RDC: des enfants-soldats stigmatisés à vie

Un enfant-soldat de l'UPC est photographié derrière un... (photo ERIC FEFERBERG, archives AFP)

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Un enfant-soldat de l'UPC est photographié derrière un fusil-mitrailleur fixé sur une camionnette, dans un camp militaire de Bunia, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, en juin 2013.

photo ERIC FEFERBERG, archives AFP

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Jo Biddle
Agence France-Presse
LA HAYE

Les anciens enfants-soldats forcés à combattre dans une milice congolaise il y a une dizaine d'années restent stigmatisés, éprouvent des sentiments suicidaires et vivent dans une peur constante, ont souligné mardi des experts devant la Cour pénale internationale.

La CPI tient mardi et jeudi pour la première fois des audiences publiques sur d'éventuelles indemnisations destinées aux victimes de crimes de guerre perpétrés en République démocratique du Congo (RDC).

Absent mardi devant la Cour, Thomas Lubanga avait été reconnu coupable en 2012 d'avoir enrôlé des enfants, dont certains à peine âgés de 11 ans, et de les avoir utilisés comme soldats ou gardes du corps en 2002 et 2003 en Ituri, dans le nord-est de ce pays d'Afrique centrale.

L'ancien chef de l'Union des patriotes congolais (UPC) avait écopé de 14 ans de prison. Mais la Cour basée à La Haye a jugé qu'il devait payer « personnellement » des indemnisations à ceux qui ont souffert sous sa coupe.

Aujourd'hui, les victimes sont « souvent oubliées et très vulnérables, souffrant leur vie durant des conséquences de leur stigmatisation », a expliqué aux juges James Mehigan, avocat de l'ONG Child Soldiers International.

De retour chez elles, parfois après plusieurs années et souvent avec un enfant issu des viols dont elles ont été victimes, de nombreuses filles qui avaient été forcées, en même temps que les garçons, à intégrer les rangs de la milice sont rejetées par leurs familles et communautés.

Jugées indignes du mariage, elles sont condamnées à vivre dans la pauvreté et l'isolement.

Gagnées par un sentiment d'impuissance, « beaucoup ont songé au suicide », a révélé Brigid Inder, directrice exécutive de Women's Initiatives for Gender Justice, « et le rejet de la communauté renforce leur sentiment de douleur ».

La plupart d'entre elles souhaitent avant tout « retourner à l'école », souligne M. Mehigan, pour « apprendre et gagner à nouveau le respect de leur communauté ».

Mais, alors que le responsable de leurs souffrances purge la fin de sa peine dans une prison congolaise et devrait être libéré d'ici 2019, les victimes craignent des représailles si elles parlent.

Car Thomas Lubanga n'a jamais « reconnu ses crimes ou exprimé ses excuses », a souligné Mme Inder, tandis que le très influent UPC reste « une force politique active en Ituri ».

Il existe donc de « grandes inquiétudes concernant la sécurité » des victimes de l'ancien chef de guerre, selon la directrice de Women's Initiatives.

À ses yeux, le gouvernement congolais devrait s'excuser publiquement pour avoir échoué « à protéger les enfants de l'Ituri », cette région riche en or notamment, en proie à des violences qui ont fait quelque 60 000 morts depuis 1999.

Réparations collectives

Un million d'euros (1,46 million de dollars CAN) ont été alloués au dossier par le Fonds au profit des victimes, qui reçoit des contributions volontaires versées par les gouvernements membres de la CPI, d'organisations internationales et de particuliers.

Cet organe indépendant mis en place par le Statut de Rome, traité fondateur de la CPI, demande notamment l'approbation des juges pour son plan d'action de trois ans visant à « réconcilier les victimes avec leurs familles et les communautés affectées ».

Cependant, les experts souhaitent que la Cour accorde un montant plus élevé et une durée de cinq ans, temps nécessaire à la mise en place de programmes d'éducation, d'aide psychologique et de centres médicaux spécialisés.

La proposition du Fonds est « manifestement insuffisante », d'après Mme Inder, qui suggère entre 1,5 et 1,8 million d'euros (entre 2,2 et 2,6 millions de dollars CAN) par an durant cinq ans.

Une décision concernant le programme du fonds et le montant total des indemnisations sera rendue à une date ultérieure.

Le Fonds, qui évoque 3000 enfants-soldats présents au sein des rangs de l'UPC à l'époque, a également été chargé d'évaluer le nombre de victimes concernées, établi à 31 jusqu'à présent.

Pour l'organe indépendant, l'échelle des réparations est « de moins en moins évidente » alors qu'il n'est pas certain que la « chambre approuvera des dizaines, centaines ou des milliers de victimes comme des personnes ayant droit à des réparations ».

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