Un mur bleu de mépris

Un policier se recueille devant l'endroit où deux... (Photo Robert Stolarik, New York Times)

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Un policier se recueille devant l'endroit où deux de ses confrères ont été tués par un civil, qui s'est ensuite enlevé la vie dans une station de métro. Un syndicat du NYPD a lancé sur Twitter samedi : «Le sang de deux officiers exécutés est sur les mains du maire de Blasio.»

Photo Robert Stolarik, New York Times

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(NEW YORK) Le feuillet a commencé à circuler il y a une semaine et demie parmi les membres du plus important syndicat policier de New York. Ceux-ci étaient invités à signer leur nom au bas d'un message contenant un voeu à effet posthume.

«Je demande, en tant qu'officier de police de la ville de New York, que le maire Bill de Blasio et la présidente du conseil municipal Melissa Mark-Viverito s'abstiennent d'assister à mes funérailles dans l'éventualité où je suis tué en service», pouvait-on lire dans le document distribué par la Patrolmen Benevolent Association (PBA).

L'histoire ne dit pas si les officiers Rafael Ramos et Wenjian Liu, assassinés samedi dans leur voiture de fonction, avaient apposé leur signature au bas du message. Mais celui-ci permet d'illustrer la profonde animosité de la PBA et d'une partie sans doute importante de ses membres à l'égard de Bill de Blasio.

Les maires n'ont guère de tâche plus douloureuse que celle d'accompagner à leur dernier repos les policiers qui ont perdu leur vie au service de leurs concitoyens. À quelques jours de son premier anniversaire à la mairie de New York, Bill de Blasio devra s'en acquitter tout en affrontant une hostilité policière peut-être jamais inégalée dans l'histoire de sa ville.

Samedi soir, le démocrate de 53 ans a peut-être eu un avant-goût de ce qui l'attend. Lors d'une scène filmée par une chaîne de télévision locale, des policiers et leurs représentants syndicaux lui ont tourné le dos à son arrivée à l'hôpital où avaient été transportés les deux officiers mortellement blessés, formant un mur bleu de mépris.

Le président de la PBA, Patrick Lynch, se trouvait parmi eux. Plus tard, il a accusé le maire d'avoir «du sang sur les mains» à la suite du double meurtre perpétré par Ismaaiyl Brinsley, un Afro-Américain de 28 ans qui voulait, semble-t-il, venger Michael Brown et Eric Garner, deux Noirs tués par la police dans le Missouri et à New York alors qu'ils n'étaient pas armés.

Nouveau maire, nouvelle culture

Un syndicat représentant les sergents du NYPD a répété le même message sur Twitter samedi soir: «Le sang de deux officiers de police exécutés est sur les mains du maire de Blasio.»

Les syndicats policiers reprochent au maire de ne pas avoir témoigné à leurs membres le soutien et le respect qu'ils méritent. Ils ont notamment critiqué sa réaction à la décision d'un grand jury de Staten Island de ne pas inculper le policier blanc impliqué dans la mort d'Eric Garner, un Afro-Américain de 43 ans soupçonné de vente illégale de cigarettes.

Ce jour-là, Bill de Blasio avait évoqué devant les journalistes ses discussions avec son fils métis, Dante, sur l'héritage du racisme aux États-Unis et «la façon de se comporter dans toute rencontre avec les officiers de police qui sont là pour le protéger».

Les syndicats de policiers ont également accusé le maire d'être trop bienveillant à l'égard des manifestants qui ont protesté dans les rues de New York au cours des dernières semaines contre la mort de Noirs tués par la police.

Il n'y a pas de doute: Bill de Blasio représente un contraste avec ses plus récents prédécesseurs, Rudolph Giuliani et Michael Bloomberg, auxquels plusieurs Noirs et Latinos ont reproché d'accorder trop de pouvoir aux policiers. Il s'est fait élire à la mairie en promettant de réduire les tensions entre les uns et les autres.

Mais son approche plus équilibrée - du moins, aux yeux des minorités - a été interprétée comme une trahison par les syndicats de policiers, plusieurs de leurs membres et certains politiciens actifs ou retraités. Hier matin, sur Fox News, l'ancien maire Giuliani a reproché à son successeur d'avoir permis aux manifestants de «s'emparer des rues de New York» et de «blesser des officiers de police».

Il a également accusé Barack Obama et son ministre de la Justice, Eric Holder, d'avoir «créé une atmosphère de haine profonde et puissante contre la police dans certaines communautés».

«Pour cela, ils devraient avoir honte», a-t-il ajouté.

Bill de Blasio n'a pas encore répondu directement aux «propos enflammés et irresponsables» que ses porte-parole ont dénoncés samedi soir. Hier matin, il a préféré se rendre à la cathédrale Saint Patrick pour assister à une messe célébrée par le cardinal Timothy Dolan.

Le choix n'était pas innocent. Il y a quelques jours, le prélat a signé dans le Daily News une tribune dans laquelle il défendait le maire contre ceux qui le rangent parmi «les ennemis de la police».

Bill de Blasio aura sans doute besoin de son aide pour franchir le mur bleu de la police à l'occasion des funérailles des officiers tombés en service.

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