Tempête à la CIA, accusée d'avoir espionné le Congrès américain

Le directeur de la CIA, John Brennan, a... (Phoyo YURI GRIPAS, Reuters)

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Le directeur de la CIA, John Brennan, a dit que «la CIA n'espionnait pas, d'aucune façon, la commission du Renseignement».

Phoyo YURI GRIPAS, Reuters

Ivan Couronne
Agence France-Presse
WASHINGTON

La CIA s'est retrouvée mardi au centre d'un scandale politique aux États-Unis, accusée d'avoir violé la Constitution en fouillant des ordinateurs utilisés par des enquêteurs parlementaires, dans une affaire relative aux anciennes techniques d'interrogatoire de l'agence d'espionnage.

Les accusations ont déclenché une bagarre publique rare entre la CIA et le Congrès, le directeur de l'agence d'espionnage John Brennan niant avoir cherché à faire obstacle à l'enquête de la commission du Renseignement du Sénat, sans toutefois commenter les faits en détail.

«La CIA n'espionnait pas, d'aucune façon, la commission du Renseignement», s'est défendu John Brennan, devant le Council on Foreign Relations.

L'affaire commence il y a plusieurs années. De 2009 à 2012, des experts de cette commission ont enquêté sur un sujet brûlant: les techniques d'interrogatoire musclé employées par la CIA entre 2002 et 2006, sous le mandat de George W. Bush, et notamment la simulation de noyade.

Dianne Feinstein, présidente de la commission et l'une des personnes les plus puissantes du Congrès, a affirmé mardi que la CIA avait accédé aux ordinateurs utilisés par les enquêteurs, confirmant de récentes fuites dans la presse. Mais elle a aussi accusé l'agence d'avoir supprimé des documents compromettants en accédant sans autorisation à ces ordinateurs.

«Je suis très inquiète, la fouille de la CIA pourrait bien avoir violé le principe de séparation des pouvoirs incarné dans la Constitution américaine», a-t-elle lancé lors d'une déclaration fracassante et minutieusement détaillée.

Selon elle, la CIA pourrait avoir aussi violé un décret datant de 1981 qui interdit à l'agence de mener des opérations de surveillance sur le territoire américain. L'affaire a été transmise au département de la Justice, a-t-elle révélé.

Parallèlement, la CIA accuse la commission d'avoir rapporté illégalement dans les bureaux du Sénat des documents confidentiels, et a aussi référé l'affaire à la justice --une tentative d'intimidation, selon Dianne Feinstein.

Des années d'enquête sur la torture

Les enquêteurs du Sénat travaillaient depuis un bâtiment sécurisé en Virginie, en banlieue de Washington, où la CIA avait accepté de leur fournir des documents nécessaires à l'enquête. Au total, 6,2 millions de pages ont été transmises, un travail de fourmis pour la commission, qui pouvait enregistrer certains documents cruciaux sur un réseau informatique dédié auquel la CIA ne pouvait pas accéder, en vertu d'un accord conclu par écrit.

Mais en 2010, en deux fois, environ 920 pages de documents ont disparu des dossiers. Après avoir nié, la CIA avait finalement reconnu que certains de ses employés étaient responsables et promis de ne plus recommencer.

Pourtant, en janvier dernier, John Brennan a informé la commission que la CIA avait à nouveau «fouillé» les ordinateurs, en janvier, selon Dianne Feinstein, contrairement aux promesses de l'exécutif.

Parmi les fichiers sensibles supprimés en 2010: des documents de préparation de la «Panetta Review», un mémorandum interne secret du nom de l'ancien directeur de la CIA Leon Panetta et qui, selon la commission, contredit la position officielle de l'agence sur les interrogatoires musclés. C'est pour cette raison que la commission a rapporté en 2013, dans un coffre du Sénat, une copie papier partielle de ces documents, afin d'en empêcher la destruction.

La commission a approuvé à huis clos en décembre 2012 un rapport dévastateur, surnommé le «rapport sur la torture». Il conclut que ces techniques avaient été de «terribles erreurs», et n'avaient pas permis en elles-mêmes de retrouver la trace d'Oussama ben Laden.

Ce rapport pourrait être partiellement déclassifié ce mois-ci, après l'aval de la Maison-Blanche, a annoncé Dianne Feinstein.

Ironie de l'affaire, Edward Snowden, à l'origine des fuites historiques sur la National Security Agency (NSA), a dénoncé un «effet Merkel». Dianne Feinstein «se fiche que les droits de millions de citoyens ordinaires soient violés par nos espions, mais tout d'un coup cela devient un scandale quand un élu découvre que la même chose lui arrive», a-t-il déclaré à la chaîne NBC News.

Au Congrès, la prudence dominait mais des élus ont fait part de leur consternation, le sénateur républicain Lindsey Graham évoquant le spectre de l'ancien président Richard Nixon. «Evidemment, cela mérite une enquête», a dit à l'AFP son collègue John McCain.

La Maison-Blanche, par la voie de son porte-parole Jay Carney, a assuré que John Brennan bénéficiait toujours de la confiance du président Barack Obama.




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