Le dur retour à la maison des travailleurs de l'Ebola

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Depuis hier, la règle de la quarantaine a été revue: les spécialistes de la santé qui reviennent d'Afrique de l'Ouest pourront vivre leur quarantaine à la maison.

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L'épidémie de fièvre hémorragique Ebola s'est déclarée au début de l'année 2014 en Guinée avant de gagner le Liberia puis la Sierra Leone. Le virus mortel touche de plus en plus de personnes. »

Ils sont travailleurs humanitaires, infirmiers, médecins, journalistes, soldats. Ils ont pris des risques pour se rendre en Sierra Leone, au Liberia ou en Guinée pour freiner à leur manière l'épidémie de fièvre Ebola. Le plus difficile? Le sort qui leur est réservé au retour, aux États-Unis comme ici.

Après avoir passé un mois à traiter des patients happés par le virus Ebola en Sierra Leone, l'infirmière américaine Kaci Hickox avait hâte de retrouver son conjoint et sa famille. Elle a plutôt eu droit à un week-end dans une tente d'isolement, avec comme seule compagne une toilette portable.

Atteinte du virus? Pas du tout. Après avoir pris sa température (normale), les docteurs de l'hôpital de Newark - où la jeune femme de 33 ans a été mise en quarantaine vendredi - ont procédé à un test sanguin. Pas d'Ebola.

Kaci Hickox n'a pas pu pour autant rentrer à la maison. Le jour de son retour d'Afrique, les gouverneurs du New Jersey, Chris Christie, et de l'État de New York, Andrew Cuomo, ont annoncé que tous les travailleurs de la santé qui ont travaillé auprès des patients atteints par le virus devront subir une quarantaine obligatoire de 21 jours, soit la période maximale d'incubation de la fièvre hémorragique.

Leur annonce est survenue après que Craig Spencer, un médecin new-yorkais qui a travaillé pour Médecins sans frontières en Guinée, eut contracté le virus. Les premiers symptômes de la maladie se sont manifestés après son retour aux États-Unis.

Criminelle?

Première à être assujettie aux nouvelles règles, Kaci Hickox a dénoncé les «conditions inhumaines» de sa quarantaine, similaires à celles imposées aux malades présentant des symptômes avancés. «Assise seule dans la tente d'isolement, j'ai pensé à mes collègues qui vont revenir aux États-Unis et faire face à la même situation. Est-ce qu'on leur fera aussi sentir qu'ils sont des criminels et des prisonniers?», a-t-elle écrit dans une lettre publiée par le Dallas Morning News.

Son sort a fait bondir le patron de la Maison-Blanche, qui estime qu'il est nécessaire de se baser sur la science avant de mettre de l'avant des mesures extrêmes.

Hier matin, le gouverneur Christie a annoncé qu'il libérait l'infirmière. Cette dernière a été raccompagnée dans le Maine par deux véhicules gouvernementaux. La règle de la quarantaine a aussi été revue: les spécialistes de la santé qui reviennent d'Afrique de l'Ouest pourront vivre leur quarantaine à la maison. Les militaires américains qui participent à la lutte contre l'Ebola n'auront pas cette chance. Hier, le Pentagone a annoncé qu'ils subiront une quarantaine dans une aile réservée de la base militaire américaine de Vincenza en Italie.

Isolement auto-imposé

L'histoire de Kaci Hickox a mis en lumière une situation beaucoup plus vaste: le retour à la maison des travailleurs humanitaires, des spécialistes de la santé et des journalistes qui se sont rendus sur la ligne de front de l'Ebola, suscite de vives réactions.

«Le retour est très difficile. Plusieurs reçoivent des menaces sur Facebook ou ailleurs», a dit à La Presse la présidente de Médecins sans frontières, Joanne Liu, lors d'une récente entrevue.

Pour rassurer les proches, Médecins sans frontières international (MSF) demande à ses employés qui ont séjourné dans la zone Ebola de travailler de la maison pendant 21 jours, de prendre leur température deux fois par jour et d'éviter les bains de foule.

«Je n'ai pas annoncé mon retour à mes amis, je n'ai pas pris les transports en commun. En cas de symptômes, j'aurais contacté l'Agence de la santé publique», explique Nicolas Pérez, qui a travaillé pendant près de trois mois pour MSF en Sierra Leone. Il estime que ces mesures sont plus que suffisantes. «La maladie n'est pas contagieuse avant l'apparition de symptômes», rappelle le Montréalais. D'ailleurs, Santé Canada n'impose aucune quarantaine aux travailleurs humanitaires, mais leur recommande d'entrer en contact avec un spécialiste en cas de changements dans leur état de santé.

Les médias canadiens imposent aussi des règles aux reporters qui sont allés sur le terrain. Journaliste à Radio-Canada fraîchement rentrée de Guinée, Sophie Langlois vit actuellement loin des siens. «Pour éviter de mettre des gens mal à l'aise en ma présence, car la peur de l'Ebola est bien réelle et compréhensible, nous serons encore plus rigoureux [que le minimum prescrit]. Je vais respecter un certain isolement pendant la période d'incubation. Je pourrai sortir seulement dans des lieux où il est possible de respecter une distance de plus de un mètre entre moi et les autres. Je n'irai pas au bureau, pas de transport public, pas d'épicerie. Et pas de câlin à mon fils. Qui doit vivre encore deux semaines sans maman. C'est ça le plus dur», écrit la journaliste sur sa page Facebook.

Ban Ki-Moon inquiet

Hier, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, s'est inquiété de l'impact des mesures restrictives imposées aux soignants de l'Ebola à leur retour, craignant notamment que celles-ci dissuadent d'autres bonnes âmes d'aller porter secours aux malades en Afrique de l'Ouest. «Les personnels de santé de retour [d'Afrique de l'Ouest] sont des gens exceptionnels, qui donnent d'eux-mêmes pour venir en aide à l'humanité. Ils ne devraient pas être soumis à des restrictions qui n'ont pas de base scientifique», a dit M. Ban hier.

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