Soudan du Sud: le président Salva Kiir ordonne un cessez-le-feu

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Des soldats sud-soudanais à Juba.

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Agence France-Presse
Juba

Le président sud-soudanais Salva Kiir a ordonné lundi un cessez-le-feu prenant effet à 18 h locales (11 h, heure de Montréal), après trois jours de combats dans la capitale Juba entre forces loyalistes et ex-rebelles, a annoncé le ministre de l'Information, Michael Makuei.

« Le président a réitéré son engagement en faveur de la mise en oeuvre continue de l'accord (de paix), dans l'esprit et la lettre, et a donc publié un décret ordonnant la cessation des hostilités avec effet immédiat » à partir de 18 h locales, selon un communiqué lu par M. Makuei à la télévision d'État (SSBC).

Tous les commandants de l'armée gouvernementale (SPLA) se voient donner « l'ordre de cesser tout combat et d'obéir à ce décret, de contrôler leurs forces et de protéger la population civile et ses biens », selon les termes du décret.

Ils doivent également « assurer la protection de tout groupe ethnique qui pourrait être visé par certains éléments au sein de leurs forces, et tout (soldat de la) SPLA-IO (ex-rébellion) qui se rend à la SPLA doit être protégé », ajoute-t-il.

Juba est le théâtre depuis vendredi de combats violents opposant forces pro-gouvernementales, fidèles au président Salva Kiir, et ex-rebelles, répondant aux ordres du vice-président Riek Machar.

Les combats ont fait « plus de 300 morts » dans la seule journée de vendredi, a précisé M. Makuei. Aucun bilan n'est disponible pour les jours suivants.

Ces combats, impliquant de l'artillerie lourde, ont éclaté dans la matinée vers l'aéroport et le quartier de Tomping, dans le centre, a indiqué à l'AFP une source diplomatique occidentale.

L'ambassade des États-Unis à Juba a pour sa part fait état de «combats sérieux entre le gouvernement et les forces d'opposition» alors qu'un travailleur humanitaire installé à Juba a parlé «de combats très, très lourds», ajoutant que ses collègues et lui-même étaient barricadés chez eux.

Plusieurs sources ont par ailleurs attesté la présence de chars et d'hélicoptères de combat de l'armée gouvernementale dans le ciel de Juba. Sur des photos prises par un témoin et envoyées à l'AFP, au moins un de ces hélicoptères est entré en action, tirant une roquette.

Plus tôt dans la matinée, alors que le fracas des armes s'était tu pendant la nuit, des nouveaux combats s'étaient déroulés à Jebel, un des quartiers où les affrontements de la veille ont été les plus virulents, ainsi que dans le quartier de Munuki.

Le président de la Commission de surveillance et d'évaluation (JMEC) de l'accord de paix signé le 26 août 2015 a pour sa part appelé lundi à «la cessation immédiate des hostilités» et à «une mise en oeuvre immédiate» de cet accord de paix.

«Brutalité insensée»

Les causes précises de cette flambée de violence à Juba étaient encore inconnues lundi.

«Chaque jour où les combats se poursuivent marque une dégradation de la situation», a déploré un diplomate occidental, qui a dénoncé «la brutalité insensée avec laquelle les uns et les autres répondent aux provocations».

Selon les sources interrogées par l'AFP, les affrontements de lundi matin sont régulièrement entrecoupés de périodes de courte accalmie.

Des pluies orageuses se sont abattues sur Juba toute la nuit, rendant encore plus précaire la situation des milliers de civils apeurés qui ont dû fuir à la hâte les quartiers les plus touchés par les affrontements. Parmi eux, le correspondant de l'AFP a décrit une «situation terrifiante».

Des habitants se sont réfugiés dans un camp de l'ONU, à proximité duquel les combats ont éclaté, et qui abrite déjà 28 000 déplacés. D'autres se réfugiaient par centaines dans les églises de la ville.

D'après plusieurs médias locaux citant le ministère de la Santé, 270 personnes, combattants et civils, ont péri dans les seuls affrontements de vendredi.

On ignorait lundi où se trouvait M. Machar. L'ambassadeur de France au Soudan du Sud, Jean-Yves Roux, a toutefois opposé «un démenti formel» aux rumeurs selon lesquelles il se serait réfugié dans son ambassade. «C'est stupide et dangereux», a déclaré l'ambassadeur interrogé par l'AFP.

Ban Ki-moon réclame un embargo sur les armes et des sanctions

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a demandé lundi au Conseil de sécurité de décréter « un embargo immédiat sur les armes » destinées au Soudan du Sud et de nouvelles « sanctions ciblées » contre les fauteurs de troubles qui bloquent le processus de paix.

Devant la poursuite des violents combats à Juba, il a aussi exhorté le Conseil à « renforcer la mission de l'ONU au Soudan du Sud » en la dotant en particulier d'hélicoptères de combat.

Le Conseil avait invité dimanche les pays de la région à fournir des Casques bleus supplémentaires à la mission de l'ONU au Soudan du Sud (MINUSS), forte actuellement d'environ 12 000 hommes.

En attendant, les pays contributeurs de soldats à la MINUSS doivent « tenir bon », a souligné M. Ban, car « tout retrait enverrait un mauvais signal ».

La mission et ses deux bases dans la capitale sud-soudanaise ont été prises sous le feu croisé des belligérants. Deux Casques bleus chinois ont été tués ainsi qu'un membre civil local de la MINUSS, a indiqué M. Ban.

Il a souligné que la mission avait « maintenu une posture de protection [...], renforcé les périmètres de sécurité » et effectué quelques patrouilles dans les deux camps et aux alentours.

Mais il a déploré que les autorités continuent de restreindre les déplacements des Casques bleus et des humanitaires, et leur a demandé de « lever toutes les restrictions immédiatement ».

Il a renouvelé son appel pressant aux dirigeants sud-soudanais rivaux, le président Salva Kiir et l'ex-chef des rebelles Riek Machar, « à faire le maximum immédiatement » pour faire cesser les hostilités.

M. Ban a rappelé que les pays du Conseil avaient envisagé dans le passé un embargo sur les armes mais « n'avaient pas pu se mettre d'accord ». Selon des diplomates, la Russie et la Chine étaient réticentes à imposer un embargo ou même de nouvelles sanctions.

Il est désormais temps pour le Conseil « d'agir immédiatement » et de « renforcer l'action de l'ONU», a-t-il affirmé.

La capitale sud-soudanaise Juba a été le théâtre lundi, pour le deuxième jour consécutif, de violents combats entre forces loyalistes et ex-rebelles.

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