Cannibalisme et viols au Soudan du Sud

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«La plupart des atrocités ont été commises contre des populations civiles qui ne participent pas directement aux hostilités. Les lieux de prières et les hôpitaux ont été attaqués, l'aide humanitaire entravée, les villes pillées et détruites», peut-on lire dans le rapport de 342 pages publié mercredi.

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Karim LEBHOUR
Agence France-Presse
ADDIS ABEBA

Cannibalisme forcé, viols et «autres actes inhumains» : les belligérants de la guerre civile au Soudan du Sud devront rendre des comptes, devant une cour de justice indépendante africaine, d'actes d'une «extrême cruauté» contre les populations civiles, a estimé mercredi l'Union africaine (UA).

Une commission d'enquête de l'UA, conduite en 2014 par l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, a documenté dans un rapport de nombreuses exactions de combattants allant jusqu'à forcer les membres d'une communauté «à boire le sang et à manger de la chair humaine brûlée» des victimes de leur ethnie qui venaient d'être tuées.

«La plupart des atrocités ont été commises contre des populations civiles qui ne participent pas directement aux hostilités. Les lieux de prières et les hôpitaux ont été attaqués, l'aide humanitaire entravée, les villes pillées et détruites», peut-on lire dans le rapport de 342 pages publié mercredi.

Indépendant du Soudan depuis juillet 2011 après des décennies de conflit contre Khartoum, le Soudan du Sud a replongé en décembre 2013 dans la guerre civile, à la suite d'une rivalité entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar, sur fond de conflit ethnique.

Ponctué de massacres et d'atrocités régulièrement dénoncés par les organisations de défense des droits de l'homme, le conflit a fait des dizaines de milliers de morts et chassé quelque 2,2 millions de Sud-Soudanais de leurs foyers.

Dans leur rapport, les membres de la commission de l'UA se sont notamment rendus dans les villes de Bor, Malakal et Bentiu, capitales respectives des États du Jonglei, du Haut-Nil et d'Unité, au cours de l'année 2014, et ont trouvé de nombreuses habitations, hôpitaux et bâtiments administratifs brûlés et détruits.

«Il existe des motifs raisonnables de croire que les actes d'assassinat, de viol et de violence sexuelle, de torture et autres actes inhumains (...) ont été commis par les deux parties au conflit», indiquent-ils, tout en estimant qu'il n'y a pas «de motifs raisonnables de croire que le crime de génocide a eu lieu» au Soudan du Sud.

«Des atrocités généralisées»

Sur la base de ce rapport, l'UA doit mettre sur pied une Cour de justice indépendante, la «Cour hybride du Soudan du Sud», chargée d'enquêter et de juger les responsables des exactions depuis le début de la guerre civile en décembre 2013.

«Cette cour de justice est la bienvenue. Si quelqu'un doit être traduit en justice, même s'il est des nôtres, c'est une bonne chose. Justice doit être faite», a réagi Dickson Gatluak, porte-parole adjoint de Riek Machar.

Une liste «hautement confidentielle» de personnes «possiblement soupçonnées» d'avoir commis ces crimes sera remise au Conseil de paix et de sécurité de l'UA (CPS), ajoute le rapport.

La majeure partie des violences évoquées dans le rapport ont eu lieu à Juba, la capitale (sud), où des soldats Dinka, l'ethnie du président Kiir, ont massacré des Nuers, l'ethnie de Riek Machar, et à Bor (centre), où l'inverse s'est produit.

«Les atrocités ont été généralisées et exécutées de manière systématique dans tout le pays sur les principaux théâtres de violences, en ciblant des groupes spécifiques de civils selon leur ethnie», constate-t-il.

«La forme du conflit et son étendue géographique laissent supposer un élément de coordination qui semble difficilement possible sans réflexion préalable», ajoute-t-il.

Le rapport a été remis à l'UA en octobre 2014, mais a fait l'objet de tractations sur sa publication pendant plus d'un an, certains dirigeants africains craignant qu'elle puisse saper les discussions de paix.

Olusegun Obasanjo s'était agacé en janvier dernier de la tentation d'étouffer ce rapport estimant que «le cycle d'impunité doit être rompu».

Salva Kiir et Riek Machar ont signé le 26 août un accord de paix. Mais les deux camps n'ont depuis cessé de s'accuser mutuellement de l'avoir violé et les combats continuent dans certaines régions du pays.

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