Darfour: le combat des déplacés pour s'accrocher à l'école

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Quelque 871 756 enfants du Darfour vivent dans des camps de déplacés, où l'équilibre entre survie et études est dur à trouver.

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Abdelmoneim Abu Idris Ali
Agence France-Presse
ABOUZAR CAMP

Aboubeida Ali n'était qu'un enfant lorsqu'une milice a attaqué son village du Darfour en 2003, assassinant son père et chassant sa famille. Ses espoirs de connaître une enfance et une éducation normales se sont alors envolés.

Aujourd'hui âgé de 17 ans et déscolarisé depuis neuf ans, il est l'un des 871 756 enfants du Darfour, dans l'ouest du Soudan, vivant dans des camps de déplacés, à la recherche d'un équilibre entre survie et études.

«Quand nous somme arrivés ici, j'ai quitté l'école pour aider ma mère à s'occuper de mes soeurs, qui étudient», raconte Aboubeida, assis dans la cour derrière la hutte qu'il partage avec sa famille dans le camp d'Abouzar près d'Al-Geneina, la capitale du Darfour-Ouest.

Depuis qu'il a quitté les bancs de l'école, le jeune homme travaille dans un restaurant sur la petite place du marché, niché dans les allers sinueux et poussiéreux du camp.

Contre des tâches exténuantes - servir des plats bon marché et nettoyer la vaisselle de l'aube au coucher du soleil, il touche un salaire quotidien de 15 livres soudanaises (moins de 3,40 $). Ce maigre revenu lui permet de maintenir ses quatre petites soeurs dans l'une des deux écoles primaires administrées par l'État sur le camp.

Dans la province du Darfour-Ouest, 30,2 % des enfants ne vont pas à l'école primaire, un taux supérieur de neuf points à la moyenne nationale, et les parents luttent pour pouvoir acheter des livres, des crayons et les repas d'école.

Certains enfants doivent également travailler pour aider leur famille.

«Je voudrais retourner à l'école, mais vu les circonstances...», résume Aboubeida d'une voix effacée.

«Enfance perdue»

Le village dont il est originaire, Nouri, fut l'un des premiers ciblés lors du conflit au Darfour. Comme beaucoup de jeunes de son âge, Aboubeida n'a aucun souvenir de sa maison ancestrale, le conflit ayant duré trop longtemps.

Le Darfour est miné depuis 2003 par des violences entre le gouvernement d'Omar el-Béchir et des insurgés qui se sentent ethniquement marginalisés par le régime de Khartoum.

Ce conflit dévastateur a fait au moins 300 000 morts et près de 2,5 millions de déplacés au Darfour, selon l'ONU. Aujourd'hui, 1,4 million d'entre eux vivent dans des camps de réfugiés, dont la moitié de mineurs qui risquent «de perdre leur enfance», selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF).

Depuis la mi-janvier, jusqu'à 82 000 personnes ont été déplacées par les violents combats à Jebel Marra, dans l'ouest du Soudan, dont 60 % d'enfants.

Pour permettre aux enfants comme Aboubeida d'avoir accès à l'éducation, le programme alimentaire mondial (PAM) fournit une assistance à près de 600 000 enfants.

Des plats de lentilles ou de fèves de haricots sont offerts aux élèves pour que leurs parents n'aient pas à les faire travailler pour payer les repas.

Déscolarisation massive

À Abouzar - l'un des plus petits camps du Darfour avec 16 863 habitants - quelque 2000 enfants bénéficient de ce soutien, parmi lesquels Darussalam Abdel Gadous, âgée de 10 ans, dont la famille a fui son village trois ans avant sa naissance.

Vêtue d'une robe bleu vif et d'un foulard blanc nacré, Darussalam est enthousiaste à l'idée d'exposer ce qu'elle a appris à l'école. Entourée de ses amis, elle récite ses tables de multiplication d'une voix chantante au milieu des cabanes bondées.

Nombre de ses camarades de classe ont déjà quitté l'école qu'elle fréquente près du camp. «Notre classe est pleine de garçons et de filles, ils sont environ 115, mais la plupart abandonnent», décrit-elle.

La jeune fille reçoit une assistance alimentaire du PAM dans sa classe, et son père assure que cela l'aide.

«Beaucoup d'enfants ne vont pas à l'école à cause de leur situation, le père ne travaille pas, comme moi - je travaille une journée puis j'attends plusieurs jours», confie Atim Abdel Gadous.

Avec neuf autres enfants à nourrir, Atim admet que les conditions sont rudes pour sa famille, mais souhaite que Darussalam reste à l'école.

Sa fille aide la famille en dehors des heures de cours, mais reste déterminée à poursuivre ses études, et a déjà une carrière en tête. «Je veux devenir enseignante», sourit-elle.

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