Burundi: trois morts, dont deux policiers dans une attaque

L'armée, jugée plus neutre et appréciée des protestataires... (Photo Jerome Delay, AP)

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L'armée, jugée plus neutre et appréciée des protestataires qui considèrent qu'elle les protègent de la police, s'interpose régulièrement entre émeutiers et policiers pour tenter d'éviter les dérapages.

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Esdras NDIKUMANA, Aymeric VINCENOT
Agence France-Presse
BUJUMBURA

Deux attaques à la grenade visant la police ont fait trois tués à Bujumbura vendredi soir, peu après que les opposants à la candidature du président Pierre Nkurunziza à la présidentielle du 26 juin eurent décrété «deux jours de trêve» dans les manifestations qui secouent la capitale du Burundi depuis dimanche.

Deux attaques quasiment simultanées ont visé des policiers à Kamenge, quartier de la périphérie nord-est de la capitale, et dans le centre-ville, deux zones de Bujumbura épargnées par la contestation contre un troisième mandat de M. Nkurunziza que les manifestants estiment inconstitutionnel ce que nient ses partisans.

«Deux policiers ont été tués dans le quartier de Kamenge en début de soirée», a annoncé à l'AFP le directeur général de la police du Burundi, le général André Ndayambaje, faisant également état d'une attaque dans le centre de Bujumbura, près de l'ancien marché central. Un policier a été blessé à Kamenge -- en plus des deux tués -- et trois blessés dans le centre-ville, a-t-il précisé.

Un habitant de Kamenge, qui s'est présenté comme appartenant aux forces de sécurité et a dit avoir été témoin des faits, a décrit à l'AFP une véritable opération commando.

Une grenade a été lancée contre deux policiers qui patrouillaient à pied dans le quartier, et a été suivie de tirs d'arme automatique. Un policier a succombé à ses blessures sur place et un autre a été blessé aux jambes, selon lui. Quelques minutes plus tard, une grenade a explosé sous le véhicule du chef local de la police, arrivé sur les lieux. Il en est sorti et a été abattu par un tir.

Selon cet habitant, un civil a en outre été tué dans les tirs et une femme et un enfant blessés par la deuxième grenade.

Un haut gradé de la police ayant requis l'anonymat a estimé «clair que ce sont les manifestants (anti-troisième mandat) qui ont lancé ces attaques simultanées». «Ils veulent la guerre, ils vont l'avoir», a-t-il menacé.

Un analyste burundais ne souhaitant pas être identifié s'est voulu plus prudent, estimant peu vraisemblable que de jeunes manifestants aient «pu mener une telle attaque et s'en sortir». «Cela pourrait être vrai, mais ça pourrait être aussi une manipulation ou autre chose» destinée à «accréditer la thèse officielle d'une manifestation armée», a-t-il ajouté, alors que le gouvernement qualifie la contestation «d'insurrection».

Deux jours de trêve 

Ces attaques sont d'ailleurs intervenues peu après que le «Collectif contre un 3e mandat» eut décrété une trêve de deux jours des manifestations, exhortant le président à «profiter de ses 48 heures pour réfléchir» et renoncer à sa candidature d'ici lundi.

«Sinon, lundi, nous reviendrons dans les rues avec beaucoup plus de vigueur et nous n'allons plus les quitter tant qu'il n'aura pas renoncé à son projet», a menacé Pacifique Nininahazwe, l'une des figures de ce collectif qui regroupe un millier d'associations et les deux centrales syndicales du Burundi.

Ces deux jours de trêve, samedi et dimanche, seront consacrés à l'inhumation des manifestants tués depuis dimanche et permettront aux protestataires de «mieux s'organiser», a précisé M. Nininahazwe.

Six civils ont été tués, dont trois sous les balles de la police, depuis le début des manifestations émaillées de heurts entre manifestants et policiers. Un militaire a également été tué jeudi soir par un officier des services de renseignement qui a ouvert le feu alors qu'il avait été arrêté à une barricade par des manifestants.

L'armée, jugée plus neutre et appréciée des protestataires qui considèrent qu'elle les protègent de la police, s'interpose régulièrement entre émeutiers et policiers pour tenter d'éviter les dérapages.

Au moins 66 civils ont également été blessés depuis dimanche, dont 29 jeudi, selon un nouveau bilan de la Croix-Rouge burundaise. Jeudi, journée ayant enregistré le plus de blessés depuis le début de la contestation, plusieurs manifestants ont été touchés par balles quand un groupe de policiers a ouvert le feu sur des manifestants qui marchaient vers le centre-ville.

Depuis dimanche, la police contient les manifestants dans les quartiers périphériques de la capitale, les empêchant de converger vers le centre-ville où ils veulent se rassembler.

Selon le porte-parole de la police Pierre Nkurikiye, une cinquantaine de policiers ont été blessés depuis dimanche.

Vendredi, des manifestations ont été signalées dans plusieurs quartiers de Bujumbura, mais aucun incident n'a été rapporté. À Matana, dans le sud du pays, un manifestant a été blessé par balle quand la police a dispersé des jeunes qui érigeaient des barricades.

La contestation peine à gagner la province, où le Cndd-FDD, parti du président Nkurunziza, est omniprésent à tous les niveaux de l'administration locale et via les Imbonerakure, sa Ligue de jeunesse, qualifiée de milice par l'ONU et accusée d'intimidations et d'exactions contre ceux qui s'opposent au chef de l'État.

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