Attaque de Garissa: le Kenya entame trois jours de deuil national

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Le président kényan Uhuru Kenyatta a annoncé samedi soir trois jours de deuil «durant lesquels nos drapeaux seront mis en berne».

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Aymeric VINCENOT, Aude GENET
Agence France-Presse
NAIROBI

Le Kenya entame dimanche trois jours de deuil national à la mémoire des 148 victimes, essentiellement des étudiants, de l'attaque de l'université de Garissa perpétrée par les islamistes somaliens shebab.

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Le président du Kenya, Uhuru Kenyatta

Photo Thomas Mukoya, Reuters

Le pays, chrétien à 80%, célèbrera Pâques dans le chagrin: les messes données à travers le pays seront largement dédiées aux personnes tuées jeudi à l'aube sur le campus.

Le président kényan Uhuru Kenyatta a annoncé samedi soir trois jours de deuil «durant lesquels nos drapeaux seront mis en berne».

«Mon gouvernement répondra le plus sévèrement possible à l'attaque et à toute autre attaque», a-t-il déclaré dans sa première intervention publique depuis cette attaque, la plus meurtrière au Kenya depuis celle contre l'ambassade américaine de Nairobi en 1998 (213 morts). «Malgré l'adversité, nous n'avons jamais plié - et nous ne plierons jamais», a-t-il affirmé.

Les responsables «seront traduits en justice», a assuré M. Kenyatta, dont le gouvernement essuie depuis trois jours les critiques pour son incapacité à enrayer un cycle d'attaques des islamistes shebab sur le sol kényan ayant fait plus de 400 morts depuis mi-2013.

«Contrer le terrorisme est devenu particulièrement difficile, car ceux qui le planifient et le financent sont profondément implantés dans nos communautés et étaient considérés comme des gens ordinaires et inoffensifs», a-t-il averti, mais «nous ne les laisserons pas continuer à vivre normalement».

«La radicalisation qui engendre le terrorisme se déroule (...) au grand jour, dans les écoles coraniques, les maisons et les mosquées avec des imams sans scrupules», a-t-il mis en garde, appelant responsables religieux et communautaires, mais aussi les proches de «ceux qui radicalisent les jeunes», à les dénoncer.

M. Kenyatta a parallèlement exhorté le pays et ses différentes communautés à rester unis: «Faisons en sorte que notre colère justifiée (...) ne débouche sur aucune stigmatisation», en référence aux musulmans, Somaliens ou Kényans d'ethnie somali, souvent pointés du doigt ou victimes d'abus policiers après de telles attaques.

Samedi, une poignée de manifestants a défilé dans le quartier majoritairement somali d'Eastleigh à Nairobi, rappelant que «les musulmans sont aussi victimes du terrorisme» ou qu'être «musulman n'est pas être shebab».

M. Kenyatta s'est exprimé quelques heures après de nouvelles menaces des islamistes somaliens qui ont promis au Kenya une «longue et épouvantable guerre» et un «nouveau bain de sang». Et cela tant que ne cesseraient pas «l'oppression» des musulmans au Kenya et «l'occupation des terres musulmanes» par Nairobi. Sont ainsi évoquées la Somalie, où l'armée kényane combat les shebab depuis 2011, ainsi que les régions kényanes musulmanes de la côte et de la façade est.

«Vous avez choisi votre gouvernement de votre propre gré, subissez donc les pleines conséquences de sa sottise», ont-ils lancé.

L'une des plus prestigieuses institutions de l'islam sunnite basée en Égypte, Al-Azhar, a condamné le massacre samedi.

Une survivante dans une penderie

Samedi matin, plus de 50 heures après le début de l'attaque, une survivante, cachée dans une penderie, a encore été retrouvée. La veille, quatre rescapés avaient été secourus.

À bord de bus affrétés par le gouvernement, 663 étudiants rescapés ont quitté Garissa pour rejoindre les villes dont ils sont originaires. L'université est fermée jusqu'à nouvel ordre.

Jeudi à l'aube, un commando y est entré ouvrant le feu au hasard, avant de pénétrer dans la résidence universitaire, séparant musulmans et non-musulmans, laissant partir les premiers et gardant les seconds en otage.

Cinq suspects ont été arrêtés depuis jeudi: «Nous les soupçonnons d'être des complices des assaillants (...), nous tentons d'établir des liens», a expliqué le porte-parole du ministère de l'Intérieur Mwenda Njoka.

Deux d'entre eux ont été arrêtés à l'intérieur de l'université: un Tanzanien, caché avec des grenades, et un vigile kényan d'ethnie somalie, soupçonné d'avoir aidé les assaillants à entrer, selon M. Njoka. Les trois autres suspects ont été arrêtés alors qu'ils tentaient de fuir vers la Somalie.

Quatre membres présumés du commando ont été tués. La police a exhibé samedi leurs dépouilles nues et ensanglantées dans les rues de Garissa, devant une foule en colère ou indignée par cette sinistre parade.

Jeudi, les autorités avaient offert d'une récompense d'environ 200 000 euros pour la capture du cerveau présumé de l'attaque, Mohamed Mohamud, alias «Kuno», ancien professeur kényan d'une école coranique de Garissa.

Ce massacre s'inscrit dans la lignée de l'assaut du centre commercial Westgate ou d'une série de raids sur la côte kényane et dans la ville de Mandera frontalière de la Somalie, au cours desquels environ 160 personnes au total avaient été exécutées en 2014.

Affaiblis en Somalie, les islamistes ont choisi le Kenya, pays frontalier, miné par la corruption, où une minorité musulmane jeune et délaissée constitue un terreau à l'islamisme radical, pour montrer qu'ils peuvent continuer de frapper à leur guise, estiment les observateurs.

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