Le Nigeria se rend aux urnes

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Des bénévoles cherchent sur une feuille l'emplacement de leur bureau de vote.

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Ben SIMON, Phil HAZLEWOOD
Agence France-Presse
ABUJA, LAGOS

Le Nigeria élit samedi son prochain président, au cours du scrutin le plus serré de l'histoire du pays le plus peuplé d'Afrique, un pays marqué par les violences islamistes, la chute des cours du pétrole et la corruption endémique.

Du hub pétrolier de Port Harcourt, en plein sud chrétien, à Kano, la deuxième plus grande ville musulmane du continent, en passant par la mégalopole de Lagos, 68,8 millions d'électeurs - sur 173 millions d'habitants - sont appelés aux urnes, pour des élections présidentielle et législatives.

Le président sortant Goodluck Jonathan, candidat à sa réélection, doit voter dans sa ville natale d'Utuoke, dans l'État de Bayelsa (sud). Malgré un bilan difficile à défendre, il demande à ses concitoyens de lui accorder un second mandat pour mener à bien ses projets en cours.

Son principal opposant, l'ancien général Muhammadu Buhari, doit déposer son bulletin dans l'urne de son fief de Daura, dans l'État de Katsina, où des balais de paille, le symbole de changement du Congrès Progressiste (APC, opposition), ornaient les rues. Celui qui a gouverné le Nigeria d'une main de fer à la tête d'une junte militaire, au milieu des années 80, promet de combattre la corruption et l'insécurité avec poigne, mais en «démocrate converti».

Une myriade d'observateurs internationaux ont été déployés dans le pays pour s'assurer du bon déroulement du scrutin.

Résultats attendus dans les 48 heures

L'INEC espère pouvoir éviter les fraudes électorales, un problème récurrent lors des précédentes élections, grâce à un nouveau système de lecteurs de cartes électorales électroniques, expérimenté pour la première fois. Les résultats sont attendus dans les 48 heures suivant la fermeture des bureaux de vote.

Le Parti démocratique populaire (PDP), au pouvoir depuis la fin des dictatures militaires et le retour de la démocratie au Nigeria, en 1999, pourrait être délogé cette fois-ci, face à une opposition plus forte et plus unie que jamais.

Si le Nigeria est devenu la première puissance économique d'Afrique pendant le mandat de M. Jonathan, la chute des cours mondiaux du pétrole a frappé de plein fouet le premier producteur du continent.

Sur le plan sécuritaire, l'armée nigériane, qui a annoncé vendredi avoir repris le fief islamiste de Gwoza, se targue d'avoir démantelé le «califat» proclamé par Boko Haram, dans le cadre d'une offensive militaire régionale, ces deux derniers mois.

Mais les victoires récentes de l'armée nigériane contre Boko Haram, avec l'aide de ses alliés régionaux, le Tchad en tête, ne permettront sans doute pas d'effacer, dans l'esprit des électeurs, le manque de réactivité du président face à la montée en puissance du groupe islamiste, dont l'insurrection, et sa répression, ont fait en six ans plus de 13 000 morts et 1,5 million de déplacés.

Un important dispositif de sécurité a été déployé dans le pays, et la population est invitée à limiter ses déplacements, samedi, entre 8h et 17h; elle n'est autorisée à circuler que pour exercer son devoir civique.

«Assez des bombes»

Même si Boko Haram est en perte de vitesse, le groupe islamiste, désormais allié à l'organisation État islamique, a menacé de perturber l'élection et a prouvé ces dernières semaines avoir encore la capacité de mener des attentats-suicides meurtriers.

Aussi, dans un pays où les dissensions politiques attisent souvent les tensions religieuses, le duel entre le chef de l'État sortant, un chrétien du Sud, et M. Buhari, un musulman du Nord, fait redouter des violences politiques.

Lors de la dernière présidentielle en 2011, près d'un millier de personnes ont péri dans des affrontements à la suite de l'annonce de la défaite de M. Buhari, qui affrontait déjà M. Jonathan.

Abuja, la capitale, était étrangement calme, vendredi, la plupart des grandes artères menant à la ville ayant été désertées. Des postes de contrôle militaires ont été placés à plusieurs points stratégiques, dans la capitale frappée plusieurs fois par des attaques islamistes.

Dans le petit marché en face de la gare routière de Nyanya, ciblée par deux attentats l'an dernier, les passants étaient partagés.

Pour Esther Anthony, 23 ans, «Il faut voter pour notre président, parce qu'il était toujours là pour nous. Il a fait ce qu'il a pu».

Mais Abdullahi Usman Chitta Michika, un agent immobilier de 31 ans, n'est pas d'accord: «Nous en avons assez (...) des bombes partout, de l'insécurité, des enlèvements (...) C'est à cause de la négligence du président».

«Les partis ont mené une campagne honteuse. Cette quantité de vitriol, de haine, d'attaques ethniques et personnelles (...) c'est sans précédent», estime le président de la commission nigériane des droits de l'Homme, Chidi Odinkalu.

Mais «le fait que ces élections soient les plus serrées de notre histoire est la plus grande preuve des progrès que nous sommes en train d'accomplir», a-t-il conclu.

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