Guinée: l'opposition réclame l'annulation de la présidentielle

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Des agents des élections comptent les bulletins de vote.

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Selim SAHEB ETTABA, Mouctar BAH
Agence France-Presse
CONAKRY

Les sept adversaires du président sortant Alpha Condé ont réclamé lundi l'annulation du premier tour de l'élection présidentielle en Guinée qui s'est tenu la veille, sans attendre les résultats, assimilant les nombreuses difficultés d'organisation à «une fraude massive».

Le scrutin s'est globalement déroulé dans le calme, mais sous tension, la campagne de M. Condé le donnant réélu dès le premier tour, un objectif que ses concurrents jugent irréalisable sans fraude caractérisée, cinq ans après une victoire à l'arraché au second tour sur le chef de l'opposition Cellou Dalein Diallo.

Bien qu'aucune statistique de participation nationale ne soit disponible, les Guinéens ont voté massivement dimanche, malgré des difficultés en tout genre: retards, manque de matériel, électeurs sans carte ou au contraire munis de carte, mais ne figurant pas sur le registre de leur bureau, listes sans ordre ni alphabétique ni numérique ...

Les premiers résultats n'étaient pas attendus avant mardi.

«Ça a été une mascarade, une fraude massive qui a été organisée toute la journée et qui continue aujourd'hui à nouveau dans les commissions administratives de centralisation de vote», a déclaré M. Diallo au cours d'une conférence de presse conjointe avec les six autres concurrents d'Alpha Condé.

«La Céni (Commission électorale nationale indépendante) ne peut pas décider qu'on peut voter sans enveloppe, ou sans émargement», comme elle l'a fait en cours de route, en raison de la carence d'enveloppes, a-t-il indiqué à titre d'exemple.

«Nous ne pouvons pas, vraiment, accepter ce scrutin-là. Nous demandons son annulation et nous ne reconnaîtrons pas les résultats qui vont être issus de ces urnes», a-t-il précisé, promettant de mobiliser ses partisans dans la rue.

«Nous avons le droit de manifester, on le fera», a assuré le chef de l'opposition. «On n'a pas de recours, la justice est inféodée, la justice, la Céni, les institutions ne sont pas des institutions indépendantes, malheureusement», a-t-il affirmé.

«Conditions du désordre»

Les six autres candidats se sont joints à cet appel, sans toutefois se prononcer sur le mot d'ordre de manifestation, à l'exception de la seule femme, Marie Madeleine Dioubaté, qui a demandé à ses militants de «garder le calme, de ne pas descendre dans les rues».

«Nul ne souhaite que ce pays brûle, nul ne souhaite que les citoyens s'affrontent, cailloux contre cailloux, bâtons contre bâtons, mais toutes les conditions ont été créées, en amont comme en aval, pour qu'on en arrive à ça», a accusé l'ex-Premier ministre Lansana Koyaté.

«Vous ne pouvez pas organiser les conditions d'un désordre dans votre pays juste pour gagner les élections», a renchéri un autre ancien Premier ministre, Sidya Touré, arrivé en troisième position en 2010, qui a fustigé un «processus totalement vicié».

«Nous organisons des élections chez nous pour qualifier notre démocratie, et donner de nous l'image d'un pays qui avance, ou qui veut avancer», et attirer ainsi investissements et tourisme, a dit M. Touré.

«Est-ce qu'aujourd'hui nous avons réuni les conditions pour que la Guinée soit un pays fréquentable, que les contestations cessent? Je ne le crois pas», a-t-il souligné.

Le chef de la Mission d'observation électorale de l'Union européenne, Frank Engel, a en revanche dressé dimanche un tableau favorable, considérant que le «vote se passe bien» malgré des retards en série.

«Ce que nous avons vu, observé, et ce qui nous a été signalé, pour moi n'entache pas la régularité du vote», a-t-il estimé, égratignant toutefois au passage le degré de préparation de la Céni.

La Mission d'observation de l'UE doit présenter ses premières conclusions sur le scrutin mardi à 10H00 GMT lors d'une conférence de presse.

Le président Condé a fait campagne sur son bilan: réforme de l'armée et de la justice, achèvement du barrage hydro-électrique de Kaléta pour pallier la pénurie criante d'électricité, transparence sur l'attribution aux sociétés minières des contrats d'exploitation des précieuses ressources du pays (bauxite, minerai de fer, or, diamant et pétrole)...

Ses adversaires accusent Alpha Condé de mauvaise gestion, notamment de l'épidémie d'Ebola qui s'est déclarée en décembre 2013 et à laquelle il impute le déclin de la croissance du pays, d'exercice solitaire du pouvoir et d'attiser les tensions ethniques, particulièrement envers les Peuls, la communauté de M. Diallo.

Les deux précédents scrutins en Guinée, la présidentielle de 2010 et les législatives de 2013, ont été entachés par des violences et des accusations de fraude.

Ancien opposant qui a connu la prison, Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d'Afrique de l'Ouest, dirigée jusqu'alors par des pouvoirs autoritaires ou dictatoriaux.

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