Bernie Sanders, un juif à part

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Jeudi dernier, lors d'un débat à Brooklyn, Bernie Sanders a mis au défi Hillary Clinton à trois reprises de reconnaître que l'armée israélienne avait fait un usage disproportionné de la force lors de sa campagne dans la bande de Gaza en 2014.

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Ni les médias ni la communauté juive n'en ont fait un plat: le 9 février dernier, au New Hampshire, Bernie Sanders est devenu le premier juif à remporter une primaire présidentielle.

Il faut dire que le sénateur du Vermont a lui-même fait l'impasse sur ce précédent. Ce soir-là, lors de son discours de victoire, il s'est contenté d'évoquer son éducation en tant que «fils d'un immigré polonais». Pas de quoi stimuler la fierté des électeurs juifs, dont certains ont reproché à Sanders de s'être identifié à un peuple ayant longtemps pratiqué l'antisémitisme.

Demain, à l'occasion de la primaire cruciale du Parti démocrate de New York, ces électeurs auront un poids beaucoup plus important que dans les autres États ayant déjà voté en 2016. Selon les prévisions, ils représenteront environ 15 % des démocrates qui se rendront aux urnes. Or, ils demeurent tièdes à l'endroit du candidat juif né à Brooklyn, selon un sondage NBC News/Wall Street Journal diffusé la semaine dernière : 65 % d'entre eux avaient l'intention de voter pour Hillary Clinton, contre 32 % pour lui.

Et l'épisode du New Hampshire n'explique pas à lui seul le manque d'appuis de Sanders chez les électeurs juifs.

«Bernie Sanders n'est pas Joe Lieberman», affirme Gilbert Kahn, politologue à l'Université Kean, au New Jersey, en faisant référence à l'ancien sénateur du Connecticut, qui avait galvanisé ses coreligionnaires en 2000 en devenant le premier candidat juif à la vice-présidence américaine.

Le rapport de Bernie Sanders avec le judaïsme tranche également avec celui de Joe Lieberman. Alors que le colistier d'Al Gore refusait de faire campagne lors du sabbat et des fêtes juives, le sénateur du Vermont a prononcé en septembre un discours remarqué le jour de Rosh Hashana, le Nouvel An juif, sur le campus de la Liberty University, le plus grand établissement évangélique du monde.

Mais c'est peut-être sur la question d'Israël que Bernie Sanders se démarque le plus non seulement des politiciens juifs comme Joe Lieberman, mais également de la plupart des élus démocrates. Jeudi dernier, lors d'un débat à Brooklyn, il a mis au défi Hillary Clinton à trois reprises de reconnaître que l'armée israélienne avait fait un usage disproportionné de la force lors de sa campagne dans la bande de Gaza en 2014. L'ancienne secrétaire d'État n'a pas relevé son défi.

Tout en revendiquant le droit de critiquer le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, le démocrate socialiste a aussi appelé à un traitement équitable des Palestiniens.

«Si nous voulons apporter la paix dans la région, nous allons devoir traiter les Palestiniens avec respect et dignité», a-t-il déclaré.

La plupart des commentateurs ne se souvenaient pas d'avoir entendu un candidat présidentiel majeur tenir de tels propos lors d'un débat, et à New York de surcroît.

«Ce que Bernie a fait lors du débat [...], c'est de dire: ''Je ne suis pas en désaccord avec Hillary, mais je pense qu'il est nécessaire d'avoir une discussion plus large sur la question d'Israël''», affirme le professeur Kahn.

Une embauche critiquée

Nombre d'électeurs démocrates, y compris les plus jeunes, les Noirs et les Latinos, partagent cette opinion. Cela dit, Sanders n'est pas imperméable à toute pression des organisations juives traditionnelles. Mardi dernier, celles-ci ont dénoncé vigoureusement son embauche de Simone Zimmerman, critique parfois féroce des politiques du gouvernement israélien actuel et de l'occupation des territoires palestiniens, à titre de responsable national des relations entre sa campagne et la communauté juive.

Or, quelques heures avant le débat de jeudi dernier, Sanders a annoncé la suspension de Zimmerman, dont les propos vulgaires publiés sur Facebook au sujet de Nétanyahou et Clinton venaient de faire surface.

Bien sûr, Hillary Clinton a des atouts précieux aux yeux de bon nombre d'électeurs juifs de New York. Lors de l'affrontement de Brooklyn, elle a notamment rappelé sa contribution à la négociation d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas en 2012. Mais il y a plus.

«Elle est la femme d'un président qui était perçu comme un grand ami d'Israël», dit Gilbert Kahn. «Elle vient du courant principal du Parti démocrate, qui a une longue histoire d'identification à Israël. Plusieurs membres de la communauté juive émettent certes des doutes sur l'ensemble de sa personnalité. Mais en ce qui concerne la politique étrangère, les affaires internationales, la communauté juive ne voit personne parmi les autres candidats qui possède son niveau d'expérience et d'expertise.»

Les partisans de Bernie Sanders, juifs ou autres, sont évidemment à la recherche d'une autre expérience et d'une autre expertise.

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