Le bras de fer entre le pouvoir et l'opposition se poursuit au Gabon

Mardi après-midi, des partisans de l'opposition se sont... (photo MARCO LONGARI, AFP)

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Mardi après-midi, des partisans de l'opposition se sont rassemblés devant une chapelle ardente baptisée « chapelle des combattants morts pour la patrie » dressée en mémoire des victimes au QG de campagne de M. Ping, ont constaté des journalistes de l'AFP.

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Célia LEBUR, Samir TOUNSI
Agence France-Presse
LIBREVILLE

Le camp du président sortant Ali Bongo Ondimba et celui de son rival Jean Ping, qui s'est proclamé élu, poursuivaient mardi leur bras de fer, sur fond d'inquiétude grandissante de la communauté internationale, l'Union européenne (UE) faisant état d'une « anomalie évidente » dans les résultats du scrutin du 27 août.

Aucun trouble majeur n'était signalé mardi après-midi dans la capitale Libreville. Comme la veille, l'activité a repris au ralenti, chacun attendant avec angoisse l'issue de la confrontation entre pouvoir et opposition.

L'UE a annoncé mardi avoir relevé « une évidente anomalie » dans les résultats de l'élection à un tour du 27 août.

« Une analyse portant sur le nombre de non-votants et des bulletins blancs et nuls révèle une évidente anomalie dans les résultats finaux du Haut-Ogooué », fief de la famille Bongo qui dirige le pays depuis près de 50 ans, a indiqué la chef de la mission d'observation de l'UE à l'élection, Mariya Gabriel dans une déclaration transmise à l'AFP.

Cette province, selon les résultats officiels provisoires, a enregistré un taux de participation de 99,93 % et permis au président sortant Ali Bongo d'être réélu d'une courte tête (5594 voix d'avance).

Plus tôt mardi, la France, ancienne puissance coloniale, avait souhaité, par la voix de son premier ministre, Manuel Valls, un nouveau décompte des voix.

« Il y a contestations et des doutes (...). La sagesse commanderait de faire un nouveau décompte des résultats », a-t-il déclaré sur la radio française RTL.

Défection et accusations

Ce nouveau décompte est réclamé par M. Ping qui a lancé lundi un appel virulent à une « grève générale » pour « faire tomber le tyran ».

De son côté, le pouvoir refuse tout recomptage en arguant que la loi électorale ne le prévoit pas, et a accusé l'opposant de « complot » par la voix du porte-parole du gouvernement, Alain-Claude Bilie-By-Nze.

Le ministre a également affirmé lundi soir qu'un Ivoirien avait été arrêté au quartier général de Jean Ping, l'accusant de manipuler les résultats de l'élection.

« Nous ne disons pas que l'État de Côte d'Ivoire est impliqué, mais des ressortissants ivoiriens haut placés le sont », a ajouté le ministre. Le 30 août, il avait déjà dénoncé des « ingérences multiples », visant la France et la Côte d'Ivoire.

L'Union africaine (UA) s'est elle dite prête à envoyer au Gabon « une délégation de haut niveau » composée notamment de chefs d'État africains.

M. Ping est lui-même ancien président de la Commission de l'UA. Comme nombre de responsables de l'opposition, il a travaillé de longues années aux côtés du président sortant, sous le régime du père de ce dernier, Omar Bongo, qui a dirigé le pays pendant 41 ans, jusqu'à sa mort en 2009.

Ces tensions grandissantes ont abouti lundi soir à la démission d'un poids lourd du gouvernement, le ministre de la Justice du Gabon et deuxième vice-premier ministre, Séraphin Moundounga, qui a jugé que « la paix était gravement menacée » au Gabon.

Recours constitutionnel

Face à ces multiples demandes, le pouvoir invite l'opposition à se tourner vers la Cour constitutionnelle. Jusqu'à présent, celle-ci refuse, affirmant que la Cour est inféodée à la présidence. La date butoir pour le dépôt des recours devant la Cour est jeudi à 16 h (11 h à Montréal).

Les violences au Gabon après l'annonce de la réélection contestée du président sortant Ali Bongo la semaine dernière ont fait trois morts et 105 blessés, dont 67 parmi les forces de sécurité, a déclaré lundi le ministre de l'Intérieur, Pacôme Moubelet-Boubeya.

L'AFP a recensé pour sa part sept morts, dont un policier. Il y a une confusion avec d'autres personnes qui sont mortes de mort naturelle ou dans des rixes, mais pas du fait des forces de l'ordre, a expliqué en substance le ministre.

Mardi après-midi, des partisans de l'opposition se sont rassemblés devant une chapelle ardente baptisée « chapelle des combattants morts pour la patrie » dressée en mémoire des victimes au QG de campagne de M. Ping, ont constaté des journalistes de l'AFP.

La France s'est également inquiétée lundi d'être sans nouvelles de plusieurs de ses ressortissants binationaux au Gabon. Des dizaines de Gabonais cherchent toujours un proche introuvable depuis les centaines d'arrestations qui ont suivi l'annonce de la réélection de M. Bongo.

Dans un communiqué, le ministère gabonais des Affaires étrangères a confirmé l'interpellation de binationaux pendant des manifestations.

Lors d'une nouvelle audience au tribunal de Libreville où ont comparu des dizaines de personnes arrêtées la semaine dernière, deux frères franco-gabonais, Baptiste, 29 ans, et Cassien, 25 ans, ont été libérés mardi, a constaté un journaliste de l'AFP.

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