Fronde contre la NRA

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Manifestation contre la National Rifle Association (NRA) à Washington. Le contrôle des armes à feu gagne des adeptes aux États-Unis depuis la fusillade survenue dans une école de Newtown, au Connecticut, le mois dernier.

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Des Américains et des armes

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Des Américains et des armes

Dans la foulée de la fusillade de Newtown au Connecticut, le débat autour des armes à feu polarise de plus en plus les Américains. Entre d'un côté les partisans d'un contrôle plus musclé et de l'autre les défenseurs purs et durs du deuxième amendement de la Constitution américaine. »

Richard Hétu, collaboration spéciale
La Presse

(New York) «Pourquoi n'y a-t-il pas un véritable mouvement pour le contrôle des armes à feu en Amérique?»

Kristin Goss, politologue à l'Université Duke, soulevait cette question en 2006 dans un livre intitulé Disarmed: The Missing Movement for Gun Control in America. Malgré quelque 30 000 morts par balle par an, l'auteur notait que le combat pour durcir la législation sur les armes à feu aux États-Unis se limitait à «un petit cadre d'élites agissant par l'entremise du personnel rémunéré d'organisations sans but lucratif».

Dans la foulée de la tuerie de Newtown, la question de Kristin Goss demeure d'actualité. Mais la réponse est peut-être en train de changer, n'en déplaise à la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby qui monopolise depuis longtemps le débat sur les armes à feu aux États-Unis.

«Je m'intéresse depuis 20 ans aux politiques de contrôle des armes à feu et je pense que ce dont nous sommes témoins est très différent de tout ce que nous avons vu au cours des 10 dernières années», dit la politologue au cours d'un entretien téléphonique. «La question des armes à feu demeure en tête de l'ordre du jour médiatique et politique, non seulement à Washington mais également dans plusieurs États, et je pense que de nouvelles voix se font entendre qui n'avaient pas de tribune nationale dans les années précédentes.»

Parmi ces nouvelles voix, Kristin Goss mentionne celles de Michael Bloomberg et Gabrielle Giffords. Le maire de New York, dont les moyens financiers sont considérables, a notamment commandité la semaine dernière, avec plusieurs de ses homologues américains, une publicité télévisée mettant en scène Roxanna Green, mère d'une fillette tuée dans la fusillade déclenchée par Jared Loughner le 8 janvier 2011 dans le parking d'un centre commercial de Tucson.

Guerre du fric

«Combien d'enfants devront encore mourir avant que Washington ne fasse quelque chose pour mettre fin au problème de la violence par armes à feu?», demande-t-elle dans la pub diffusée à l'occasion du deuxième anniversaire de la tuerie qui a fait six morts et plusieurs blessés.

Le même jour, Gabrielle Giffords, ex-représentante démocrate d'Arizona et miraculée de la fusillade de Tucson, a lancé une campagne pour s'attaquer à la NRA et réclamer un encadrement plus strict de la vente des armes à feu. Son nouveau groupe de pression, appelé Americans for Responsible Solutions, tentera en outre de rivaliser financièrement avec le puissant lobby des armes à feu, qui a dépensé 11 fois plus d'argent en 2011 que l'ensemble des associations militant pour un meilleur contrôle des armes à feu. Son objectif pour les élections de mi-mandat de 2014: 20 millions de dollars.

«Jusqu'à présent, les contributions politiques, les publicités et le travail de lobbying du lobby des armes ont éclipsé les dépenses des groupes militant contre les violences par armes à feu. Plus maintenant», ont écrit Gabrielle Giffords et son mari Mark Kelly dans une tribune publiée par le quotidien USA Today.

«Obtenir des réformes réduisant les violences des armes à feu et évitant les tueries de masse signifie qu'il faudra égaler les ressources et les connexions des lobbyistes des armes à feu», ont-ils ajouté.

Mais l'argent, aussi important soit-il, ne sera pas le facteur déterminant du succès ou la cause de l'échec de la fronde contre la NRA, selon Kristin Goss.

Mobilisation populaire

«Ce qui m'intéresse le plus, c'est de voir si les citoyens écriront des lettres à leurs représentants du Congrès et s'ils participeront aux manifestations qui doivent avoir lieu à Washington et dans plusieurs localités», déclare la politologue de l'Université Duke. «Oui, les politiciens ont besoin d'argent, mais ils ont encore plus besoin de votes et ils prêteront attention à ce que leurs commettants feront.»

La manifestation de Washington pour le contrôle des armes à feu aura lieu le samedi 26 janvier, soit un mois et demi après le massacre de Newtown. «Après la tuerie de Columbine, il avait fallu neuf mois pour organiser une manifestation sur le National Mall, rappelle Kristine Goss. La nouvelle manifestation, si je comprends bien, est presque exclusivement organisée via Facebook. Il sera intéressant de voir quel rôle joueront les médias sociaux dans la mobilisation des gens.»

En attendant, Joe Biden retiendra l'attention aujourd'hui ou demain avec une série de recommandations à Barack Obama pour contrer la violence liée aux armes à feu. Il pourrait notamment proposer une restriction sur les chargeurs de grande capacité et des contrôles d'identité plus stricts pour les acheteurs d'armes à feu.

La NRA a déjà dit non à Joe Biden, l'accusant de vouloir s'attaquer au deuxième amendement de la Constitution, qui garantit pour tout citoyen le droit de porter des armes. Reste à voir si le lobby des armes à feu aura encore le dernier mot.

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