orient.

Italie

Le ministre des Affaires étrangères Angelino Alfano a estimé que l'Union européenne, avec ses propres murs, n'était pas en position de juger le décret anti-immigration. L'Europe «n'est pas bien placée pour donner son avis sur les choix des autres. Ou alors c'est que nous voulons oublier qu'en Europe aussi on érige des murs», a-t-il déclaré.

Somalie, Syrie et Libye

Ces trois pays n'avaient pas réagi lundi après-midi.

Plusieurs réactions dimanche

De nombreux dirigeants à travers le monde avaient déjà critiqué les nouvelles restrictions américaines, notamment le Soudan, l'Iran, la chef de la diplomatie européenne, le chef de la Ligue arabe, le Canada, l'Indonésie, la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, la Suède, les Pays-Bas, la République Tchèque, la Suisse et la Pologne.




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