Burundi: la pression s'accentue sur le pouvoir

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Un policier passe devant une barricade en feu à Bujumbura, la capitale du Burundi, le 6 mai.

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Esdras NDIKUMANA, Aymeric VINCENOT
Agence France-Presse
BUJUMBURA

Appel à un report des élections, sommet régional: malgré les pressions croissantes, le président Pierre Nkurunziza a réaffirmé mercredi soir, au 11e jour de contestation au Burundi, qu'il briguera un troisième mandat le 26 juin.

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L'opposant Audifax Ndabitoreye, détenteur de la double nationalité burundaise et néerlandaise, avait appelé mardi à manifester contre un troisième mandat du chef de l'État.

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«Il n'y a pas d'autre solution à cette crise que d'aller aux élections», a déclaré en langue nationale kirundi le chef de l'État, dans une adresse télévisée, ajoutant: «Si le peuple burundais nous fait encore confiance ce sera le dernier mandat tel que stipulé par la Cour constitutionnelle».

Les opposants à un troisième mandat prêtent à M. Nkurunziza l'intention de modifier, une fois réélu, la Constitution pour supprimer la limitation de durée de l'exercice du pouvoir.

Signe de la crispation, une figure du mouvement d'opposition a été arrêtée pour «insurrection» devant journalistes, délégations et ministres mercredi dans la capitale Bujumbura, où il participait à une réunion des chefs des diplomaties est-africaines venus préparer un sommet régional extraordinaire sur la situation au Burundi.

Ce poids lourd de la société civile, Audifax Ndabitoreye, détenteur de la double nationalité burundaise et néerlandaise, avait appelé mardi à manifester contre un troisième mandat du chef de l'État, que ses adversaires estiment inconstitutionnel.

A l'issue de la réunion, le ministre tanzanien des Affaires étrangères, Bernard Membe, a annoncé la tenue d'un sommet de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC -- Burundi, Tanzanie, Kenya, Ouganda, Rwanda) le 13 mai à Dar es Salaam.

«Nous avons parlé avec le président (Nkurunziza), nous avons parlé avec les dirigeants de tous les partis politiques», a-t-il ajouté, espérant, pour le Burundi, «la stabilité» et «des élections pacifiques».

Depuis Nairobi, le Haut commissaire de l'ONU aux réfugiés Antonio Guterres s'est aussi dit «extrêmement inquiet» de la situation. Les manifestations ont été émaillées de violences et brutalement réprimées dans la capitale de ce petit pays d'Afrique des Grands-Lacs, dont plus de 35.000 ressortissants se sont déjà réfugiés dans des pays voisins.

A Bujumbura, le principal opposant politique au président Nkurunziza, Agathon Rwasa, chef historique de l'ex-rébellion hutu des FNL, a demandé un report des élections législatives (26 mai) et présidentielle (26 juin), estimant la crédibilité du processus électoral déjà «mise en doute».

Il a dénoncé une violation de la Constitution, la partialité de la police et déploré que les jeunes du parti au pouvoir (Cndd-FDD), les «Imbonerakure», soient «armés et équipés comme des policiers». «Il faut le désarmement des Imbonerakure et (...) une sécurisation des élections par des personnes beaucoup plus neutres en tout cas, pas ces policiers que nous voyons aujourd'hui», a-t-il estimé.

Les «Imbonerakure», qualifiés de «milices» par l'ONU, sont accusés d'intimider les opposants à Nkurunziza. La police tire parfois à balle réelle contre des manifestants qualifiés de «terroristes» par le pouvoir. Depuis le début des manifestations, le 26 avril, 14 personnes, dont 10 manifestants, sont mortes dans des violences.

Pierre Nkurunziza, élu en 2005 et réélu en 2010, a officiellement été investi le 25 avril candidat à la présidentielle par le Cndd-FDD.

Depuis, les opposants à un troisième mandat, menés par la société civile et une partie de l'opposition politique, manifestent à Bujumbura. Mardi, la Cour constitutionnelle a donné raison au camp présidentiel qui estime un troisième mandat conforme à la Constitution, une décision que refusent de reconnaître les opposants, estimant la Cour inféodée au pouvoir.

«Réunion de la dernière chance»

Sous la pression d'une communauté internationale qui menace de ne plus financer le processus électoral, le gouvernement a accepté d'entamer des discussions informelles avec les meneurs de la contestation.

«C'est la réunion de la dernière chance», a estimé un diplomate. Un leader de la campagne s'est cependant montré sceptique, le gouvernement refusant selon lui de discuter du coeur du problème: le troisième mandat.

Mercredi soir, M. Nkurunziza a conditionné la libération des personnes arrêtées dans les manifestations, une revendication des anti-3e mandat, à l'arrêt de la contestation.

La journée a été marquée par de nouvelles manifestations, qui, selon la Croix-Rouge, ont fait au moins 16 blessés dans les quartiers périphériques de Bujumbura, foyers de la contestation.

La situation a été particulièrement tendue dans celui de Kanyosha entre manifestants et «Imbonerakure». Deux grenades y ont été lancées, par des inconnus, selon des témoins. Dans le quartier voisin de Kinindo, des policiers ont tiré sans sommation sur des manifestants, selon un journaliste de l'AFP. D'autres face-à-face tendus ont été signalés.

Comme elle le fait régulièrement depuis le début des manifestations, l'armée a calmé le jeu dans plusieurs quartiers.

Depuis des mois, la crainte grandit que le pays replonge dans des violences à grande échelle. L'histoire post-coloniale du Burundi a été marquée par des massacres intercommunautaires et une longue et récente guerre civile (1993-2006) qui a fait quelque 300 000 morts, mis l'économie à terre et dont le pays peine encore à se remettre.

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