Congo-Brazzaville: le pouvoir brandit le spectre des Ninjas

Une camionnette transportant des miliciens du pasteur Frédéric... (PHOTO MARCO LONGARI, AFP)

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Une camionnette transportant des miliciens du pasteur Frédéric Ntumi Bintsamou escorte un convoi passant dans le quartier Kinsoundi de Brazzaville.

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Tirs à l'arme lourde dans la capitale, bombardements aériens à l'extérieur de la ville, intimidation d'opposants : le climat est très tendu, cette semaine, au Congo. Tout juste réélu, le président Denis Sassou Nguesso accuse les anciens rebelles Ninjas. L'opposition parle d'une mascarade.

« À l'écoute de ces sons-là, vous chiez dans vos habits ! »

Des tirs d'armes automatiques « très nourris » ont tiré du lit les résidants des quartiers sud de Brazzaville, dans la nuit de dimanche à lundi.

« Les balles passaient au-dessus de nous », a raconté un Brazzavillois joint au téléphone par La Presse et qui a demandé qu'on taise son nom.

« Même mon bananier est tombé », criblé de balles, raconte-t-il.

Terré dans sa maison, avec sa femme et leurs deux enfants, ce n'est qu'en après-midi qu'il a pu fuir vers les quartiers nord.

Ces longues heures de siège ont été « comme un cauchemar » pour cet homme qui a déjà connu la guerre civile de 1993 à 2002. « On ne souhaite pas revivre ces choses-là. »

Une autre femme contactée par La Presse, qui tient elle aussi à garder l'anonymat, a raconté avoir eu du mal à prendre la fuite, puisque les autobus et les taxis avaient déserté les lieux.

« Ma mère ne marche pas, il fallait trouver une brouette », raconte-t-elle, ajoutant avoir mis plusieurs heures à gagner le nord de la ville, où elle a trouvé refuge dans une église.

Les autorités congolaises ont accusé l'ancienne milice rebelle Ninja Nsiloulou, qui avait combattu à la fin de la guerre civile les miliciens Cobras de l'actuel président Denis Sassou Nguesso, d'être responsable de cette « attaque terroriste » visant des édifices gouvernementaux.

Le pasteur Frédéric Ntumi Bintsamou, ancien chef des Ninjas, nommé en 2007 à un poste auprès du président Sassou Nguesso, mais qui a donné son appui à un candidat d'opposition lors de la récente campagne électorale, a d'ailleurs été démis de ses fonctions, hier.

Or, peu de gens croient au retour des Ninjas en dehors des cercles du pouvoir.

« Les Ninjas n'existent plus », tranche le chercheur Brett Carter du Centre pour la démocratie, le développement et la primauté du droit de l'Université Stanford, en Californie, expert du Congo-Brazzaville.

«Le groupe rebelle Ninja a été démantelé il y a plus d'une décennie. Ntumi n'a pas d'aspirations politiques, pas de partisans, pas de base électorale. Le gouvernement avait besoin d'un prétexte pour justifier sa démonstration de force.»

Brett Carter,
chercheur de l'Université Stanford

Cette démonstration de force s'est traduite par le bombardement par des hélicoptères de l'armée, mardi, de deux fiefs du pasteur Ntumi dans le département du Pool, selon des témoignages concordants.

Des candidats défaits à l'élection présidentielle du 20 mars ont aussi vu leurs résidences encerclées par les forces de l'ordre.

« Le gouvernement veut envoyer à la population le message que le régime usera d'une violence immense envers les citoyens qui protesteront », estime Brett Carter.

Le chercheur avance que les troubles de lundi dans les quartiers sud de Brazzaville sont l'oeuvre d'un « petit segment de la population qui veut catalyser l'opposition au troisième mandat » de Denis Sassou Nguesso, « dont le bilan économique et politique est parmi les pires du continent ».

Selon lui, beaucoup de Congolais rêvent d'un soulèvement à l'image de celui qui a chassé Blaise Compaoré du pouvoir, à la fin de 2014, au Burkina Faso.

«Chaque révolution commence par une étincelle. Ce segment de l'opposition tente de la créer.»

Brett Carter,
Université Stanford

L'opposant Guy-Brice Parfait Kolélas, arrivé deuxième selon les résultats officiels du scrutin, a lancé un appel à l'apaisement, hier, invitant ses partisans à accepter le verdict, « quoique discutable », de la Cour constitutionnelle.

Le tribunal a rejeté la contestation des résultats déposée par M. Kolélas, arguant qu'il n'avait pas agi dans les temps, ce que dément formellement l'opposant, affirmant que la Cour a compté comme des jours ouvrés le dimanche et le lundi de Pâques afin de ne pas examiner sa requête.

Le pays pourrait-il replonger dans la violence qu'il a connue dans les années 90 ? Le Brazzavillois à qui La Presse a parlé s'en inquiète : « On ne le souhaite pas, mais c'est l'intuition qu'on a. »

- Avec l'Agence France Presse



Denis Sassou Nguesso en huit dates

1975

Officier de haut rang dans l'armée de l'air, il devient à 32 ans ministre de la Défense du Congo

1979

Désigné président, deux ans après l'assassinat du chef de l'État Marien Ngouabi

1992

Quitte le pouvoir après sa défaite aux premières élections multipartites du Congo et crée sa milice, les Cobras

1997

Alors que le pays est plongé dans la guerre civile, il chasse son successeur du pouvoir et redevient président

Le président congolais Denis Sassou Nguesso... (PHOTO LOIC VENANCE, AGENCE FRANCE-PRESSE) - image 8.0

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Le président congolais Denis Sassou Nguesso

PHOTO LOIC VENANCE, AGENCE FRANCE-PRESSE

2002

Élu à la présidence lors d'une élection contestée

2009

Réélu à la présidence lors d'une élection critiquée

2015

Fait adopter une nouvelle constitution qui retire la limite d'âge pour accéder à la tête de l'État ainsi que le nombre maximal de mandats présidentiels

2016

Réélu à la présidence lors d'une élection contestée

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