Passage inspirant d'Obama à Selma

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De passage à Selma, samedi, Barack Obama a répondu à ceux qui doutent de son amour pour les États-Unis. «Nous sommes les émigrants qui ont pris le bateau pour atteindre ces rives, les survivants de l'Holocauste, les transfuges soviétiques, les garçons perdus du Soudan [...] Voilà comment nous avons été façonnés», a-t-il lancé.

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) «Barack Obama est ce qui vient au bout de ce pont à Selma.»

John Lewis, héros de la lutte pour l'égalité des Noirs aux États-Unis, a prononcé ces paroles le 19 janvier 2009, jour de l'investiture du 44e président américain. Le représentant démocrate de Géorgie établissait ainsi un lien direct entre le «Dimanche sanglant» - la répression brutale d'une marche pacifique qui allait révulser l'Amérique et mener à l'adoption du Voting Rights Act - et l'élection d'un premier homme de couleur à la Maison-Blanche.

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Samedi, John Lewis était de retour à Selma, petite ville de l'Alabama. Sous un ciel sans nuage, il a présenté à la foule réunie pour célébrer le 50e anniversaire de cette marche, qui lui avait valu une fracture du crâne, le président Barack Obama. Ce dernier est monté sur la tribune dressée au bout de ce pont nommé en hommage à Edmund Pettus, général des États confédérés, sénateur des États-Unis et dirigeant du Ku Klux Klan.

Plus de 10 ans après le discours qui l'avait révélé à son pays lors du congrès démocrate de Boston, Barack Obama a démontré que ses mots pouvaient encore émouvoir et inspirer ses compatriotes. S'exprimant à CNN, l'historien Douglas Brinkley est allé jusqu'à comparer son allocution au discours «I Have a Dream» prononcé par Martin Luther King en août 1963 devant le monument de Lincoln à Washington.

Réponse à ses critiques

La comparaison est peut-être exagérée. Mais il n'y a pas de doute que certains passages du discours de Barack Obama à Selma feront partie de l'héritage unique qu'il léguera en tant que premier président afro-américain, le terme qu'il utilise pour se définir. Ces passages constituent en quelque sorte une réponse à Rudolph Giuliani et à ses semblables qui doutent de l'amour du président américain pour les États-Unis. Ils font valoir que les plus grands patriotes ne sont pas ceux qui refusent de reconnaître les erreurs de leur pays ou de descendre dans la rue pour réclamer la réalisation de cette «Union plus parfaite» dont parle le préambule de la Constitution américaine.

Et ils soulignent que les États-Unis sont composés d'une multitude d'expériences qui ne peuvent être ignorées au profit d'une définition étroite de l'identité américaine.

«Nous sommes les émigrants qui ont pris le bateau pour atteindre ces rives - ces foules entassées aspirant à vivre libres -, les survivants de l'Holocauste, les transfuges soviétiques, les garçons perdus du Soudan. Nous sommes les parents pleins d'espoir qui traversent le Rio Grande parce qu'ils veulent que leurs enfants connaissent une meilleure vie. Voilà comment nous avons été façonnés», a déclaré Barack Obama au cours d'une des envolées de son discours.

«Nous sommes les esclaves qui ont construit la Maison-Blanche et l'économie du Sud, a ajouté le président. Nous sommes les ouvriers agricoles et les cowboys qui ont ouvert l'Ouest, et les manoeuvres innombrables qui ont posé des rails, érigé des gratte-ciel et milité pour les droits des travailleurs.»

Message pour les pessimistes

Et Barack Obama a poursuivi son énumération pour inclure notamment «les Japonais-Américains qui se sont battus pour ce pays alors même qu'on niait leur propre liberté» et «les pompiers qui se sont engouffrés dans ces gratte-ciel le 11 septembre». Mais le président n'a pas seulement répondu à ses critiques à Selma. Il s'est également adressé aux plus pessimistes parmi les Américains, les jeunes Noirs surtout, qui doutent des progrès raciaux et sociaux réalisés par leur pays au cours des 50 dernières années.

«Si vous pensez que rien n'a changé, demandez à quelqu'un qui a vécu à Selma, Chicago ou Los Angeles dans les années 50, a-t-il lancé. Demandez à une femme PDG qui aurait jadis été confinée à un rôle de secrétaire si rien n'a changé. Demandez à un ami gai s'il est plus facile d'affirmer son identité et sa fierté en Amérique aujourd'hui qu'il y a 30 ans. Nier ce progrès - notre progrès - nous priverait de notre pouvoir d'agir afin d'améliorer l'Amérique.»

Du progrès, mais...

Du même souffle, Barack Obama s'est adressé aux Américains qui voudraient croire que le racisme n'existe plus et que les tensions persistantes sont attribuables à ceux qui cherchent à exploiter le facteur racial à leurs propres fins.

«Nous n'avons pas besoin du rapport de Ferguson pour savoir que cela n'est pas vrai», a-t-il dit en faisant allusion au document accablant publié la semaine dernière par le ministère de la Justice américain sur les pratiques discriminatoires de la police de cette municipalité du Missouri.

«Il nous suffit d'ouvrir nos yeux, nos oreilles et nos coeurs pour savoir que l'ombre de l'histoire raciale de ce pays plane toujours sur nous. Nous savons que la marche n'est pas complétée, que la course n'a pas encore été gagnée, et que l'atteinte de cette destination bénie où nous serons jugés par le contenu de notre caractère requiert que nous l'admettions», a ajouté Barack Obama, au bout de ce pont à Selma.

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