Attaques en Côte d'Ivoire: 15 civils et 3 militaires tués

Des policiers examinent des objets qui auraient été... (PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER DE DARELLE BA)

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Des policiers examinent des objets qui auraient été abandonnés par les tireurs.

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Patrick FORT
Agence France-Presse
Grand-Bassam

Quinze civils et trois membres des forces de sécurité ont été tués dimanche dans l'attaque djihadiste contre la station balnéaire de Grand-Bassam, près d'Abidjan, a annoncé lundi le ministre ivoirien de l'Intérieur Hamed Bakayoko.

«Trois terroristes ont été abattus», a ajouté M. Bakayoko lors d'une conférence de presse à l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire, alors que les précédents bilans officiels faisaient état de 14 civils et deux membres des forces de sécurité tués, ainsi que six assaillants abattus.

«Hier, sur le théâtre des opérations, dans le feu de l'action, un certain nombre d'informations ont été données et après des recoupements ont été faits. On regarde exactement les personnes décédées identifiées à la morgue et c'est sur la base de cela nous donnons le chiffre exact qui est trois (...) Il faut être transparent», a indiqué le ministre pour justifier la correction.

Dans sa revendication diffusée dimanche soir, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) avait indiqué que les auteurs de l'attaque étaient trois.

Selon une source proche du gouvernement, les premières forces de sécurité sur place auraient assimilé des victimes trouvées près des assaillants à ceux-ci.

D'autre part, un des membres des forces spéciales blessé lors de l'assaut contre les djihadistes est décédé pendant la nuit, a ajouté cette source.

Le ministre a précisé qu'il y avait 33 blessés dont 26 étaient encore hospitalisés.

Alors que des témoins ont fait état de quatre voire cinq assaillants, le ministre a indiqué que «le ratissage» se poursuivait. «On ne suspecte pas (un nombre plus grand), mais on prend toutes les précautions pour que le ratissage soit le plus large possible», a-t-il expliqué.

Il a promis plus de précisions sur l'identité des victimes comme des assaillants une fois que le procureur aurait procédé aux «identifications complètes».

Par ailleurs, M. Bakayoko, qui s'exprimait au nom du gouvernement, a indiqué qu'un deuil de trois jours avait été décrété et souligné que la sécurité serait renforcée aux «endroits stratégiques et dans les lieux accueillant le public (...) écoles, ambassades, sièges internationaux, résidences diplomatiques (...) et aux frontières».

«Le but recherché (des djihadistes) c'est de faire peur. La première réponse c'est de ne pas avoir peur. Nous, les Ivoiriens, demeurons debout», a-t-il ajouté se montrant confiant quant à l'impact de l'attaque sur l'économie: «la Côte d'Ivoire, sa marche ne va pas s'arrêter».

Il a aussi reconnu que les «forces de sécurité ont déjoué déjà pas mal de tentatives par le passé. Cela fait quelques années que notre pays est ciblé».

L'attaque rappelle celle d'un hôtel à Sousse (Tunisie) qui a fait 38 morts le 26 juin, revendiquée par le groupe État islamique (EI). Elle suit plusieurs attaques en Afrique de l'Ouest visant des lieux fréquentés par des étrangers, à Bamako (20 morts dont 14 étrangers le 20 novembre) et Ouagadougou (20 morts le 15 janvier).

L'attaque a débuté à 12h30 quand «six hommes armés sont venus sur la plage (de l'hôtel l'Étoile du sud) de Grand-Bassam (...) et ont commencé à tirer sur les touristes, les clients», a déclaré le président Alassane Ouattara. «Les forces spéciales ivoiriennes sont intervenues dès 13h15 (et) ont réussi à neutraliser les trois terroristes», a-t-il dit.

Le ministre de l'Intérieur, Hamed Bakayoko, a précisé qu'il y avait quatre morts occidentaux, dont un Français et un Allemand.

Le président français François Hollande a dénoncé un «lâche attentat», promettant «soutien logistique et de renseignement pour retrouver les agresseurs». Le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve se rendront mardi à Abidjan pour exprimer la solidarité de la France, selon l'entourage de M. Ayrault

La justice française a ouvert une enquête pour assassinat terroriste, en raison de la présence d'une victime française.

Dans sa revendication, Aqmi a de son côté indiqué que l'attaque avait été menée par «trois héros».

Un photographe de l'AFP a vu sept corps sur la plage et un autre dans l'hôtel Étoile du Sud, un des trois établissements ciblés, que les clients ont fui en abandonnant serviettes et verres au bord de la piscine, alors qu'une balle s'est logée dans le frigo du bar.

Ces assaillants étaient «puissamment armés» alors que l'établissement était bondé en cette période de canicule, a expliqué un témoin joint par l'AFP.

Kalachnikov et grenades

«On était sur la plage, on a entendu des coups de feu et on a vu des gens fuir, on a compris que c'était une attaque», a raconté Braman Kinda qui a vu les assaillants parcourir la plage «en tirant des coups de feu».

Le prince français Charles-Philippe d'Orléans, arrivé sur la plage peu avant l'attaque, a raconté au site du magazine Paris Match avoir cru entendre «un pétard», qui était «sans doute un calibre 22 LR». «Il y avait un monde fou sur cette plage (...) Tout le monde s'est figé un instant. Puis il y a eu un second coup de feu, du 9 mm sans doute, et là, tout le monde s'est mis à courir dans tous les sens».

Abbas El-Roz, un ressortissant libanais qui séjournait à l'Étoile du Sud, a raconté que l'un d'eux portait un fusil d'assaut Kalachnikov et une ceinture de grenades.

Un autre témoin, Kouamena Kakou Bertin, transporteur, a affirmé que trois assaillants s'étaient enfuis à pied par la route.

L'attaque a provoqué des scènes de panique, plusieurs centaines de personnes tentant de quitter la zone quadrillée par d'importantes forces militaires.

Ville historique et ancienne capitale coloniale sur la côte du Golfe de Guinée, Grand-Bassam abrite plusieurs hôtels fréquentés par une clientèle d'expatriés le long d'une plage où afflue la population abidjanaise en fin de semaine. C'est la première fois que le pays est la cible d'une attaque contre une zone touristique, alors que le secteur se remet lentement de dix ans de crise socio-politique.

La Côte d'Ivoire, frontalière du Mali dont les djihadistes ont un temps occupé le nord avant d'être chassés par une intervention militaire française, avait jusqu'ici épargnée par les attentats de masse.

Mais nombre d'analystes s'attendaient à ce qu'elle soit visée, comme le Sénégal, pays très touristique. Dans une interview au site mauritanien Al-Akhbar en janvier, un chef d'Aqmi, Yahya Abou El Hamame, menaçait les alliés des «Croisés» de «les frapper, ainsi que les intérêts occidentaux chez eux». La Côte d'Ivoire participe à la force de l'ONU déployée au Mali et un peu plus de 550 militaires français sont stationnés dans le pays.

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