Afrique du Sud: les «statues coloniales» sur la sellette

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Sous les acclamations et en direct à la télévision, une grue a lentement soulevé le bronze, qui représente Rhodes assis en majesté sur son socle, le menton sur la main gauche dans une pose évoquant «Le Penseur» du sculpteur Auguste Rodin.

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Lawrence BARTLETT, Claudine RENAUD
Agence France-Presse
LE CAP, Afrique du Sud

Une statue du colonisateur britannique Cecil Rhodes a été retirée jeudi de l'Université du Cap (UCT), au terme une campagne d'étudiants qui a ouvert un débat sur le sort des monuments honorant les anciens maîtres blancs de l'Afrique du Sud.

La statue avait été maculée d'excréments puis recouverte de sacs-poubelle, le mois dernier, par des étudiants qui y voyaient un symbole de l'oppression de la minorité blanche qui a dominé le pays jusqu'en 1994. Le conseil de l'université a finalement voté son retrait mercredi soir.

Sous les acclamations et en direct à la télévision, peu après 17 h 30 (11 h 30 à Montréal), une grue a lentement soulevé le bronze, qui représente Rhodes assis en majesté sur son socle, le menton sur la main gauche dans une pose évoquant «Le Penseur» du sculpteur Auguste Rodin. La statue a été déposée sur un camion devant la mettre à l'abri, non sans avoir été encore une fois molestée par des étudiants.

Sa destination finale reste inconnue, sans doute un musée.

Il faut théoriquement que l'UCT obtienne l'autorisation de la déboulonner -fût-ce a posteriori-, le campus étant classé monument historique.

En retrait depuis le début de la polémique, le gouvernement a réagi jeudi par la voix du porte-parole du ministère de la Culture, Sandile Memela. Il a salué auprès de l'AFP la décision de l'Université du Cap, estimant que c'était là une «étape significative pour permettre au pays d'aborder son passé horrible d'une façon constructive et positive».

«Nous n'encourageons pas le retrait des statues par la violence, c'est tout à fait inutile et illégal», a souligné le porte-parole, jugeant que l'Université du Cap avait donné «le bon exemple». «Nous tiendrons dans les prochaines semaines une conférence consultative (...) pour aller de l'avant concernant le statuaire et autres symboles coloniaux et monuments du patrimoine», a-t-il ajouté.

Faire tomber toutes les «statues coloniales»

Symboles d'oppression pour les uns, témoignage du passé pour les autres, tous les monuments de l'époque coloniale qui décorent les villes sud-africaines sont désormais sur la sellette, ce qui inquiète une partie de la minorité blanche, qui représente 8 % de la population.

S'il ne se trouve personne ou presque pour défendre Cecil Rhodes, homme politique et magnat minier souvent décrit comme un philanthrope, mais aussi éminemment raciste et artisan en chef de la prédation économique coloniale de l'Empire britannique, il n'en va pas de même pour les autres héros blancs.

Les Afrikaners, descendants des premiers colons néerlandais arrivés au XVIIe siècle et au pouvoir sous l'apartheid (1948-1994), sont sur le pied de guerre.

Ils entretiennent une douloureuse histoire de résistance face aux Britanniques, marquée par la terrible guerre des Boers (1899-1902).

Et pour une partie d'entre eux, la querelle des statues remet en cause leur coexistence pacifique avec la majorité noire dans le pays de la réconciliation nationale chère à Nelson Mandela. D'autant que cette polémique coïncide avec une réforme agraire menaçant les grandes exploitations agricoles blanches.

«L'Afrikaner est - du point de vue historique - de plus en plus dépeint sous les traits d'un criminel ou d'un voleur de terre», s'est alarmé jeudi le lobby AfriForum, dans un mémorandum remis au Parlement.

Le mouvement Rhodesmustfall (Rhodes doit tomber) des étudiants de l'UCT a fait tache d'huile ces dernières semaines.

Des étudiants de l'Université Rhodes de Grahamstown (sud) ont exigé que leur établissement soit débaptisé, tandis que leurs confrères de l'Université du KwaZulu-Natal à Durban (est) s'en sont pris à la statue du roi d'Angleterre George V, le grand-père d'Élisabeth II.

Le parti radical des Combattants pour la liberté économique (EFF) du jeune tribun Julius Malema a saisi la balle au bond et appelé à faire tomber toutes les «statues coloniales» rappelant les anciens maîtres blancs du pays, anglais et afrikaners.

Certains militants EFF sont immédiatement passés à l'acte, y compris au coeur de la capitale Pretoria, souillant de peinture verte la statue de l'ancien président Paul Kruger pendant le week-end pascal.

Mercredi, quelques dizaines d'Afrikaners, certains en tenues paramilitaires, ont protesté au pied de la statue.

Autre héros afrikaner, l'ancien premier ministre Louis Botha a vu sa statue taguée jeudi devant le Parlement au Cap.

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