Tuerie de Marikana: l'opération policière «n'aurait pas dû avoir lieu»

Le 16 août, une foule de grévistes armés... (PHOTO SIPHIWE SIBEKO, ARCHIVES REUTERS)

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Le 16 août, une foule de grévistes armés de machettes et de lances était assemblée sur une colline du site, faisant face à la police. Les policiers ont reçu l'ordre d'ouvrir le feu à balles réelles. Trente-quatre mineurs ont été tués et plus de 70 blessés.

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Christophe BEAUDUFE
Agence France-Presse
JOHANNESBURG

La commission d'enquête judiciaire sur la tuerie de la mine sud-africaine de Marikana a recommandé de confier au parquet une enquête criminelle contre la police, qui a tué 34 mineurs en grève le 16 août 2012, dans une opération mal préparée «qui n'aurait pas dû avoir lieu».

«La commission recommande une enquête exhaustive sous la direction du parquet (provincial) dans le but de déterminer la responsabilité criminelle des agents de la police nationale impliqués dans les incidents», a indiqué jeudi soir le président sud-africain Jacob Zuma, qui a donné lecture en direct à la télévision d'un résumé du rapport d'enquête de 600 pages sur ce massacre qui a traumatisé l'Afrique du Sud.

«La commission estime que l'opération de police n'aurait pas dû avoir lieu le 16 août car le plan était défectueux», a poursuivi le chef de l'État.

Dénonçant «un manque total de contrôle et de commandement», notamment dans la deuxième phase du massacre, le rapport note que l'opération de police lancée cet après-midi là contre les grévistes porteurs d'armes blanches était vouée à la catastrophe, compte tenu du nombre de mineurs rassemblés et de l'impossibilité évidente pour les forces de l'ordre de les désarmer pacifiquement.

«La police, a indiqué Jacob Zuma, aurait dû attendre le lendemain, pour s'en tenir à son plan initial d'encercler les grévistes» pour les désarmer pacifiquement, à l'heure où ils étaient nettement moins nombreux, en début de journée.

Près de trois ans après le drame, aucun responsable de la police n'a été jugé ou sanctionné.

Les troubles à Marikana, une gigantesque mine de platine exploitée par l'entreprise britannique Lonmin, avaient commencé dans les premiers jours d'août 2012. Dix personnes y avaient été tuées à l'arme blanche, dont deux policiers, dans le cadre d'affrontements entre syndicats rivaux.

Le 16 août, une foule de grévistes armés de machettes et de lances était assemblée sur une colline du site, faisant face à la police. Après plusieurs heures de tension, les policiers ont reçu l'ordre d'ouvrir le feu à balles réelles.

Balles dans le dos

La commission d'enquête a établi que la fusillade principale, filmée à l'époque par toutes les télévisions, en cachait une autre, lorsque les mineurs ont fui, pourchassés par des policiers: 17 des 34 morts sont tombés durant cette poursuite. Certains ont été abattus de balles dans le dos.

Le rapport épingle également Lonmin, pour n'avoir pas fait le nécessaire pour résoudre le conflit social, et pour avoir appelé ses travailleurs non grévistes à venir travailler, alors que leur sécurité n'était pas assurée.

«L'incident de Marikana a été une horrible tragédie qui n'a pas sa place dans une démocratie», a dit le chef de l'État, «où tous les citoyens ont le droit de manifester et où les travailleurs ont le droit de se mettre en grève pacifiquement et de négocier leurs conditions de travail avec leurs employeurs, pacifiquement».

«Toute la nation sud-africaine a été choquée, le monde entier a été choqué, car personne ne s'attendait à cela dans une Afrique du Sud libre et démocratique. Nous devons, en tant que nation, tirer les leçons de ce douloureux épisode. Nous devons l'utiliser pour construire une société plus unie, pacifique et soudée», a-t-il ajouté.

La commission donne de nombreuses recommandations pour améliorer la formation des unités de police chargées du maintien de l'ordre, ainsi que la qualité de leur commandement.

Elle décharge en revanche de toute responsabilité Cyril Ramaphosa, l'actuel vice-président sud-africain, qui était à l'époque membre du conseil d'administration de Lonmin.

Durant les audiences de la commission d'enquête, un avocat des victimes avait concentré ses attaques contre lui. Alors que la grève dégénérait, M. Ramaphosa avait contacté les ministres de la Police et des Mines et plaidé pour que la police intervienne.

Certains voient en lui un possible successeur de Jacob Zuma.

Le président Zuma a par ailleurs annoncé qu'il avait ordonné la publication intégrale des 600 pages du rapport, au journal officiel et sur le site web du gouvernement.

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