L'Angola, pays d'inégalités

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Un piéton, téléphone portable à l'oreille, traverse une rue de Luanda, la capitale, au coin de laquelle on retrouve un concessionnaire de voitures de luxe, en novembre 2013.

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Estelle MAUSSION
Agence France-Presse
LUANDA

À Luanda, des enfants en haillons cirent les chaussures d'hommes d'affaires descendus dans un hôtel à 500 $ la nuit, des vendeurs à la sauvette croisent des Ferrari, des bidonvilles insalubres côtoient des résidences de luxe flambant neuves.

En plein essor depuis une décennie grâce à son pétrole, l'Angola est aussi le pays qui possède le pire taux de mortalité infantile dans le monde, un contraste qui illustre l'ampleur des inégalités sociales.

«Le pays a des richesses, mais nous n'en voyons pas la couleur, car la vie est toujours aussi dure pour nous, les gens des classes les plus modestes», déplore Josefa, mère de 6 enfants qui vit du commerce informel.

Entre 2008 et 2013, le deuxième producteur de pétrole d'Afrique a affiché une croissance moyenne de 6 %, dépassant même la Chine en 2012. Pourtant, avec 167 décès sur 1000 naissances, il détient un triste record social selon les derniers chiffres publiés par les Nations Unies.

«C'est la preuve que la croissance n'a pas permis le développement du pays», pointe Nelson Pestana, professeur de sciences politiques à l'Université catholique angolaise.

L'indice de Gini, qui mesure les inégalités, est à 0,55 l'un des plus mauvais d'Afrique, relève-t-il (0 correspondant à une égalité des revenus parfaite et 1 une situation la plus inégalitaire possible).

«Le fossé s'est creusé entre une minorité au pouvoir devenue très, très riche et les autres qui n'ont rien», décrit Elias Isaac, le directeur de l'association Open Society.

L'industrie pétrolière, qui assure 75 % des recettes fiscales du pays et 90 % de ses exportations, a produit une économie de rente, gourmande en capitaux et en technologies, mais créant peu d'emploi, seulement 1 % du total du pays.



À la place, l'afflux des pétrodollars a dopé le secteur de la construction, attiré nombre d'investisseurs étrangers et fait la fortune d'une élite proche du président José Eduardo dos Santos, qui est au pouvoir depuis plus de 35 ans.

Générant spéculation immobilière et inflation, il a aussi fait de Luanda l'une des villes les plus chères au monde alors que plus de la moitié de la population angolaise vit encore avec moins de 2 $ par jour.

«Ce qui différencie les pays pétroliers africains du Venezuela, de l'Iran ou de l'Arabie Saoudite, c'est la faiblesse de la redistribution des richesses, qui profitent à un petit pourcentage d'urbains, de classes moyennes, de fonctionnaires et exclut la majorité», souligne Ricardo Soares de Oliveira, professeur de politiques africaines à l'université britannique d'Oxford.

«Eux, là-haut, ils n'ont pas de problème»

«Sur la dernière décennie, le gouvernement a mis l'accent sur la constitution de ce qu'il appelle une "bourgeoisie", pas sur les politiques publiques en faveur des plus pauvres», ajoute l'universitaire.

En outre, depuis la fin de la guerre civile en 2002, la défense et la sécurité ont reçu chaque année un budget supérieur à la santé et l'éducation, respectivement 15 % et 13 % des dépenses totales en 2015, au grand dam de la société civile.

Le MPLA, le parti au pouvoir depuis l'indépendance, est pourtant officiellement socialiste après avoir été marxiste.

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