Il y a un an, un des kamikazes était devenu un héros à Molenbeek

Jusqu'à récemment, Brahim Abdeslam tenait le bar Les... (PHOTO AFP)

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Jusqu'à récemment, Brahim Abdeslam tenait le bar Les Béguines, un établissement de Molenbeek où se consommait et se vendait beaucoup de cannabis, à tel point que l'administration communale lui avait imposé récemment une fermeture forcée de cinq mois.

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Attaques à Paris
Attaques à Paris

Notre dossier spécial sur les attentats du 13 novembre à Paris. »

(Bruxelles et Paris) Debza Nourdine est l'une des seules personnes à oser encore dire du bien de Brahim Abdeslam, un des kamikazes qui ont entraîné tant de gens dans la mort vendredi à Paris.

«Même s'il est mort, je suis encore reconnaissant envers lui d'avoir sauvé mes enfants et mes locataires», explique l'homme, un garagiste, en montrant sa résidence familiale. Nous sommes dans la commune bruxelloise de Molenbeek, d'où sont partis tant de djihadistes au cours des dernières années.

Il y a un peu plus d'un an, un incendie s'est déclaré dans son immeuble résidentiel. Debza Nourdine n'était pas là, mais sa femme et ses enfants ainsi que ses locataires dormaient à l'intérieur.

Brahim Abdeslam est entré malgré les flammes et a fait sortir tout le monde d'urgence avant que le brasier ravage complètement la toiture. Il est devenu un héros local.

«Je lui disais souvent: "Je suis reconnaissant"», raconte le garagiste.

Mais depuis vendredi, l'homme se retrouve devant un paradoxe: son bon Samaritain est devenu un monstre.

«Vous imaginez? Sauver des vies, pour tuer ensuite. Passer d'un truc bien à un truc mal, comme ça.»

Un bar où se vendait du cannabis

Brahim Abdeslam n'en était pas à un paradoxe près. Jusqu'à récemment, il exerçait à Molenbeek un métier peu compatible avec l'intégrisme religieux: il était tenancier de bar. Un bar où se consommait et se vendait beaucoup de cannabis, à tel point que l'administration communale lui avait imposé récemment une fermeture forcée de cinq mois.

L'arrêté de police placardé sur la porte du bar Les Béguines mentionne que des agents sont intervenus sur place en août dans le cadre d'une opération planifiée et ont constaté «une forte odeur de stupéfiants» à l'intérieur.

En général, selon les autorités, l'établissement provoquait «des perturbations au voisinage et à l'ordre public en général».

Cet été, Brahim Abdeslam a cédé la gérance de l'établissement, mais il y était encore un assidu, tout comme son frère Salah, activement recherché dans toute l'Europe pour son rôle dans les attentats et qualifié d'«ennemi public numéro un» en Belgique.

Le propriétaire de l'immeuble où le bar avait pignon sur rue n'a pas une très haute opinion de Brahim Abdeslam et de son frère.

«Ils n'ont rien à voir avec la religion! Ce sont des voyous, des toxicos, des alcoolos, des cokés, des dealers de shit», peste l'homme, lui-même musulman.

Il ne s'explique pas comment son ancien locataire et son frère ont pu devenir des adeptes de l'islamisme radical.

«C'est peut-être une dépression, peut-être qu'on a vu que c'étaient des faibles et qu'on a voulu les manipuler. Peut-être qu'ils ont voulu se racheter pour aller au paradis en se faisant sauter?»

Une planque près de Paris

La dernière fois qu'on a vu le jeune terroriste en Belgique, c'était la semaine dernière. Puis, on retrouve sa trace en France, dans une rue paisible à Bobigny, une ville ouvrière en banlieue nord de Paris.

À l'angle de la rue Georges Tarral, devant une école primaire bondée, une petite maison de deux étages aux volets clos est l'objet de tous les regards. Sur le trottoir, plusieurs policiers montent la garde.

Avant de se faire exploser sur une terrasse du boulevard Voltaire, blessant gravement la serveuse qui prenait sa commande, c'est ici que Brahim Abdeslam préparait tranquillement son coup.

Selon la police, l'endroit lui aurait servi de cache ainsi qu'à d'autres membres de l'escouade terroriste qui a pris Paris d'assaut vendredi.

À l'abri des regards

Brahim Abdeslam avait loué la maison à son nom pour occupation à compter du 10 novembre, soit trois jours avant les attentats. Le bail se terminait hier. Lors d'une perquisition dimanche, les policiers n'ont découvert que des téléphones portables et des puces. Mais les forces de l'ordre croient que c'est à cet endroit que les explosifs des vestes auraient été fabriqués, selon ce que rapportent plusieurs médias français.

Les voisins sont horrifiés. Un attentat terroriste s'est préparé tout juste sous leur nez. Beaucoup se souviennent d'avoir remarqué la voiture Seat noire immatriculée en Belgique qui a servi à l'une des trois équipes de kamikazes évoquées par les autorités le soir du carnage.

«Bien sûr, on avait remarqué la voiture, raconte une résidante. On se connaît tous entre voisins. On reconnaît les voitures des gens. Mais on ne pouvait pas se douter», dit-elle.

Un résidant du quartier affirme avoir vu le véhicule le soir même de la tuerie. «Il était stationné. Mais il y avait deux hommes assis dedans. Ils n'avaient pas de barbes et n'étaient pas habillés de manière religieuse», a raconté à La Presse l'homme qui, comme la plupart de ses voisins, requiert l'anonymat de peur que le frère de Brahim Abdeslam, Salah, recherché dans toute l'Europe, s'en prenne à lui.

Quelques minutes plus tard, les hommes lourdement armés parcouraient fort probablement les 13 kilomètres qui les séparaient du 11e arrondissement.

Des fantômes

Si la voiture a piqué la curiosité, les hommes, eux, ont réussi à passer sous le radar dans la petite communauté très multiethnique qui borde une des multiples cités de tours de logements de la ceinture parisienne.

«Il n'y avait pas beaucoup d'allées et venues, dit Lahry Boudinar, qui habite juste à côté. Mais je me souviens d'avoir vu un homme entrer et sortir.»

La propriétaire de la maison a raconté à une chaîne de télévision française que ses locataires n'ont rien laissé paraître. «C'étaient des gens sympas, corrects, bien habillés, ils n'avaient pas de barbes, pas de djellabas.»

À la mosquée du quartier, située juste derrière la cachette, on ne se souvient pas qu'Abdeslam et ses complices soient venus prier durant leur court séjour. À la boucherie Al-Houda, la police a récupéré les images des caméras de surveillance.

«Ils sont peut-être venus ici. Ça fait vraiment peur. C'est des fous», dit l'employé.

Pour Kadem, la cinquantaine, également maghrébin d'origine et résidant rue Georges Tarral, le numéro 48 restera à jamais «hanté». «Les mômes qui sortent de l'école, ils ont vu tout ça. La police, les journalistes. Ils savent que des tueurs ont séjourné là. Ils ne pourront pas l'oublier. Des fantômes ont vécu là.»

Pourquoi Bobigny?

Pourquoi avoir choisi Bobigny pour préparer l'attaque contre Paris? Le maire adjoint de la petite ville, Djaffar Hammoum, n'y comprend rien. «On n'est pas une ville de terroristes ici», martèle-t-il, affirmant qu'il avait appris à la télé que Bobigny avait abrité une planque pour quelques jours. Sur le plan géographique, la maison de la rue Georges Tarral est située assez près de l'endroit où a grandi un autre terroriste identifié, Samy Amimour, à Drancy, et de la mosquée qu'il fréquentait avec deux autres hommes partis en Syrie, au Blanc-Mesnil. L'hôtel où des kamikazes de la même bande avaient loué des chambres d'hôtel à la veille des attentats, à Alfortville, est situé juste au nord.

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