Darfour: le «catalogue des atrocités» s'alourdit

En 2014, les Nations unies ont souligné que... (PHOTO MOHAMED NURELDIN ABDALLAH, ARCHIVES REUTERS)

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En 2014, les Nations unies ont souligné que 450 000 personnes avaient été forcées de fuir leur foyer au Darfour, dont cette mère et son enfant, arrivés au camp de déplacés Zamzam, situé dans le nord du pays.

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Loin des caméras, les populations civiles du Darfour, dans l'ouest du Soudan, continuent de faire les frais d'un sanglant conflit opposant les troupes gouvernementales à des groupes rebelles.

«Il est vrai que l'attention du monde et des médias n'est qu'une fraction de ce qu'elle était il y a quelques années. Mais ce n'est pas parce que les atrocités ont cessé [...] Les autorités soudanaises semblent avoir réussi à limiter l'information en bloquant l'accès à la région», souligne en entrevue le directeur pour l'Afrique de Human Rights Watch (HRW), Daniel Bekele.

Depuis son éclatement en 2003, le conflit a fait plus de 300 000 morts et forcé le déplacement de plus de 2 millions de personnes sur fond de massacres, de torture et de violence sexuelle. Et le bilan continue de s'alourdir.

Dans un récent rapport, les Nations unies ont souligné que 450 000 personnes avaient été forcées de fuir leur foyer en 2014.

Sur une période de cinq mois l'année dernière, plus de 3000 villages ont été détruits, souvent par l'armée en guise de représailles contre des civils ayant supposément protégé ou soutenu les rebelles.

Selon HRW, le «catalogue des atrocités au Darfour» s'est encore alourdi à la fin du mois d'octobre à la suite d'un assaut lancé contre Tabit, une ville de 7000 habitants dans la province du Darfour du Nord.

L'organisation de défense des droits de l'homme, dans un rapport paru cette semaine, relève qu'elle a été ciblée par trois opérations militaires successives du 30 octobre au 1er novembre.

Selon les témoignages recueillis, des troupes gouvernementales allaient de résidence en résidence pour les piller, «battre les occupants et violer femmes et enfants».

Les enquêteurs de HRW ont réussi à identifier plus de 200 femmes ayant été violées, la plupart « à plusieurs reprises, souvent par plusieurs hommes et souvent devant des membres de leur famille ou des amis ».

Une femme d'une vingtaine d'années a témoigné que 18 soldats avaient fait irruption dans le complexe résidentiel où elle se trouvait et forcé les hommes à sortir. «Les quinze soldats restés sur place nous ont violées, toutes les quatre. Ils nous ont battues et ont fait tout ce qu'ils voulaient», a-t-elle confié.

Une autre femme dans la quarantaine a indiqué que les soldats ont promis de lui «montrer l'enfer» avant de la violer et de s'en prendre à ses trois filles. Deux d'entre elles avaient moins de 11 ans.

«Échec de la force onusienne»

Les premiers échos de ces exactions ont été relayés par une radio basée aux Pays-Bas et aussitôt démentis par le gouvernement d'Omar el-Béchir, qui a verrouillé l'accès à la ville. Selon HRW, ses résidants ont été avertis dans la foulée de ne parler à personne de ce qui s'était passé s'ils voulaient éviter de nouvelles représailles.

Des enquêteurs de la force onusienne en place au Darfour, après s'être vus refuser une première fois le passage, ont pu pénétrer dans Tabit le 9 novembre et parler avec certains résidants. Ils ont ensuite publié un communiqué relevant qu'ils n'avaient pas recensé de preuves d'abus.

« Malheureusement, ils étaient accompagnés d'un important contingent de forces soudanaises. Ce n'est pas une très bonne manière d'enquêter pour savoir si ces mêmes forces ont commis des abus », note M. Bekele.

« C'est un échec de la force onusienne qui a pour mandat de protéger la population civile et de dénoncer les exactions qui peuvent survenir », relève le représentant de HRW, qui demande au Conseil de sécurité d'intervenir pour faire la lumière sur les abus survenus à Tabit.

Daniel Bekele note que les attentes sont minces puisque certains membres de l'instance onusienne - la Chine et la Russie - protègent le régime soudanais et son dirigeant, qui est recherché depuis des années par la Cour pénale internationale pour « crimes contre l'humanité ».

« Il semble que certains pays préfèrent leurs intérêts politiques et économiques à la quête d'imputabilité et de justice », conclut l'activiste.

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