Nigeria: le scrutin perturbé par des problèmes techniques

Les Nigérians se pressaient samedi vers les bureaux... (Photo Kunle Ogunfuyi, AP)

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Les Nigérians se pressaient samedi vers les bureaux de vote.

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Agence France-Presse
KANO

Les Nigérians se sont pressés samedi pour élire leur président et leurs parlementaires, mais le scrutin a été retardé en raison de défaillances du nouveau système de vote électronique, ayant entraîné le report des opérations à dimanche dans environ 300 bureaux.

Certains bureaux étaient toujours ouverts à 21 h 00 (16 h 00 heure de Montréal) pour que tous les électeurs inscrits puissent voter, la Commission électorale n'ayant pas fixé d'heure de fermeture.

Sur le plan sécuritaire, Boko Haram, qui avait promis de perturber l'élection, a tenu parole. Bien qu'en perte de vitesse, le groupe islamiste, qui a fait allégeance à l'organisation Etat islamique, est soupçonné d'avoir mené plusieurs attaques meurtrières contre des bureaux de vote et des élus locaux.

Des hommes armés ont abattu samedi sept Nigérians dans quatre villages de l'État de Gombe (nord-est), souvent ciblés par les islamistes de Boko Haram par le passé.

Un député de l'État de Borno (nord-est) a par ailleurs annoncé samedi que 23 villageois avaient été décapités la veille au soir dans la localité de Buratai, vraisemblablement par des islamistes.

Malgré ces attaques meurtrières, les électeurs se sont pressés nombreux aux urnes.

Prêt à voter quel qu'en soit le prix

«Je suis prêt à voter quel qu'en soit le prix», a déclaré Tandalami Balami, un électeur dans un camp de déplacés de Maiduguri (nord-est), où est né Boko Haram.

Pour cette présidentielle présentée comme la plus disputée depuis l'indépendance, le président sortant, Goodluck Jonathan - un chrétien du sud de 57 ans - brigue un second mandat, face à son principal adversaire, l'ancien général Muhammadu Buhari - un musulman du nord de 72 ans.

Quelque 69 millions d'électeurs - sur 173 millions d'habitants - doivent élire le président, les 109 sénateurs et les 360 représentants du pays le plus peuplé d'Afrique, premier producteur de pétrole et première puissance économique du continent.

«Nous avons tellement attendu pour que Dieu nous laisse voir ce jour», s'enthousiasmait à Maraba (centre) Hassan Yesuza Ziga, 35 ans. Khamis Amir, déplacé après les attaques de Boko Haram, a lui marché 11 kilomètres à partir du Lac Tchad pour voter à Maiduguri, la grande métropole du nord-est.

Le bon déroulement du scrutin s'est cependant heurté à des problèmes techniques, entraînant de gros retards.

Après une matinée consacrée à l'identification des électeurs, les Nigérians devaient déposer leur bulletin dans l'urne à partir de 13 h 30, mais des couacs dans le système de lecteur de cartes biométriques ont causé des retards considérables dans plusieurs régions.

Afin d'éviter les fraudes électorales, très répandues jusqu'ici au Nigeria, la commission électorale indépendante (Inec) avait décidé d'expérimenter pour la première fois ce nouveau système, assurant que l'identification électronique ne prendrait pas plus de dix secondes par électeur.

Technologie défaillante

Goodluck Jonathan lui-même a passé plus de trente minutes, avec sa femme Patience, à l'intérieur du bureau de vote de son village natal d'Otuoke, dans l'Etat de Bayelsa (sud), sans parvenir à s'inscrire. Il lui a fallu revenir plus tard pour s'inscrire manuellement, avant de demander «à tous les Nigérians d'être patients eux aussi».

Dans environ 300 bureaux de vote, sur 150 000 dans tout le pays, l'Inec a suspendu le scrutin à cause de ces incidents indiquant qu'ils rouvriront dimanche, en revenant aux méthodes d'identification traditionnelles, selon le porte-parole de l'INEC Kayode Idowu.

Olisa Metuh, le porte-parole du parti au pouvoir, le PDP, a déploré «un grand embarras national», demandant des «explications approfondies» à l'Inec.

Muhammadu Buhari s'est lui enregistré sans difficulté dans le bureau de vote de son fief de Daura, dans l'État de Katsina, vêtu d'une ample tunique blanche et d'un petit chapeau typique du nord du Nigeria, majoritairement musulman.

Tôt le matin, de longues files d'attente s'étaient formées devant les bureaux, certains électeurs avaient même passé la nuit sur place.

À Kano, plus grande ville du nord du pays, frappée à plusieurs reprises par des attentats meurtriers de Boko Haram, la plupart des votants sont arrivés dès  6 h 00, juste après la prière du matin.

Tandis qu'à Daura, le fief de Buhari, Moustapha Osman disait aller «voter pour le candidat qui protégera nos vies et l'intégrité de ce pays», à Utuoke, dans le village de Jonathan, Laurence Banigo soutenait son champion car «les Nigérians qui ont pu apprécier son bon boulot devraient lui donner la chance de continuer encore pour quatre ans.»

À Maraba, les électeurs étaient à l'heure, mais pas les assesseurs. Les votants ont alors eux-mêmes préparé le scrutin, distribuant des bouts de papier à la va-vite. «On ne peut pas juste s'attendre à ce qu'on s'assoie et qu'on patiente... Tout le monde est là et prêt à exercer son droit de vote.»

Et puis, malgré les sept personnes abattues samedi et les problèmes techniques, la journée a connu ses moments de joie. À Yoba, la capitale de l'État d'Adamawa, deux amis qui se croyaient morts l'un l'autre à cause des attaques de Boko Haram ont pleuré de bonheur en se retrouvant dans un bureau de vote pour déplacés.

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