Soudan du Sud: armée et rebelles s'accusent mutuellement de nouvelles attaques

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Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir

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Agence France-Presse
JUBA

Armée et rebelles qui s'affrontent depuis décembre 2013 au Soudan du Sud s'accusaient mutuellement samedi d'être à l'origine de nouveaux combats, à quelques heures de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu prévu dans l'accord de paix signé il y a quelques jours.

«Les rebelles de (l'ancien vice-président) Riek Machar ont attaqué hier la localité de Malakal», capitale de l'État pétrolier et stratégique du Haut-Nil et «le bombardement de Malakal a repris ce matin», a affirmé samedi le porte-parole de l'armée sud-soudanaise, le colonel Philip Aguer.

«Bien qu'engagée dans la dynamique de paix (...), l'armée a le droit à la légitime défense», a-t-il ajouté.

Un porte-parole de la rébellion, James Gatdet Dak, a confirmé à l'AFP que des combats se déroulaient samedi à Malakal, mais nié que les rebelles aient lancé l'offensive, accusant l'armée d'avoir attaqué la première. «Ce sont leurs forces qui nous ont attaqués près de Malakal», a-t-il assuré, «elles voulaient s'emparer de la zone avant que le cessez-le-feu n'entre en vigueur».

Hailemichael Gebreselassie, porte-parole de l'Igad, organisation regroupant Djibouti, Éthiopie, Kenya, Ouganda, Somalie, Soudan et Soudan du Sud et ayant assuré la médiation des pourparlers sud-soudanais, a indiqué n'avoir «rien entendu concernant de quelconques incidents» sur le terrain.

«Nous soupçonnons (les forces gouvernementales) d'avoir pour projet une offensive à grande échelle contre nos bases autour de Malakal», ont répondu les rebelles dans un communiqué, faisant en outre état d'une «offensive militaire» contre leurs positions de l'État septentrional d'Unité, autre zone-clé du conflit.

«Il s'agit d'une violation des termes de l'accord de paix (...) et de la déclaration de cessez-le-feu permanent qui doit entrer en vigueur à minuit ce 29 août 2015», ont-ils ajouté.

Ces combats «montrent que les forces gouvernementales n'ont pas cessé le combat», avait déclaré plus tôt à l'AFP un autre porte-parole rebelle, Dickson Gatluak Jock.

Un accord de paix visant à mettre fin à 20 mois d'une terrible guerre civile a été signé le 17 août à Addis Abeba par Riek Machhar, puis mercredi à Juba par le président Salva Kiir. Il prévoit l'entrée en vigueur d'un «cessez-le-feu permanent» 72 heures après la signature du document.

«29 août à minuit»

Dans «une Déclaration de cessez-le-feu permanent», obtenue par l'AFP, Riek Machar a ordonné vendredi à toutes ses forces de «cesser le feu dans le pays à compter du 29 août à minuit». M. Kiir avait de son côté ordonné par décret jeudi à l'armée sud-soudanaise de cesser les combats également à partir de ce samedi «29 août minuit».

Outre ce «cessez-le-feu permanent», l'accord de paix prévoit également dans ce même délai de 72 heures une série de mesures «de désengagement, de séparation et de retrait des forces du théâtre des opérations».

Directement menacés de sanctions, MM. Kiir et Machar ont signé l'accord sous forte pression de la communauté internationale.

En signant l'accord M. Kiir a ouvertement fait part de ses réticences envers cette «paix imposée» et posé 16 «réserves» à diverses dispositions du texte, dont plusieurs concernant le crucial mécanisme de partage du pouvoir avec la rébellion, semant le doute sur un rapide retour de la paix au Soudan du Sud.

Depuis la signature de l'accord, les deux camps ont continué à s'accuser quasi-quotidiennement de poursuivre leurs offensives.

Vendredi, le Conseil de sécurité de l'ONU a de nouveau appelé à un «cessez-le-feu immédiat et permanent» au Soudan du Sud et brandi la menace de sanctions contre ceux qui ne respecteraient pas le document signé.

Au cours des quelque 19 mois d'interminables pourparlers entre les deux camps à Addis Abeba, MM. Kiir et Machar ont signé une longue série de cessez-le-feu, systématiquement violés dans les jours, voire les heures qui suivaient leur signature.

Plusieurs puissants chefs militaires de la rébellion ont récemment fait sécession, disant rejeter tout accord signé par MM. Kiir et Machar. Juba a souligné que ces dissidences faisaient échapper une partie des troupes rebelles au contrôle de M. Machar et rendaient un cessez-le-feu impossible et l'accord inapplicable.

La plus jeune nation du monde a proclamé son indépendance en juillet 2011 après des décennies de conflit contre Khartoum. Elle a replongé dans la guerre en décembre 2013, quand des combats ont éclaté au sein de l'armée sud-soudanaise, minée par les dissensions politico-ethniques alimentées par la rivalité entre MM. Kiir et Machar à la tête du régime.

Le conflit, marqué par des massacres et des atrocités, a fait des dizaines de milliers de morts et chassé quelque 2,2 millions de Sud-Soudanais de leurs foyers.

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