L'horreur à l'Université kényane de Garissa

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Des effets personnels - dont des chaussures - abandonnés par les victimes des shebab sont toujours visibles près du bâtiment Elgon A, à l'Université de Garissa, le 6 avril.

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Adow JUBAT
Agence France-Presse
GARISSA, Kenya

Des livres éparpillés au sol entre des flaques sombres de sang séché : les corps ont été retirés, mais lundi, une odeur fétide imprégnait toujours l'Université kényane de Garissa, où un commando islamiste s'est livré jeudi à un carnage.

Sur le campus désormais calme, la police et les soldats se protègent du soleil à l'ombre des arbres, là où les étudiants s'asseyaient avant l'attaque pour étudier ou discuter entre amis.

Le sol poussiéreux est recouvert de livres et de stylos, perdus par les étudiants qui tentaient de fuir les assaillants.

Dans la résidence universitaire, l'entrée du bâtiment Elgon... (PHOTO ADOW JUBAT, AP) - image 2.0

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Dans la résidence universitaire, l'entrée du bâtiment Elgon A, haut de trois étages, où la majeure partie de la tuerie s'est déroulée, est couverte d'éclats de verre, celui des portes fracassées par les balles.

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Le massacre perpétré jeudi dans l'Université de Garissa par un commando du mouvement islamiste somalien shebab - l'attaque la plus meurtrière sur le sol kényan depuis celle de l'ambassade américaine de Nairobi en 1998 - a fait 148 morts : 142 étudiants, trois policiers et trois soldats.

Lundi, quatre jours après la fin d'une tuerie qui a duré toute une journée, les journalistes ont pour la première fois été autorisés à pénétrer sur le campus. Les bâtiments, criblés de balles, restent fermés. Mais il est possible de jeter des coups d'oeil à travers les vitres. Suffisant pour mesurer l'horreur de l'attaque.

Dans la résidence universitaire, l'entrée du bâtiment Elgon A, haut de trois étages, où la majeure partie de la tuerie s'est déroulée, est couverte d'éclats de verre, celui des portes fracassées par les balles.

Dans le hall où les assaillants ont réuni les étudiants avant de les abattre, des taches de sang jonchent le sol.



Bouts de chair

Au lendemain de l'attaque, Reuben Nyaora, un infirmier travaillant pour l'ONG International Rescue Committee (IRC) et l'un des premiers secouristes à être arrivés sur les lieux, avait décrit l'horreur de corps éparpillés, «exécutés en ligne», de «gens, dont les têtes (avaient) été soufflées, avec des blessures par balle partout, le tout dans un désordre effroyable».

Les pièces sont désormais vides, mais le sang séché s'étend en longues traînées, laissant imaginer la lente agonie d'étudiants blessés, rampant pour tenter d'échapper à leurs bourreaux.

À certains endroits, se trouvent encore des affaires d'étudiants : chaussures, sandales éparpillées un peu partout, habits, livres.

Des survivants ont décrit un véritable carnage : des piles de corps, du sang s'écoulant dans les couloirs. Le tout dans un cynisme le plus complet, celui d'assaillants s'amusant avec leurs victimes.

Reuben Nyaora avait aussi raconté avoir vu trois femmes apparemment mortes, couvertes de sang de la tête aux pieds, s'extirpant indemnes de tas de cadavres. Elles lui avaient raconté que les assaillants avaient dit aux femmes «de "nager dans le sang"» pour les humilier, avant de partir en les ignorant.

Les fils barbelés qui clôturent le campus témoignent aussi de la fuite désespérée des étudiants. Y pendent encore des bouts de chair, des cheveux, des lambeaux d'habits.

Le préfet local, Njega Miir, a empêché les journalistes de prendre des photos à l'intérieur des bâtiments, par respect pour les victimes. Il précise que le bâtiment resterait bouclé, et que les affaires des étudiants seront envoyées aux survivants ou aux familles des victimes.

«Nous nous sommes assurés que toutes les portes de tous les bâtiments de l'université étaient fermées afin que les affaires laissées à l'intérieur par les étudiants» ne soient pas volées, dit-il.

«Nous allons faire un inventaire de tout ce qui a été laissé par les étudiants, avec l'aide de la direction de l'université, pour que tout ce qu'on trouve ici soit envoyé à leurs propriétaires».

L'université, elle, a été fermée, jusqu'à nouvel ordre.

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