Plaie ouverte au Kenya

La mère d'une des 148 victimes de la... (PHOTO THOMAS MUKOYA, REUTERS)

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La mère d'une des 148 victimes de la tuerie survenue à l'Université de Garissa, au Kenya, la semaine dernière, est aidée par deux représentantes de la Croix-Rouge.

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Ayant promis de se venger de l'attentat qui a fait 148 morts dans une université de Garissa la semaine dernière, le gouvernement kényan a mis ses menaces à exécution, hier, en bombardant des bases des shebab, en Somalie voisine (voir autre texte). Alors que les bombes tombent, des détails émergent sur l'identité des terroristes et l'horreur qu'ils ont fait endurer à leurs victimes. Qui a bien pu massacrer ainsi des étudiants sans histoire? L'ami d'un des quatre assaillants s'est confié à La Presse.

Quel monstre peut bien se munir d'une kalachnikov pour tuer par dizaines des étudiants universitaires, obligeant certains d'entre eux à ramper dans le sang de leurs pairs avant de les exécuter?

Surfant sur le web pour en savoir plus sur l'attentat qui a éventré l'université de Garissa, dans son Kenya d'origine, Alibashir Yussuf Adow est tombé sur une photo qui lui a glacé le sang.

Sur cette photo, un jeune homme mince, portant une chemise rayée, gît sur le sol. Selon la description jointe par la police, il est clair que le mort n'est pas une des victimes, mais bien un des quatre assaillants qui ont semé la mort sur le campus pendant près de 15 heures avant d'être abattus par les forces de l'ordre.

«Et ce jeune, Abdirahim Abdullahi, je le connais depuis qu'il est enfant», dit Alibashir Yussuf Adow, joint par téléphone hier par La Presse. «Je lui ai enseigné l'anglais à l'école secondaire et nous sommes restés proches au cours des ans, ajoute le Kenyan de 30 ans qui enseigne aujourd'hui en Arabie saoudite.

«Il y a un an, il a disparu, continue-t-il. Je ne sais pas qui il a rencontré pendant cette année et ce qu'ils lui ont dit, mais c'est difficile pour moi de concevoir qu'il a pu commettre ces actes.» La plupart des 148 victimes des terroristes étaient de jeunes chrétiens.

«Le leadership du pays a raison de dire que ce n'est pas une affaire de religion. Nous sommes tous concernés. Nous ne devons pas être divisés par les terroristes. Nous devons rester unis.»

Alibashir Yussuf Adow
professeur en Arabie saoudite

Le parcours du désespoir

Fils d'un fonctionnaire municipal de la ville de Mandera, le chef Abdullahi Daqare, Abdirahim Abdullahi était un élève modèle dans son lycée privé de Nairobi. À la fin de ses études secondaires, il s'est qualifié parmi les 100 meilleurs élèves du Kenya et a entamé des études universitaires de droit à Nairobi, raconte son ancien enseignant, qui, comme le terroriste, appartient à la minorité somalienne du Kenya. «Son surnom, c'était Chivu. Il faisait partie de l'équipe de débat oratoire. Il n'avait jamais peur de ses opinions», témoigne l'enseignant.

Pendant ses études universitaires, le jeune Abdullahi et le frère de M. Adow ont mis sur pied un commerce de gaz liquéfié. «Ça n'a pas fonctionné. Ils ont perdu de l'argent et ça s'est mal terminé entre eux. À partir de ce moment, Abdirahim s'est éloigné de ses amis. Il est devenu solitaire», relate-t-il.

Coureur de jupons, adepte du «khat», une plante stimulante aux effets euphorisants, Abdirahim Abdullahi n'avait rien de l'islamiste convaincu. «Il n'a jamais fréquenté une école coranique de sa vie», affirme Alibashir Yussuf Adow.

Il y a deux ans cependant, ce dernier a réalisé que l'étudiant en droit s'intéressait de plus en plus à la loi islamique, affirmant que la charia serait un excellent modèle pour le Kenya. «Je lui disais qu'en tant qu'avocat, il pourrait défendre des musulmans, mais que plutôt que de rêver d'un monde islamique idéal, il devait apprendre à vivre avec les lois en place au Kenya.»

Signes avant-coureurs

Selon Alibashir Yussuf Adow, les parents du jeune homme auraient dû alors commencer à s'inquiéter du discours de leur fils. «Il y avait une détresse. Connaissant ce jeune homme brillant, humble, ils n'ont pas cru qu'il pourrait un jour commettre un crime affreux.»

Le père d'Abdirahim Abdullahi a néanmoins signalé la disparition de son fils l'an dernier. «Les policiers ont pris ça à la légère. Ils ont été négligents. Sa photo n'a jamais été publiée dans les journaux. Ça aurait peut-être permis de freiner tout ça», soupire l'ancien ami au coeur brisé.

Au lieu de ça, le jeune étudiant s'est joint aux shebab, un groupe de djihadistes affilié à Al-Qaïda, qui fait régner la terreur autant en Somalie qu'au Kenya.

Pour protester contre l'action militaire kényane en Somalie, le groupe a perpétré nombre d'attentats terroristes dans le pays voisin au cours des dernières années.

Éviter la spirale

Alibashir Yussuf Adow espère maintenant que le Kenya ne sombrera pas dans un cercle de violence opposant la majorité chrétienne - 82,5% de la population de 45 millions - à la minorité musulmane (11,1%) du pays. «Le leadership du pays a raison de dire que ce n'est pas une affaire de religion. Nous sommes tous concernés. Nous ne devons pas être divisés par les terroristes. Nous devons rester unis.»

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