Un Ontarien lance un appel au djihad

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L'auteur du message vidéo, John Maguire, aurait été surveillé par la GRC après sa conversion à l'islam, ce qui ne l'a pas empêché de s'envoler vers la Syrie en 2013.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Une vidéo menaçant directement le Canada pour son implication dans la mission de combat contre le groupe armé État islamique (EI) a été publiée hier, et elle met en scène un jeune homme «typiquement canadien», qui a quitté le pays pour rejoindre l'organisation djihadiste.

Dans les ruines d'un pays non identifié, la caméra est braquée sur le jeune Ontarien John Maguire. «J'étais l'un de vous. J'étais un Canadien typique. J'ai grandi sur une patinoire et passé mon adolescence sur une scène, à jouer de la guitare. Je n'avais pas de casier judiciaire, j'étais un étudiant brillant et je maintenais une bonne moyenne à l'université», lance l'ancien étudiant de l'Université d'Ottawa, avant d'inciter ses auditeurs à mener le djihad contre l'Occident.

«Soit vous faites vos bagages, soit vous préparez vos explosifs. Soit vous achetez votre billet d'avion, soit vous aiguisez votre couteau», ordonne le jeune homme à la fin d'une vidéo de six minutes qui a d'abord émergé sur les sites archive.org et YouTube, qui hébergent tous les deux des vidéos envoyées par des tiers. «Soit vous venez dans l'État islamique et vivez selon les lois d'Allah, soit vous suivez l'exemple de notre frère Ahmad Rouleau», lance John Maguire. Car selon lui, le statu quo est intenable. «Plus vous allez nous bombarder, plus il y aura de musulmans qui comprendront qu'aujourd'hui, mener le djihad contre l'Occident et ses alliés est devenu une obligation religieuse qui lie tous les musulmans, clame-t-il. Votre peuple sera ciblé, comme vous ciblez le nôtre.»

John Maguire, identifié comme Abu Anwar al-Canadi dans la vidéo, a fréquenté l'organisation musulmane de l'Université d'Ottawa pendant ses études, de 2010 à 2013. Le jeune converti se rendait à la prière du vendredi. Il socialisait, mais ne semblait pas avoir d'amis intimes, selon Stéphane Pressault, qui le côtoyait à l'époque. Originaire de Kemptville, en Ontario, John Maguire aurait aussi fait son secondaire dans la région d'Ottawa. Après sa conversion à l'islam, il aurait été surveillé par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Mais il serait passé sous le radar en janvier 2013, quand il a pris un avion pour la Syrie, sans billet de retour.

Les cordes sensibles

À l'écran, il est vêtu d'une tunique et apparaît parfois avec un AK-47 à la main. Il parle d'un pays qu'il ne considère plus comme le sien, mais dont il connaît plusieurs codes culturels, observe Thomas Juneau, professeur adjoint à l'Université d'Ottawa. «Il fait exprès pour toucher des cordes sensibles, en parlant du hockey, en laissant entendre qu'il vient d'une bonne famille, en disant qu'il était un bon étudiant à l'université, note le spécialiste du Moyen-Orient. Il tente de contrer l'idée voulant que ce soit des aliénés ou des personnes marginalisées socialement qui vont combattre auprès de l'EI.»

John Maguire, actif sur les médias sociaux sous le nom de Yahya Maguire, projette l'image du jeune homme ordinaire qui a «vu la lumière», selon Thomas Juneau. «Pourquoi n'êtes-vous donc pas en mesure de comprendre que des opérations comme celle de notre frère Ahmad Rouleau, de Montréal, de même que l'attaque sur la colline du Parlement, à Ottawa, sont des réponses directes de votre participation dans la coalition de nations pour faire la guerre au peuple musulman?», lance-t-il à l'ouverture de la vidéo.

«C'est presque une vidéo de revendication des attentats, considère l'auteur et journaliste Fabrice de Pierrebourg. Il formule des menaces directes au Canada. Et en plus, la vidéo incite d'autres Bibeau ou d'autres Rouleau à passer à l'acte», prévient-il. Selon lui, il est aussi fascinant qu'inquiétant de voir un «bon Canadien» tenir ce genre de discours, qui semble s'adresser à de jeunes recrues. «Ici, le sous-entendu, c'est: "Je ne suis pas un fou, j'étais un gars comme vous", analyse l'auteur. C'est une vidéo intéressante à diffuser et à écouter, parce que les Canadiens l'oublient, mais nous sommes en guerre.»

Steven Blaney réagit

Le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile du Canada, Steven Blaney, a réagi à la diffusion de la vidéo sur sa page Facebook, dimanche après-midi. «Le terrorisme constitue une menace réelle et sérieuse pour les Canadiens et nous devons demeurer vigilants. C'est pourquoi nous prenons part à la coalition qui mène actuellement des frappes aériennes contre l'EI [État islamique en Irak et au Levant] et que nous appuyons les forces de sécurité en Irak dans leur lutte contre ce fléau terroriste», a-t-il écrit. 

Le Canada a notamment déployé six avions de chasse CF-18 afin de combattre l'EI. Quelque 600 employés canadiens sont engagés dans la mission de combat, qui vise à freiner l'ascension du groupe armé État islamique, créé au début de l'intervention américaine en Irak.

Des Canadiens au service de l'islam radical

Les Rouleau, Maguire et Zehaf Bibeau ne sont pas les premiers Canadiens à souhaiter combattre au nom de l'islam radical. D'autres Canadiens ont été arrêtés pour leur implication présumée dans des actes terroristes au cours des dernières années. En voici quelques-uns.

Mars 2001

Cinq Montréalais sont condamnés à Paris pour leur implication dans un groupe terroriste formé de vétérans du djihad islamiste. Parmi eux, Ahmed Ressam, un Algérien qui a vécu à Montréal, condamné en 2012 à 37 ans de prison pour avoir comploté dans le but de faire exploser l'aéroport international de Los Angeles.

Juillet 2002

Omar Khadr, 15 ans, est capturé par les forces spéciales américaines après des heures de combat. Il est accusé d'avoir tué un soldat américain. Il passera près de 10 ans à Guantánamo, avant d'être rapatrié au Canada en 2012. Il est toujours détenu.

Juin 2006

À Toronto et Mississauga, la police arrête 17 personnes soupçonnées de complots terroristes. Un autre homme est arrêté deux mois plus tard, et le groupe est baptisé le Toronto 18. Ses objectifs: faire exploser une bombe à la Bourse de Toronto et dans des tours importantes de la province.

2008

Mohammed Momin Khawaja devient le premier Canadien condamné en vertu de la nouvelle loi antiterroriste. On lui reproche son implication dans un complot destiné à faire exploser des bombes dans plusieurs lieux publics en Grande-Bretagne en 2004. Khawaja, qui était informaticien aux Affaires étrangères à Ottawa, aurait conçu des détonateurs à distance et fourni de l'argent à ses complices londoniens, avec qui il s'était entraîné en 2003 au Pakistan.

Été 2012

Victor Plotnikov, boxeur torontois de 23 ans converti à l'islam, meurt au nom du djihad, fusil d'assaut à la main, au Daghestan russe. Il avait quitté le Canada en 2010 pour se joindre à un groupe d'insurgés djihadistes.

4 avril 2013

La GRC confirme que les Canadiens Xristos Katsiroubas et Ali Medlej, originaires de London, en Ontario, ont participé à l'attaque terroriste contre le site gazier d'In Amenas, en Algérie.

22 avril 2013

La police canadienne et les services de renseignement arrêtent Chiheb Esseghaier et Raed Jaser. Le premier a déjà vécu à Montréal, et le second vit à Toronto. Les présumés terroristes auraient planifié de faire dérailler un train de passagers de VIA Rail au-dessus de la rivière Niagara.

Janvier 2014

La CBC annonce que Damian Clairmont, un jeune Canadien qui habitait à Calgary jusqu'en novembre 2012, serait mort en Syrie alors qu'il participait aux activités du groupe djihadiste Jabhat al Nusra, lié à Al-Qaïda. Quelques jours plus tard, le diffuseur public révèle qu'Andre Poulin, de Timmins, aurait aussi été tué en Syrie quelques mois plus tôt.

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