Le futur chef de la diplomatie américaine se démarque de Trump

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Rex Tillerson était attendu au tournant par le Sénat sur ses liens avec la Russie, notamment les investissements d'ExxonMobil dans l'industrie pétrolière russe.

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Nicolas REVISE
Agence France-Presse
Washington

Le chef de la diplomatie américaine choisi par Donald Trump, l'ex-PDG d'ExxonMobil Rex Tillerson, s'est démarqué mercredi du président élu des États-Unis, en particulier sur la Russie, un «danger», mais aussi sur la prolifération nucléaire et le changement climatique.

Le patron du géant pétrolier entre 2006 et 2016, auditionné pendant plus de neuf heures par la commission des Affaires étrangères du Sénat pour être confirmé comme secrétaire d'État, est un proche du président russe Vladimir Poutine avec lequel Donald Trump prône justement un rapprochement.

Ce passage de M. Tillerson sur le gril du Sénat s'est déroulé dans un contexte extrêmement lourd: les États-Unis accusent la Russie d'avoir interféré dans leur campagne présidentielle dans le but de favoriser Donald Trump et de discréditer Hillary Clinton. Et le milliardaire qui entrera à la Maison Blanche le 20 janvier a nié avoir fait l'objet de pressions russes, après la publication par la presse de notes faisant état de dossiers compromettants sur lui qui seraient aux mains de Moscou.

«La Russie représente aujourd'hui un danger», a jugé Rex Tillerson, assurant que Washington et Moscou ne seront «probablement jamais amis» car leurs «systèmes de valeurs sont clairement différents». Il a condamné le fait que Moscou avait «envahi l'Ukraine en s'emparant de la Crimée et apporté son soutien aux forces syriennes», réclamant une «réponse vigoureuse» des États-Unis.

Poutine, «criminel de guerre»

M. Tillerson, un Texan de 64 ans à l'imposante carrure et qui s'exprimait pour la première fois depuis sa nomination le 13 décembre, a toutefois refusé de suivre le sénateur républicain Marco Rubio qui a traité Vladimir Poutine de «criminel de guerre».

Celui qui a fait toute sa carrière chez ExxonMobil avait tissé dès 1999 une relation qu'il avait lui-même qualifiée de «très proche» avec le chef du Kremlin. Ce dernier l'avait d'ailleurs décoré en 2012 de l'ordre de l'Amitié, notamment pour les investissements d'Exxon dans l'industrie pétrolière russe.

Mais la proximité entre l'éventuel prochain secrétaire d'État - voix et visage de l'Amérique dans le monde - et M. Poutine n'est pas du goût d'une partie du Sénat.

L'élu démocrate Ben Cardin a ainsi accusé «le président russe d'avoir depuis plus d'une décennie tué l'émergence de la démocratie dans (son) pays et de s'être attelé à éroder le soutien démocratique en Europe».

«Nos alliés de l'OTAN ont raison de s'alarmer de la résurgence de la Russie», a acquiescé M. Tillerson en condamnant les ambitions prêtées à Moscou en Europe.

Durant la campagne présidentielle, le candidat Trump avait vanté au contraire une détente Washington-Moscou et critiqué l'Alliance atlantique et son principe de solidarité entre États membres en cas d'agression extérieure. Cela avait inquiété les alliés européens de l'Amérique.

Rex Tillerson, qui brigue la tête de la diplomatie américaine, a également reconnu que les «activités récentes» de la Russie allaient «à l'encontre des intérêts américains».

Au contraire, Donald Trump, qui n'a cessé de saluer l'«intelligence» de Vladimir Poutine, a encore affirmé mercredi lors de sa première conférence de presse depuis son élection que si le chef de l'État russe l'appréciait, c'était «un atout».

Poutine derrière le piratage 

Rex Tillerson a aussi été interrogé sur le piratage informatique durant la présidentielle américaine pour lequel Washington accuse Moscou. Il a admis du bout des lèvres qu'on «pouvait raisonnablement penser» que le président russe était derrière.

Mais pour l'industriel, novice en politique, la riposte américaine, sous forme de sanctions imposées par le président sortant Barack Obama, «fait du mal aux milieux d'affaires américains» désireux d'investir en Russie. Il ne s'est d'ailleurs pas engagé sur la poursuite de ces représailles juridiques et financières antirusses.

M. Tillerson a aussi fait entendre sa différence face à Donald Trump sur d'autres dossiers stratégiques: il a assuré que les États-Unis continueraient d'oeuvrer à la non-prolifération nucléaire dans le monde et qu'ils resteraient impliqués contre le réchauffement climatique.

En revanche, comme le président élu, son secrétaire d'État sera ferme avec la Chine, «en conflit avec les intérêts américains» et qui «n'a pas été un partenaire fiable (...) pour endiguer la Corée du Nord» et ses programmes militaires balistique et nucléaire.

Les ministres nommés par M. Trump ont besoin de 51 sénateurs sur 100 pour être confirmés. Les républicains sont 52. Si tous les démocrates et trois républicains votent contre Rex Tillerson, il ne sera pas chef de la diplomatie. Marco Rubio semblait particulièrement remonté, rappelant à M. Tillerson que «l'Amérique avait à coeur la démocratie et la liberté» et qu'elle avait «besoin d'un secrétaire d'Etat qui se batte pour ces principes».

«Un signal» à Pékin sur la mer de Chine du sud

Les États-Unis enverront un «signal clair» à Pékin pour lui interdire «l'accès» aux îles disputées de mer de Chine du Sud où le géant asiatique multiplie les constructions, a affirmé le secrétaire d'État américain nommé par Donald Trump.

«Nous allons devoir envoyer un signal clair à la Chine, pour lui signifier que les constructions sur les îles (contestées) doivent cesser, et ensuite, que (son) accès à ces îles ne sera plus permis», a déclaré M. Tillerson.

«C'est une menace pour l'ensemble de l'économie, si la Chine est capable d'imposer ses volontés sur le passage (des navires) à travers ces eaux», a ajouté M. Tillerson.

De plus, «construire des îles (artificielles) et ensuite installer des équipements militaires sur ces îles, c'est la même chose que la prise de la Crimée par la Russie», a-t-il estimé.

Pékin revendique la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, zone réputée riche en hydrocarbures et route majeure du transport maritime mondial, mais où des nations riveraines (Philippines, Vietnam, Brunei, Malaisie) ont des prétentions rivales, qui se chevauchent.

Pour affirmer sa souveraineté, la Chine y mène des travaux de «remblaiement» pour agrandir des îlots et récifs sous son contrôle, avant d'y construire des installations portuaires, phares, pistes d'atterrissage ou infrastructures militaires, selon le Pentagone.

«Ils s'emparent de territoires, les contrôlent, ou déclarent les contrôler, quand bien même ces territoires n'appartiennent pas en justice à la Chine», a insisté M. Tillerson.

Ces remarques interviennent dans un contexte de tensions accrues entre le régime communiste et Donald Trump.

Ses attaques sur le niveau du yuan, ou encore son projet de lourdes pénalités douanières contre les exportations chinoises avaient semé le trouble.

Le président élu américain, après un échange téléphonique avec la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, avait laissé entendre courant décembre qu'il ne se sentait pas lié par le principe de la Chine unique, suscitant l'inquiétude de Pékin.

Les États-Unis doivent affirmer à Taipei qu'ils n'abandonneront pas leur engagement à défendre l'île militairement si nécessaire, a souligné M. Tillerson, tout en ajoutant n'être pas au courant d'un quelconque projet d'abandon de la «politique de la Chine unique».

La Chine n'a pas été «un partenaire fiable pour user de son influence» sur Pyongyang afin d'endiguer son programme nucléaire illégal, a également jugé le secrétaire d'État nommé, jugeant que les objectifs de la Chine étaient parfois «en conflit avec les intérêts américains».

Même si la diplomatie de M. Trump reste floue, il a clairement prôné un rapprochement avec la Russie et une ligne dure avec la Chine, notamment en matière commerciale.




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