New York: émoi autour de la «porte des pauvres»

Bill de Blasio, maire de New York... (Photo LUCAS JACKSON, Archives Reuters)

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Bill de Blasio, maire de New York

Photo LUCAS JACKSON, Archives Reuters

Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) Le cliché est bien connu: à New York, richesse et pauvreté se côtoient. Mais ce lieu commun provoque un émoi particulier au 40 Riverside Boulevard.

L'adresse est celle d'un immeuble de 33 étages en construction le long de l'Hudson River, entre les 63e et 64e Rues, à Manhattan. Il abritera 219 condos de luxe et 55 logements locatifs abordables. Ce mélange permet au promoteur immobilier de jouir d'une prime de densité en vertu d'un programme municipal.

Mais il y a un hic: le 40 Riverside Boulevard aura deux portes d'entrée, l'une pour les proprios de condos, à l'avant, et l'autre pour les locataires de logements abordables, à l'arrière. L'existence de cette «porte des pauvres», révélée par le New York Post, a soulevé la controverse, évoquant le souvenir de l'époque où les Noirs du sud des États-Unis étaient obligés de boire à des fontaines différentes ou d'entrer dans des lieux publics par des portes réservées «aux gens de couleur».

L'affaire est d'autant plus surprenante qu'elle se produit sous l'administration de Bill de Blasio, ce maire démocrate qui se dit «progressiste et fier de l'être». Que se passe-t-il donc?

«L'administration précédente a changé la loi [en 2009] pour permettre ce genre de projet», a déclaré Wiley Norvell, porte-parole de l'hôtel de ville, en précisant que la construction du 40 Riverside Boulevard avait commencé avant l'élection de Bill de Blasio, en novembre dernier. «Nous sommes en profond désaccord avec cette approche, et nous sommes en voie de la changer pour qu'elle reflète nos valeurs et nos priorités.»

Autres cas

Mais les promoteurs du 40 Riverside Boulevard ne sont pas les seuls auxquels l'administration précédente, celle de Michael Bloomberg, a permis de traiter ses locataires de façon différente. Dans certains immeubles contenant un mélange de logements loués au prix courant et à prix abordable, les locataires «pauvres» n'ont pas accès au gym, à la piscine et à la salle de jeux pour enfants.

D'autres ont des ascenseurs séparés ou des systèmes électriques différents pour les locataires les plus riches.

Et d'autres immeubles que le 40 Riverside Boulevard auront également leur «porte des pauvres» lorsque leur construction sera terminée.

Le promoteur du 40 Riverside Boulevard a défendu cette approche, voyant dans le zonage incitatif la seule façon d'assurer la construction de logements abordables dans les quartiers les plus recherchés de New York, dont l'Upper West Side.

«Je pense que le fait d'avoir des unités de logement abordables est plus important que la question de l'image», a déclaré Gary Barnett au journal d'affaires Crain's.

Le promoteur obtiendra plus de 1 million de dollars pour chacun des condos faisant face à l'Hudson River. Les unités abordables, elles, donneront sur la rue. Elles seront réservées à des familles dont les revenus annuels se situent entre 35 280$ et 50 340$.

Malgré la position de l'administration de Blasio, certains conseillers municipaux ont l'intention de se battre pour empêcher le promoteur du 40 Riverside Boulevard d'aller de l'avant avec sa «porte des pauvres».

«Ce promoteur doit faire marche arrière, boucher une porte et faire entrer tous les résidants par la même porte», a déclaré la conseillère municipale Helen Rosenthal, qui représente l'Upper West Side.

«Où cela finira-t-il? Aurons-nous deux fontaines d'eau?»

La question est soulevée alors que les États-Unis soulignent ce mois-ci le 50e anniversaire de la signature de la Loi sur les droits civiques interdisant la ségrégation raciale et la discrimination au pays. Mais l'affaire de la «porte des pauvres» n'est pas la seule à donner l'impression que New York recule sur ce plan.

À la fin du mois de mars, deux chercheurs de l'Université de Californie à Los Angeles ont publié une étude dont la conclusion jure avec l'image progressiste de New York: la ville détient le record aux États-Unis de la plus forte ségrégation raciale dans ses écoles publiques. «Sur les 32 districts scolaires de la ville, 19 n'avaient que 10% ou moins d'élèves blancs en 2010», soulignait l'étude de Gary Orfield et John Kucsera.

«Aucun État du sud des États-Unis n'arrive à la cheville de New York», ajoutaient les chercheurs.

De nombreux élèves blancs de New York fréquentent les écoles publiques sélectives ou privées de la ville. Et certains d'entre eux entreront sans doute au 40 Riverside Boulevard par la porte des riches.




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