Une élève modèle parmi les djihadistes

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Shayma Senouci, 18 ans, est une des deux filles qui font partie de la bande des six jeunes Québécois vraisemblablement partis rejoindre un groupe djihadiste en Syrie.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Il n'y avait pas que des garçons dans la bande de six Québécois soupçonnés d'être partis pour rejoindre des djihadistes syriens, en janvier. Deux filles étaient du groupe. L'une d'elles, âgée d'à peine 18 ans, a fait un geste lourd de sens, la veille de son départ: elle a mis sa robe de bal en vente sur un site de petites annonces. Là où elle s'en allait, elle n'en aurait pas besoin.

La veille de son départ pour la Turquie,... (PHOTO TIRÉE DU SITE KIJIJI.CA) - image 1.0

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La veille de son départ pour la Turquie, la Lavalloise Shayma Senouci a mis en vente sa robe de bal du secondaire.

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Le départ

«Je n'ai rien vu... Je n'ai rien pu faire», résume la mère de Shayma Senouci, jointe à sa maison de Laval.

Sa fille fait partie du groupe de six jeunes disparus de la région de Montréal dont les parents et les autorités ont perdu la trace après leur arrivée en Turquie, comme l'a révélé La Presse hier. Elle avait tout caché à ses parents.

Sans le leur dire, elle avait fait une demande de passeport en payant un supplément pour un traitement urgent. Passeport Canada exige une preuve de voyage pour accorder ce traitement rapide. Shayma Senouci a montré une preuve de son départ prochain vers la Turquie, selon nos sources.

Puis, le 15 janvier, la veille de son départ, elle a placé une annonce sur le site de petites annonces Kijiji. «Bonjour, je vends une robe de soirée que j'ai achetée pour mon bal de secondaire cinq. Je l'ai portée deux fois lors de deux soirées. Je l'ai amenée chez le nettoyeur, donc elle est comme neuve! C'est une robe d'Anais designs et elle est de taille 2, donc une petite taille. Aucune retouche n'a été faite, elle est telle que lors de sa sortie du magasin. Le prix est discutable avec des gens sérieux. Je peux me déplacer à Montréal et à Laval. Aussi, j'ai des accessoires que je peux aussi vendre à prix raisonnable sur demande», écrivait-elle. Le prix demandé pour la robe était de 300$.

Elle a ensuite inventé un endroit où elle prétendait passer la soirée, pour ne pas inquiéter ses parents. Et elle s'est envolée avec ses amis. Selon nos informations, elle aurait donné des nouvelles à sa famille à son arrivée, pour dire qu'elle se dirigeait vers la Syrie, où des groupes djihadistes imposent leur règne de terreur à coups de massacres et d'attentats.

La GRC a été alertée par la famille, qui réclamait désespérément de l'aide afin de la ramener ici. Les policiers n'ont rien pu faire.

Élève modèle, ado normale

Shayma Senouci avait été une élève modèle à l'Académie Roberval, une école au programme enrichi où elle a fait au moins une partie de ses études secondaires, dans le quartier Villeray, avant de déménager à Laval. En 2011, elle avait remporté la bourse du commissaire scolaire pour l'engagement social et la persévérance scolaire.

La même année, elle s'était ouvert un compte Twitter où elle montrait un côté espiègle. Dans la case où les usagers inscrivent l'endroit où ils se trouvent, elle avait écrit: «Regarde derrière toi.» Elle utilisait aussi le site de réseautage pour taquiner ses amis. Elle a utilisé Twitter jusqu'en 2013 et s'était abonnée aux comptes du Canadien de Montréal, de l'acteur Channing Tatum, ainsi qu'à ceux d'une foule de vedettes pop asiatiques, mais à aucun compte politique, religieux ou fondamentaliste.

Sportive, la jeune fille participait à des courses et franchissait le fil d'arrivée bien plus rapidement que certains garçons de son âge, comme le démontrent les résultats publiés sur l'internet.

Le besoin de s'impliquer

Les amis et les proches de Shayma Senouci ont refusé de parler de son parcours dans le cadre de ce reportage. Mais une chose ressort clairement de son profil Facebook, qu'elle a alimenté jusqu'à l'été dernier: elle voulait aider, s'impliquer, et se souciait du sort des autres.

Elle a partagé la vidéo d'une activité qu'elle décrivait comme «une expérience mémorable»: les images montraient une activité organisée par une mosquée au cours de laquelle des jeunes s'étaient rendus à la station de métro Berri-UQAM pour distribuer de l'eau, de la nourriture et donner un peu de réconfort aux nombreux toxicomanes et sans-abri du coin. Un ami l'a félicitée pour sa participation à cette initiative.

Shayma Senouci se montrait aussi constamment préoccupée par le sort de la population palestinienne. Elle a partagé sur sa page divers reportages à ce sujet, ainsi que des invitations pour une collecte de fonds et une manifestation de solidarité. Elle s'insurgeait aussi de la souffrance qu'elle voyait en Palestine. «C'est un génocide. Comment on peut rester de marbre face à ça?!!», écrivait-elle en publiant un lien vers le bilan des victimes lors du récent affrontement avec les forces israéliennes.

Le malaise québécois

Autre chose semblait déranger Shayma Senouci, selon ses publications Facebook: elle publiait plusieurs réflexions sur l'acceptation des musulmans dans les sociétés occidentales, particulièrement au Québec, et s'est insurgée plus d'une fois contre le projet péquiste de charte des valeurs, en 2013.

Elle a notamment invité ses amis à signer une pétition contre le projet du PQ, à l'époque où il était au pouvoir. Elle a aussi partagé une vidéo d'une femme voilée qui se serait fait invectiver dans le métro, qualifiant l'affaire de «dégueulasse».

Elle commentait par ailleurs ce que d'autres usagers de Facebook musulmans avaient le droit de faire ou pas, en vertu des règles de la religion musulmane.

Dans une discussion avec des amies sur la nature de la véritable amitié, elle a aussi publié un commentaire insistant sur l'importance de comprendre l'autre plutôt que de le juger, «par exemple entre un musulman et un non-musulman».

- Avec la collaboration de Daniel Renaud

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