La Turquie prête à ouvrir sa frontière aux Syriens fuyant Alep

Ankara accueille déjà quelque 2,7 millions de Syriens.... (Photo Lefteris Pitarakis, AP)

Agrandir

Ankara accueille déjà quelque 2,7 millions de Syriens.

Photo Lefteris Pitarakis, AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Crise dans le monde arabe

International

Crise dans le monde arabe

Consultez notre dossier complet sur les soulèvements populaires dans le monde arabe. »

Fulya OZERKAN, Rouba AL HUSSEINI
Agence France-Presse
Oncupinar et Beyrouth

La Turquie a annoncé être prête à ouvrir ses frontières aux dizaines de milliers de Syriens qui patientaient dimanche dans le froid après avoir fui l'offensive des troupes du régime de Damas à Alep.

Dans l'attente d'une décision d'Ankara, la situation humanitaire est de plus en plus « désespérée » pour les civils, principalement des femmes et des enfants, qui se pressent dans le nord de la Syrie, selon Médecins sans frontière (MSF).

Si les Syriens poussés à l'exode « sont à nos portes et n'ont pas d'autre choix, nous devons laisser entrer nos frères et nous le ferons », a déclaré samedi le président turc Recep Tayyip Erdogan. Il n'a cependant pas précisé quand les Syriens pourraient entrer dans son pays.

Le seul point de passage possible au nord d'Alep, via le poste-frontière turc d'Oncupinar, restait fermé dimanche, a constaté une journaliste de l'AFP.

Du côté syrien, à Bab al-Salama et Azaz, les dizaines de milliers de civils patientent dans des conditions très précaires.

« C'est un drame. Ceux qui n'ont pas pu obtenir une tente dorment sous les oliviers », a témoigné Haitham Hammou, porte-parole du groupe rebelle Jabha Chamiya, joint par l'AFP par téléphone. « Les déplacés ont à peine une ration alimentaire par jour », a-t-il ajouté.

MSF a distribué plus de 230 tentes mais il manque des hébergements, de l'eau et des équipements sanitaires, a précisé son chef de la mission en Syrie, Muskilda Zancada.

Le nombre de personnes ayant rejoint ces derniers jours les environs d'Azaz est estimé à plus de 30 000 mais pourrait atteindre 70 000, selon le gouverneur de la province frontalière turque, Suleyman Tapsiz.

Face à ce nouveau drame humanitaire, les Européens, qui tentent eux de limiter l'accès des réfugiés à leur territoire, ont appelé à Ankara à accueillir les Syriens fuyant la province d'Alep.

La Turquie, qui accueille déjà 2,7 millions de réfugiés syriens, « a atteint les limites de sa capacité », a réagi dimanche le vice-premier ministre Numan Kurtulmus. « Mais en fin de compte, ces gens n'ont nulle part ailleurs où aller. Soit ils mourront sous les bombes [...] soit ils ouvriront nos frontières ».

Le régime progresse 

La pression pourrait s'accroître sur la zone frontalière car les troupes du régime de Bachar al-Assad progressent dans le nord de la province d'Alep, soutenus par des raids aériens russes.

Elles ne se trouvaient plus dimanche qu'« à 7 km de la ville de Tall Rifaat, un des trois derniers bastions des rebelles dans le nord de la province », avec Azaz et Marea, a indiqué Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Leur « objectif ultime de parvenir à la frontière turque », distante d'une trentaine de kilomètres, « pour empêcher tout passage de rebelles et d'armes à partir de la Turquie », a-t-il précisé.

Une source militaire syrienne a également affirmé que l'armée cherchait à « couper les routes [des rebelles] sur tous les fronts ».

Une rupture totale des voies d'approvisionnement serait dramatique pour les quelque 350 000 civils toujours présents dans les quartiers d'Alep contrôlés par les rebelles et qui risquent d'être privés de nourriture, d'eau et de mazout, a averti MSF.

La bataille d'Alep est susceptible d'être un tournant dans la guerre syrienne car une perte totale de la deuxième ville du pays, divisée depuis 2012, porterait un coup très rude aux rebelles, par ailleurs en difficulté sur d'autres fronts.

Dans la province de Damas, l'armée encercle depuis samedi soir la ville de Daraya aux mains des insurgés depuis 2012.

En revanche, au moins 35 soldats syriens et miliciens prorégime ont péri dans une embuscade tendue par des rebelles islamistes dans la province de Damas, selon l'OSDH.

Par ailleurs, A Mouadamiyat al-Cham, ville rebelle assiégée par le régime près de Damas, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Croissant Rouge syrien ont livré dimanche 700 paquets alimentaires à 700 familles, a indiqué à l'AFP le porte-parole du CICR en Syrie Pawel Krzysiek.

Tensions Moscou/Ankara 

L'offensive éclair menée par le régime est vivement dénoncée par les pays soutenant les rebelles, dont la Turquie et l'Arabie saoudite qui envisage désormais de participer à une opération terrestre en Syrie si la coalition antidjihadiste conduite par Washington en prend la décision.

M. Erdogan a pour sa part affirmé que la Turquie était prête à « faire tout ce qui est nécessaire », sans dévoiler la stratégie d'Ankara, qui a été accusée par Moscou de préparer « une intervention militaire » en Syrie.

Sur le plan diplomatique, les efforts jusqu'à présent infructueux de la communauté internationale devraient reprendre ces prochains jours.

Le Groupe international de soutien à la Syrie se réunira jeudi à Munich et l'ONU espère remettre sur les rails le 25 février les pourparlers indirects entre gouvernement et opposition à Genève.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer