Le Brexit ébranle la «relation spéciale» Washington-Londres

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Jérôme CARTILLIER, Dave CLARK
Agence France-Presse
WASHINGTON

Le vote du Royaume-Uni en faveur d'un départ de l'Union européenne est une claque pour les États-Unis qui vont devoir faire évoluer en profondeur leurs relations avec le Vieux continent.

Contraint de défendre encore et toujours la «relation spéciale» entre Washington et Londres, vantée par Winston Churchill en 1946, Barack Obama a assuré vendredi qu'elle n'était pas menacée.

Mais la déception - et la frustration - du président américain, qui s'était jeté avec énergie dans la bataille contre le Brexit au côté de son «ami» David Cameron, était palpable.

À sept mois de son départ, il devra trouver de nouveaux points d'appui en Europe pour encourager une transition en douceur et limiter les dégâts, sur le plan stratégique comme économique.

Car tous les analystes s'accordent sur un point: les répercussions du séisme du Brexit se feront ressentir aussi de ce côté-ci de l'Atlantique.

«C'est une mauvaise nouvelle pour les États-Unis», résume Richard Haass, ancien diplomate et président du centre de recherche Council on Foreign Relations (CFR).

«Le Royaume-Uni a été l'un des partenaires les plus importants (de l'Amérique) et il sera moins désireux - et moins capable - de jouer ce rôle», poursuit-il.

Une grande partie du poids politique du Royaume-Uni «était lié à sa capacité à influencer la politique européenne suivant une vision du monde très proche de celle de l'Amérique», souligne en écho Dalibor Rohac, de l'American Entreprise Institute.

«À partir du moment où le pays quitte l'UE, ce poids politique disparaît», poursuit-il.

Symbole de ce tournant historique aux répercussions encore difficiles à mesurer, M. Obama s'est entretenu dès vendredi avec la chancelière allemande Angela Merkel, promettant de travailler «étroitement, dans les semaines et les mois à venir» avec ses alliés européens.

«Grâce à leur étroite relation avec le Royaume-Uni, les États-Unis pouvaient coopérer, à travers eux, sur de nombreux sujets européens», souligne Jeffrey Rathke, du Center for Strategic and International Studies (CSIS).

«Ils vont devoir passer à la vitesse supérieure avec les pays clés de l'UE», ajoute-t-il.

Pour Thomas Wright de la Brookings Institution, Washington devra s'efforcer de jouer un rôle «constructif» face à l'immense chambardement qui s'annonce.

«Je pense que la position des États-Unis sera d'essayer de rendre (les étapes à venir) aussi fluides que possible et de minimiser les risques associés au Brexit», explique-t-il à l'AFP, soulignant à quel point Washington devra soigner ses relations avec Paris et Berlin.

«Pierre angulaire»

Depuis la Californie, où il a rencontré des dirigeants de la Silicon Valley, M. Obama a insisté sur la puissance évidente des liens stratégiques qui demeurent avec Londres.

La présence du Royaume-Uni au sein de l'OTAN demeure «une pierre angulaire» de la politique étrangère américaine, a-t-il lancé.

Membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, directement impliqué dans les guerres en Irak et Afghanistan et partie prenante dans les négociations internationales sur le nucléaire iranien, le Royaume-Uni est un partenaire de poids pour les États-Unis.

«Le degré d'intérêts et d'objectifs communs entre les deux pays restera extrêmement élevé», souligne Jeffrey Rathke.

Reste que le pari de Barack Obama - s'impliquer personnellement dans la campagne au grand dam du camp pro-Brexit, qui avait dénoncé une «ingérence»  - a échoué.

«Je ne pense pas que cela a été contre-productif. Cela a probablement aidé, mais cela n'a pas été suffisant», estime Thomas Wright.

«Les États-Unis auraient plutôt dû être plus actifs dans leurs relations avec l'UE au cours des années écoulées», poursuit-il, persuadé que le prochain président, qui prendra ses fonctions en janvier 2017, devra jouer un rôle moteur dans la sortie du Royaume-Uni «s'il apparaît que le processus déraille».

Les deux candidats à la succession de M. Obama à la Maison-Blanche ont livré, à cet égard, deux analyses radicalement différentes.

Le républicain Donald Trump a immédiatement dressé, depuis l'Écosse où il inaugurait un parcours de golf, un parallèle avec sa campagne: «Les gens veulent reprendre le contrôle de leurs pays».

Pour la démocrate Hillary Clinton, cette période d'incertitude qui s'ouvre démontre d'abord le besoin d'un président «calme, solide et expérimenté». Soit tout le contraire du milliardaire américain, pouvait-on lire entre les lignes de son communiqué.

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