Nigeria: les autorités tentent d'identifier les 300 otages libérés

La focalisation médiatique sur les filles de Chibok... (Photo Afolabi Sotunde, Reuters)

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La focalisation médiatique sur les filles de Chibok a fait oublier qu'elles étaient loin d'être les seuls otages de Boko Haram, rappelle une ONG locale.

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Ola AWONIYI, Aminu ABUBAKAR
Agence France-Presse
Kano, Abuja

Les autorités nigérianes tentaient mercredi d'identifier les 300 filles et femmes libérées la veille par l'armée de camps des islamistes de Boko Haram, certaines pouvant être des collégiennes enlevées l'année dernière à Chibok.

Le porte-parole de l'armée de terre, Sani Usman, a cependant affirmé mercredi matin qu'aucune des 219 adolescentes, dont l'enlèvement le 14 avril 2014 avait suscité une vague d'indignation mondiale (bringbackourgirls) et dont on est toujours sans nouvelles, ne faisait partie des otages libérés.

Mais le porte-parole des armées, Chris Olukolade, a appelé à rester prudent, affirmant que les ex-otages retrouvés dans la forêt de Sambisa, un fief du groupe islamiste, dans le nord-est du Nigeria, faisaient encore l'objet d'examens et n'avaient pas été toutes identifiées.

Les parents des victimes de Chibok, très éprouvés par cette attente depuis plus d'un an, étaient mercredi très déçus et en colère. D'autant que l'armée nigériane a déjà annoncé la libération des adolescentes par le passé, avant de faire machine arrière.

«Cela nous brise le coeur de voir nos espoirs ainsi balayés», a déclaré Enoch Mark, dont la fille et la nièce font partie des 219 otages.

«Quand nous avons appris cette libération, nous avons cru qu'il s'agissait de nos filles. Les parents se sont mis à s'appeler, ils espéraient recevoir la confirmation que c'étaient bien leurs filles qui avaient été libérées», a-t-il raconté à l'AFP.

La focalisation médiatique sur les filles de Chibok a fait oublier qu'elles étaient loin d'être les seuls otages de Boko Haram, a tempéré Ayokunle Fagbemi, directeur d'une ONG locale dédiée au développement.

«Il n'y a pas que les filles de Chinok en captivité», a-t-il déclaré à l'AFP en soulignant que des centaines d'autres filles et femmes avaient été enlevées par le groupe islamiste.

«On espère qu'il s'agisse de nos filles, mais de toute façon on doit être heureux qu'elles aient été libérées», a relativisé Daniel Seun, un membre du collectif Bring Back Our Girls à Abuja.

Au total, quelque 2000 femmes et jeunes filles ont été enlevées par le groupe islamiste depuis le début de l'année dernière, selon Amnesty International.

«Une plaie purulente»

Selon M. Usman, la vaste forêt de Sambisa, un ancien parc national de l'ère coloniale, abrite de nombreux camps de Boko Haram, et seuls quatre ont été détruits pour le moment.

La dernière opération militaire dans la forêt de Sambisa s'inscrit dans le cadre d'une offensive régionale contre Boko Haram, débutée en février, et à laquelle participent le Niger, le Tchad et le Cameroun voisins.

Au total, l'insurrection islamiste et sa répression par les forces de l'ordre ont fait plus de 15 000 morts au Nigeria, et plus de 1,5 million de personnes ont été obligées de fuir leur foyer, selon les Nations unies.

Au lendemain du rapt de Chibok, certains avaient affirmé qu'elles avaient été transportées dans la forêt de Sambisa. D'autres, qu'elles avaient été séparées et que certaines d'entre elles avaient été transportées au Cameroun, au Tchad, ou bien sur les rives du lac Tchad.

Aucune nouvelle des captives n'a filtré depuis une vidéo diffusée en mai 2014 par Boko Haram, montrant une centaine de lycéennes voilées, récitant des sourates du Coran.

«Le chef d'État-Major des armées a assuré l'année dernière qu'il savait où nos filles se trouvaient, et maintenant on nous dit l'inverse», s'est encore indigné M. Mark.

«Ce qui s'est passé hier a rouvert une plaie déjà purulente. Pour nous, parents, c'est comme si le rapt avait eu lieu hier. Nous étions sur le point de célébrer la libération de nos filles, et maintenant on recommence à faire le deuil».

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