Politique étrangère de Donald Trump: le grand saut dans l'inconnu

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Nicolas Revise, David Clark
Agence France-Presse
Washington

La politique étrangère du président élu des États-Unis Donald Trump s'apparente à un grand saut dans l'inconnu tant les propos de campagne du tonitruant milliardaire ont été flous, brutaux et contradictoires.

«Je veux être imprévisible», avait lancé le futur 45e commandant en chef de la première puissance mondiale lors de son unique discours de politique étrangère en avril.

Le secrétaire d'Etat John Kerry a promis une transition en douceur avec la future administration. «Il s'agit de les aider autant que possible (...), sans perdre une miette des grands sujets auxquels nous sommes confrontés», a-t-il ajouté.

Des experts rattachent Donald Trump, totalement novice en politique, au courant isolationniste, l'un des deux cycles de la politique étrangère de l'Amérique depuis le 19e siècle. Hillary Clinton aurait au contraire été probablement une présidente plus interventionniste sur la scène internationale.

Sous la présidence Trump, «les États-Unis pourraient sortir de leur rôle de leader de l'ordre international» occidental, redoutait avant l'élection le chercheur Thomas Wright de la Brookings. Si cet «ordre s'effondre, personne ne sait où cela finira et les conditions seront peut-être alors réunies pour une guerre majeure», écrivait-il, lundi, sur le site de son centre de recherche.

Pour Donald Trump, les États-Unis ne peuvent plus être les gendarmes du monde et ils doivent réduire leur aide internationale.

Durant 16 mois de campagne, le candidat républicain a promis de prendre le contre-pied du président Barack Obama: réconciliation avec la Russie du président Vladimir Poutine, envoi de dizaines de milliers de soldats en Syrie et en Irak pour anéantir le groupe État islamique (EI), guerre commerciale avec la Chine, remise en cause des principes de l'OTAN et des accords internationaux sur le climat, le libre-échange et le nucléaire iranien.

Réconcilier Washington et Moscou

Donald Trump a maintes fois loué les qualités de «dirigeant» de Vladimir Poutine, accusant au passage Barack Obama d'en être dénué.

M. Poutine, qui avait aussi qualifié M. Trump d'«homme brillant et plein de talent», a d'ailleurs été le premier mercredi à le féliciter, exprimant son «espoir» de meilleures relations russo-américaines tombées à leur plus bas niveau depuis la Guerre froide.

De son côté, le prochain président des États-Unis a aussi plusieurs fois jugé qu'il serait «bien» d'avoir une «très bonne relation» avec le chef du Kremlin. Mais sans jamais rien détailler de la manière dont il réconcilierait Washington et Moscou.

Ce dégel américano-russe préfigurerait-il une coopération en Syrie contre le groupe EI? Le candidat Trump ne s'est jamais étendu sur le sujet, mais il avait jugé en octobre 2015 que les premières frappes de la Russie en appui à son allié syrien étaient «positives».

«Mettre l'EI K.O.»

Le candidat Trump a beaucoup varié sur sa stratégie contre l'EI. En septembre 2015, il privilégiait l'«attentisme» en suggérant que le régime du président syrien Bachar al-Assad et les jihadistes s'entretuent.

Mais en mars dernier, il s'était soudainement engagé à «mettre l'EI K.O» en dépêchant «20 000 à 30 000» soldats américains en Syrie et en Irak. Le mois dernier, il avait aussi mouché son colistier Mike Pence qui avait réclamé des frappes contre Damas.

Quant à l'offensive contre le fief djihadiste de Mossoul en Irak planifiée pendant des mois, «tant pis pour l'effet de surprise. Quelle bande d'incapables nous avons», a-t-il taclé samedi en rassemblement en Floride.

Chine «ennemie» de l'Amérique

En campagne, Donald Trump a souvent accusé la Chine, «ennemie» de l'Amérique, de «voler» des emplois de son pays, de manipuler sa devise et a menacé d'une guerre commerciale contre la deuxième puissance mondiale. Et lors de l'essai nucléaire par la Corée du Nord en janvier, il avait exigé que Pékin fasse pression sur son allié communiste. Faute de quoi, «nous devrions rendre très difficile les échanges commerciaux avec la Chine», avait-il mis en garde.

OTAN «obsolète»

Celui qui sera investi le 20 janvier 2017 pour entrer à la Maison-Blanche avait provoqué au printemps dernier la consternation de l'autre côté de l'Atlantique en jugeant l'OTAN «obsolète» et en avertissant que l'engagement de Washington au côté de ses alliés européens en cas d'agression russe dépendrait des contributions financières européennes à l'Alliance. Il a proféré le même type de menaces à propos des alliances militaires historiques des États-Unis avec le Japon et la Corée du Sud.

Le réchauffement climatique, un «canular»

Pour le candidat Trump, le réchauffement climatique n'est qu'un «canular» et il a même évoqué l'«annulation» de l'accord de Paris.

Et au nom du protectionnisme, il a pris pour cible l'accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada (ALENA, 1994) et le partenariat transpacifique (TPP, 2015) entre Washington et 11 pays de l'Asie-Pacifique.

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