Fin du conflit gazier en Europe de l'Est

L'UE a besoin chaque année de 450 milliards... (PHOTO SERGEY BOBOK, ARCHIVES AFP)

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L'UE a besoin chaque année de 450 milliards de mètres cubes de gaz pour sa consommation, dont 75 milliards sont achetés à la Russie et transitent par les installations de l'Ukraine.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Alix RIJCKAERT, Jean-Luc BARDET
Agence France-Presse
BRUXELLES

L'Ukraine, la Russie et l'Union européenne ont trouvé jeudi soir à Bruxelles une issue provisoire au contentieux sur la livraison de gaz russe, qui sécurise l'approvisionnement de l'Ukraine, mais aussi de l'Europe, pour l'hiver.

«La responsabilité politique, la logique de coopération et le simple bon sens économique ont prévalu», a affirmé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, au cours d'une conférence de presse. «C'est un pas important pour notre sécurité énergétique», a-t-il dit, ajoutant qu'il n'y avait «aucune raison pour que les gens aient froid cet hiver en Europe», dont une majorité de ses importations de gaz russe transitent par l'Ukraine.

À l'issue de deux jours d'intenses négociations, l'accord sur la reprise des livraisons interrompues en juin a été signé par les ministres de l'Énergie des deux pays, le Russe Alexander Novak et l'Ukrainien Iouri Prodan, et par le commissaire européen à l'Energie, Günther Oettinger. Un «addendum» au contrat entre les groupes gaziers russe Gazprom et ukrainien Naftogaz a ensuite été paraphé par les patrons des deux compagnies, Alexeï Miller et Andriy Kobolev.

Les accords portent sur l'apurement des impayés de l'Ukraine, et sur les modalités de paiement des livraisons jusqu'en mars 2015.

Le règlement d'une dette de 3,1 milliards de dollars se fera en deux tranches, une première de 1,45 milliard de dollars immédiatement, l'autre de 1,65 milliard d'ici la fin de l'année. Les Russes évaluent le total des arriérés à 5,3 milliards de dollars, mais acceptent de s'en remettre à une cour d'arbitrage pour les quelque 2,2 milliards restants.

Élément crucial du compromis, un prix de «moins de 385 dollars les 1000 m3» a été fixé pour toute la durée de l'accord intérimaire. Le paiement s'effectuera à l'avance mois par mois.

M. Oettinger a affirmé que Naftogaz pourrait puiser dans «ses propres revenus» pour payer ses consommations à venir. L'UE ne s'est pas formellement portée garante des engagements financiers de Kiev. Mais les aides substantielles de l'UE - qui a lancé deux programmes de soutien macro-économique pour 1,6 milliard d'euros au printemps dont 600 millions ont déjà été déboursés - et du Fonds monétaire international, qui a promis en avril de prêter 17 milliards de dollars, vont aider Kiev à régler notamment la dette, a assuré M. Oettinger.

«Nous avons les financements nécessaires pour payer», a confirmé M. Prodan alors que l'Ukraine a besoin de 4 milliards de m3 d'ici la fin de l'année.

«Accroître la confiance»

Le FMI a toutefois indiqué jeudi qu'il pourrait retarder l'octroi de son prochain prêt à l'Ukraine en attendant la formation d'un nouveau gouvernement, tout en assurant que cela n'aurait pas de conséquences «cruciales» sur les finances de ce pays. Kiev avait demandé à l'UE une ligne de crédit de deux milliards d'euros.

Responsable de l'Énergie depuis cinq ans, le commissaire allemand passe samedi au portefeuille du Numérique dans la nouvelle Commission Juncker. Avant de quitter ses fonctions, il était déterminé à arracher un accord qui devrait sécuriser pour cet hiver l'acheminement des importations européennes de gaz russe transitant par l'Ukraine.

«Nous sommes convaincus que nos relations futures seront constructives et nos accords respectés», a commenté le ministre russe Alexandre Novak. «Cette décision assurera une sécurité énergétique à l'Ukraine et sécurise la livraison de gaz à l'Europe», a souligné son homologue ukrainien Iouri Prodan.

M. Barroso, dont ce sont aussi les dernières 24 heures à la tête de la Commission, a mis tout son poids dans la balance, téléphonant mercredi à plusieurs reprises au président ukrainien Petro Porochenko.

Jeudi soir, il a dit «espérer que cet accord accroîtra la confiance entre l'Ukraine et la Russie». «La mise en oeuvre des accords de Minsk» sur un cessez-le-feu dans l'Est séparatiste de l'Ukraine «doit maintenant être la priorité», a-t-il ajouté, alors que la situation s'est dégradée sur le terrain.

Par ailleurs, M. Hollande et Mme Merkel «ont souligné l'importance d'une pleine mise en oeuvre du protocole de Minsk du 5 septembre 2014, en vue d'une solution politique durable à la crise actuelle dans l'est séparatiste de l'Ukraine, alors que la situation s'est dégradée sur le terrain.

De très intenses tirs d'artillerie en provenance des deux camps ont retenti jeudi soir aux abords de l'aéroport de Donetsk, l'un des principaux points chauds de l'est séparatiste prorusse de l'Ukraine. Auparavant, un porte-parole militaire avait annoncé que sept soldats ukrainiens avaient été tués dans des combats avec les rebelles prorusses, soit les pires pertes dans l'armée ukrainienne depuis la mi-octobre.

L'UE a aussi mis en garde contre les élections organisées dimanche par les rebelles dans leurs «républiques» autoproclamées, qui iraient à l'encontre d'une «solution politique durable» à la crise.

Gazprom avait presque doublé le prix par m3 de gaz exigé à l'Ukraine après la chute en février du président prorusse Victor Ianoukovitch, suivie de l'arrivée d'un gouvernement pro-occidental. Le géant gazier avait interrompu ses livraisons de gaz à Kiev en juin, arguant d'impayés colossaux.

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