Le Burundi continue de s'enliser dans la crise

Le Burundi est en pleine tourmente politique, alors... (PHOTO Carl de Souza, ARCHIVES AFP)

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Le Burundi est en pleine tourmente politique, alors que Bujumbura connaît depuis fin avril un vaste mouvement de contestation populaire contre le président Pierre Nkurunziza, qui est candidat à un troisième mandat à l'élection présidentielle du 26 juin.

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Des manifestations réprimées de plus en plus violemment. Un opposant assassiné. Un coup d'État raté. Un hôpital attaqué. Des médias saccagés et réduits au silence. Des élections repoussées. Près de 100 000 réfugiés. Mais un président qui s'accroche au pouvoir. Le Burundi est entré mardi dans son deuxième mois de crise. Le point sur la situation en cinq éléments.

Répression violente

«Le Burundi s'enfonce sûrement et rapidement dans la crise», affirme Thierry Vircoulon, directeur de la section Afrique centrale à l'International Crisis Group, de retour de Bujumbura, la capitale. Depuis le 26 avril, la ville est le théâtre de manifestations quasi quotidiennes contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, dans lesquelles une trentaine de personnes ont été tuées, dont le président d'un parti d'opposition, Zedi Feruzi, assassiné samedi soir alors qu'il rentrait chez lui. Le 14 mai, au lendemain d'un coup d'État militaire raté, les forces de sécurité loyales au président ont même lancé un assaut violent contre un hôpital où elles croyaient trouver des putschistes. L'insécurité est telle que «les ambassades se vident, tout le monde est en train de se retirer, sentant que ça va mal finir», constate le chercheur.

Élections «de façade»

Dans ce contexte, il «n'y a pas d'espace politique pour la majorité des partis d'opposition», conclut Katrin Wittig, doctorante en sciences politiques à l'Université de Montréal. Le report de 10 jours des élections législatives qui devaient se tenir mardi n'y changera rien, estime cette spécialiste du Burundi, qui craint «des élections de façade». D'autant que les radios indépendantes du pouvoir ont été saccagées dans la foulée du coup d'État raté, ce qui a anéanti «les moyens de campagne de l'opposition», ajoute Thierry Vircoulon, qui précise que «la plupart» des leaders de l'opposition vivent maintenant «dans la clandestinité ou ont quitté le pays». Le scrutin présidentiel est pour sa part maintenu au 26 juin.

Un régime isolé

Le président burundais est de plus en plus isolé au sein de la communauté internationale, qui voit d'un mauvais oeil son intention de se maintenir au pouvoir, «parce que le Burundi est une des rares success stories en termes de sortie de guerre civile», estime Thierry Vircoulon. Mardi, la France a annoncé le gel de sa coopération sécuritaire avec le Burundi, ce qui suspend notamment les formations techniques de la police. Il y a une dizaine de jours, la Belgique, la Suisse et les Pays-Bas ont suspendu leur aide financière au processus électoral. Une rencontre des dirigeants des pays de la Communauté d'Afrique de l'Est aura lieu dimanche, en Tanzanie, pour tenter de dénouer la crise, mais la présence du président Nkurunziza est loin d'être certaine.

90 000 réfugiés

Le nombre de Burundais qui ont fui leur pays dépasse maintenant 90 000 personnes. Près de la moitié ont trouvé refuge en Tanzanie. Le Rwanda, le Congo, l'Ouganda et la Tanzanie continuent de recevoir chacun une centaine de nouveaux réfugiés chaque jour, soit moins qu'au début de la crise, «mais [lundi], au Rwanda, il y en a eu 180», a confié mardi à La Presse la porte-parole du Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies dans la région, Céline Schmitt, ajoutant que «la plupart sont toujours des femmes et des enfants».

Épidémie de choléra

Une épidémie de choléra fait rage dans l'ouest de la Tanzanie, là où ont afflué des dizaines de milliers de réfugiés burundais. L'épidémie aurait pris naissance dans un petit village sis au bord du lac Tanganyika qui n'avait pas les installations sanitaires requises pour accueillir tous ces gens. «C'est certainement l'eau qui a été contaminée, l'eau du lac, qui servait à tout», explique Céline Schmitt. Plus de 4400 cas ont été recensés, dont 30 se sont révélés mortels. La malaria inquiète aussi les autorités, qui font face à une pénurie de moustiquaires.

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