Sous le choc, Ouagadougou craint pour l'avenir

Les forces de l'ordre étaient en action dimanche... (Photo Sunday Alamba, AP)

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Les forces de l'ordre étaient en action dimanche dans toute la capitale burkinabè, où la sécurité des hôtels a été renforcée.

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Patrick FORT, Romaric Ollo HIEN
Agence France-Presse
OUAGADOUGOU

Le Burkina Faso était sous le choc dimanche après la première attaque djihadiste dans sa capitale Ouagadougou, qui a fait 29 morts, dont de nombreux étrangers, tandis que les forces de sécurité ratissaient toujours les environs à la recherche d'éventuels djihadistes en fuite.

«On a peur. Celui qui n'a pas peur n'est pas normal. Ce sont des gens avec des armes», affirme Souleymane Ouedraogo, qui habite près de la zone de l'attaque. «Ici, il y a l'armée, mais ailleurs...»

Quatorze ou quinze étrangers sont morts dans le raid qui a frappé plusieurs hôtels et restaurants de Ouagadougou, selon des bilans différents donnés par le ministre de la Sécurité intérieure et le procureur du Faso.

L'attaque a été revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui l'a attribuée au groupe Al-Mourabitoune du chef djihadiste Mokhtar Belmokhtar, selon SITE, une organisation américaine qui surveille les sites internet islamistes.

Les forces de l'ordre étaient en action dimanche dans toute la capitale burkinabè, où la sécurité des hôtels a été renforcée.

«Le ratissage continue, 129 hôtels ont été fouillés», a détaillé le ministre de la Sécurité intérieure Simon Compaoré.

Les corps de trois djihadistes ont été identifiés, tous des hommes, selon lui. De nombreux témoignages font état cependant de plus de trois assaillants. Plusieurs témoins ont aussi évoqué la présence de deux femmes, thèse que réfutent les autorités pour le moment.

Renforts d'enquêteurs français

Sur les lieux de l'attaque, le périmètre de sécurité a été élargi et la zone n'était pas accessible.

Des enquêteurs avec des gants en plastique blanc étaient visibles dans les rues autour de l'hôtel Splendid et du café-restaurant Cappuccino, principales cibles des djihadistes, a constaté un journaliste de l'AFP.

Douze enquêteurs français - six gendarmes et six policiers - sont arrivés dimanche pour aider à mener l'enquête, selon une source diplomatique.

Selon le ministre Simon Compaoré, «les djihadistes sont allés prier dans une mosquée derrière l'hôtel» avant l'attaque. Ils «sont arrivés avec trois véhicules. Et ce sont eux qui y ont mis le feu pour brouiller les indices».

Selon le décompte du ministre, 4 Canadiens [au moins 6 Québécois confirmés, NDLR], 3 Ukrainiens, 2 Français, 2 Suisses, 2 Portugais et un Néerlandais ont été tués -soit 14 étrangers-, ainsi que 8 Burkinabè.

D'après le décompte du procureur Maïza Sereme, 4 Canadiens [au moins 6 Québécois confirmés, NDLR], 2 Ukrainiens, une Franco-Ukrainienne, 2 Français, 2 Suisses, un Portugais, un Néerlandais, un Américain et un Libyen ont péri -soit 15 étrangers-, ainsi que 7 Burkinabè.

Parmi les sept victimes encore non identifiées, on dénombre 3 Blancs et 4 Noirs, a précisé le procureur.

«Nous mangeons dans le même plat»

Militaires et gendarmes tenaient à distance des groupes de badauds venus sur les lieux pour «pleurer nos morts et comprendre ce qui s'est passé», selon Jean Compaoré, un chrétien venu sur les lieux du massacre.

À ses côtés, Lamine Thietambo, un musulman. «Nous mangeons dans le même plat», dit Jean Compaoré: «Au Burkina, nous n'avons pas de problème religieux. On vit ensemble. On n'a pas de problème ethnique. Il y a 63 ethnies qui vivent ensemble. Les djihadistes viennent d'ailleurs».

Son compagnon musulman confirme: «On est amis. Les djihadistes, ce n'est pas la religion. Ce ne sont pas des croyants. Ils tuent tout le monde, des innocents. Ce ne sont pas des musulmans».

«Nous serons plus vigilants, mais ça ne peut pas nous empêcher de vivre avec nos autres frères ailleurs, que tu sois noir ou blanc, que tu sois chrétien ou musulman», assure Daouda Moumoula.

Plus loin, d'autres critiquent les forces de l'ordre. «Ils ont tardé pour arriver», dit un homme sous couvert d'anonymat alors que militaires burkinabè ont mis plusieurs heures pour s'organiser, selon des témoignages concordants.

La nuit de l'attaque, les premiers membres des forces de l'ordre arrivés sur place - certains par conscience professionnelle, sans y avoir été envoyés par leur hiérarchie - n'avaient pas d'armes ou seulement des armes de poing.

Beaucoup craignent aussi les conséquences économiques. «Les touristes étaient nos amis. C'est triste tous ces morts. Ça va être dur pour nous maintenant», affirme Souleymane Soro, vendeur de rue, qui se trouvait sur l'avenue N'Krumah, théâtre de l'attaque vendredi soir.

«Sur le plan économique, on va prendre un coup, estime Lassane Kabré dans un autre quartier. C'est le mauvais moment, parce qu'on sort d'une crise qui nous a franchement affaiblis sur tous les plans.»

Fin 2014, un soulèvement populaire a chassé Blaise Compaoré du pouvoir et conduit à une année de transition politique difficile sur le plan économique et émaillée par une tentative de putsch dans ce pays sahélien très pauvre de 18 millions d'habitants.

Arrivé à Ouagadougou dimanche après-midi pour exprimer sa «compassion», le premier ministre malien Modibo Keïta a appelé à «mutualiser les efforts» de la lutte contre le terrorisme. Le Mali est régulièrement confronté à des attaques terroristes. L'attaque de l'hôtel Radisson de Bamako en novembre avait fait 20 morts.

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