Immigration: le jeu dangereux de Trump

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Selon certains analystes, le prochain candidat républicain devra remporter plus de 47% des votes latinos pour être élu à la Maison-Blanche.

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) Chers candidats républicains, vous voulez éviter de vous aliéner l'électorat latino, dont vous aurez besoin pour reconquérir la Maison-Blanche en 2016? De grâce, cessez de promettre de «construire un mur le long de la frontière» ou de «les renvoyer tous chez eux» en parlant des immigrés «illégaux».

En fait, oubliez l'expression immigrés «illégaux». Mieux vaut parler de «sans-papiers». Vous serez également bien avisés de bannir de votre vocabulaire anchor baby (bébés ancres), un terme péjoratif qui fait référence aux enfants nés aux États-Unis de parents clandestins.

En février 2013, le Hispanic Leadership Network (HLN), un groupe latino conservateur, avait fait circuler ces recommandations au sein du Parti républicain. Le but de l'exercice était de contrecarrer «le ton négatif et les discours antagonistes» sur l'immigration qui avaient nui à la cause conservatrice. Le document ne mentionnait pas le nom de Mitt Romney, candidat républicain lors de l'élection présidentielle de 2012. Mais tous avaient encore en mémoire la solution controversée de l'ancien gouverneur du Massachusetts pour régler le problème de l'immigration illégale - l'«auto-expulsion» des clandestins - et sa part minime de l'électorat hispanique lors du scrutin de l'automne précédent - 27%.

Un message ignoré

Or, en août 2015, Donald Trump, candidat présidentiel préféré des républicains selon les sondages, a choisi d'ignorer chacune des recommandations du HLN. La semaine dernière, en présentant ses solutions en matière d'immigration, il a notamment proposé de construire un mur à la frontière avec le Mexique, d'expulser tous les immigrés «illégaux» et de retirer le droit du sol aux «bébés ancres» (ce terme suggère que les parents de ces enfants les utilisent de façon cynique pour prolonger leur séjour aux États-Unis ou obtenir eux-mêmes la citoyenneté américaine).

«Il y a une question très importante concernant les bébés ancres», a déclaré Donald Trump lors d'une conférence de presse la semaine dernière. «Le 14e amendement s'applique-t-il à eux? On en parle depuis des années. On verra si c'est le cas», a ajouté l'homme d'affaires milliardaire en laissant entendre qu'il prouverait que ce n'est justement pas le cas.

N'en déplaise à Donald Trump, plusieurs experts estiment que la Cour suprême des États-Unis a déjà tranché cette question en 1898. Dans l'arrêt Wong Kim Ark contre États-Unis, les juges de la plus haute instance avaient conclu, par six voix contre deux, qu'un cuisinier né à San Francisco d'immigrés chinois clandestins était bel et bien citoyen américain en vertu du 14e amendement de la Constitution des États-Unis. Adopté après la guerre de Sécession, cet amendement garantit la citoyenneté américaine à toute personne née aux États-Unis. Il visait à l'origine à protéger le droit des anciens esclaves des États du Sud.

D'autres républicains aussi

Mais Trump n'est pas le seul candidat présidentiel du Parti républicain à ignorer les recommandations du HLN. Plusieurs de ses rivaux sont favorables à l'idée de retirer le droit de sol aux enfants de parents clandestins, idée qui était jadis confinée à l'extrême droite. Figurent parmi ce groupe le sénateur du Kentucky Rand Paul, le gouverneur du New Jersey Chris Christie et l'ancien sénateur de Pennsylvanie Rick Santorum.

Même Jeb Bush, le plus modéré des candidats républicains en matière d'immigration, a défendu la semaine dernière son emploi de l'expression «bébés ancres». «Avez-vous un meilleur terme?», a-t-il demandé sur un ton sec à un journaliste qui lui rappelait que bon nombre d'Hispaniques le trouvent offensant.

Sur son compte Twitter, Hillary Clinton en a suggéré quelques-uns: «Pourquoi pas "bébés", "enfants", "citoyens américains"?»

Donald Trump, lui, n'aura peut-être jamais l'occasion de mettre en application ses solutions. Mais en contribuant à banaliser des positions extrémistes en matière d'immigration, il a déjà entraîné les candidats républicains en territoire dangereux. Aux yeux des Hispaniques, l'image du parti et du vainqueur éventuel des primaires républicaines risque d'être encore plus entachée en 2016 qu'elle ne l'était en 2012. Or, selon certains analystes, le prochain candidat républicain devra remporter plus de 47% des votes latinos pour être élu à la Maison-Blanche.

En mettant l'accent sur l'immigration illégale, Donald Trump est également en train de transformer les millions de clandestins en boucs émissaires. Pour les xénophobes, le message semble être assez clair. «Donald Trump avait raison, tous ces illégaux doivent être expulsés», a déclaré Scott Leader, l'un des deux frères arrêtés mercredi dernier à Boston pour avoir battu et uriné sur un clandestin mexicain de 58 ans qui dormait près de l'entrée d'une station de métro de la ville.

La première réaction de Donald Trump, qui promet dans le slogan de sa campagne de «restaurer la grandeur de l'Amérique, n'a rassuré personne. «Ce serait dommage», a-t-il dit lors d'une conférence de presse en faisant allusion aux paroles de Scott Leader. «Je dirai que les gens qui me suivent sont très passionnés. Ils aiment leur pays et ils veulent qu'on lui redonne sa grandeur.»

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