Nigeria: Maiduguri menacée par Boko Haram

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Le gouverneur de l'État de Borno a appelé les habitants de Maiduguri à ne pas céder à la psychose en quittant la ville.

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Bukar HUSSAIN, Aminu ABUBAKAR
Agence France-Presse
Maiduguri

Après la prise d'une nouvelle localité dimanche dans le nord-est du Nigeria, les islamistes de Boko Haram resserrent leur étau sur Maiduguri, capitale de l'État de Borno et carrefour stratégique d'environ deux millions d'habitants, où les autorités ont appelé les habitants à ne pas céder à la psychose.

Maiduguri a fait l'objet d'une attaque de grande envergure, dimanche, qui a pu être repoussée au terme de plusieurs heures de combat entre les insurgés islamistes et l'armée nigériane, lors desquelles «de très nombreux» islamistes ont été tués selon l'armée.

Cette menace sur Maiduguri fait planer une ombre sur les élections législatives et présidentielle qui doivent se tenir le 14 février, car une grande partie des quatre millions d'habitants de l'État pourraient être empêchés de voter.

Le colonel Sani Usman, porte-parole de l'armée dans cette région, a considéré lundi que la population pouvait à nouveau «vaquer à ses occupations» à Maiduguri, après la levée du couvre feu de 24 heures.

Le gouverneur de l'État de Borno, Kashim Shettima, a appelé les habitants de Maiduguri à ne pas céder à la psychose en quittant la ville, tout en reconnaissant que la prise dimanche par Boko Haram de la localité de Monguno et de sa base militaire, à 130 kilomètres au nord-est, fait monter la tension.

«Ca se passe mal à Monguno», a réagi M. Shettima. «Je ne vais pas vous mentir. Des gens avancent vers Maiduguri. Ils sont contenus par l'armée, à l'extérieur de la ville. (...) Nous devons tous les fouiller avant de les laisser entrer» a-t-il déclaré dans un entretien accordé au service en langue haoussa de la BBC.

«Je demande aux habitants de l'État de Borno de ne pas paniquer» a-t-il ensuite tempéré. «Il s'agit de notre terre. Ne cédez pas à la peur, ne fuyez pas, n'abandonnez pas».

«Notre histoire est vieille de plus de 1000 ans et je jure devant Allah que nous allons vaincre», a-t-il lancé.

Coup fatal 

Maiduguri, une ville d'environ un million d'habitants initialement, a vu sa population doubler, ces derniers mois, avec l'arrivée massive de centaines de milliers d'habitants de l'État de Borno, chassés de leurs villes et villages par les violences de Boko Haram.

Des notables de la ville avaient estimé en septembre que Maiduguri accueillait désormais plus de la moitié des 4,1 millions d'habitants de l'État de Borno - et les déplacés n'ont pas cessé d'affluer par milliers depuis cette date.

Déjà à ce moment-là, ces notables, rassemblés au sein du «Forum des Anciens», avaient tiré la sonnette d'alarme, estimant que Maiduguri était «encerclée» et pouvait tomber à tout moment, sans d'importants renforts de l'armée.

Depuis, la prise de Baga, un important carrefour commercial sur les rives du lac Tchad, début janvier, puis de Monguno, dimanche, deux villes abritant des bases militaires, les islamistes se sont approvisionnés en armes et ils maîtrisent un nouvel axe menant à Maiduguri.

Une seule grande route n'est pas encore sous le contrôle de Boko Haram, celle menant vers Damaturu et Kano, à l'ouest. L'aéroport de Maiduguri a rouvert en août 2014 (après huit mois de fermeture consécutive à une attaque), mais aucun vol commercial ne s'y pose, uniquement des vols militaires.

Pour l'expert en sécurité Abdullahi Bawa Wase, Boko Haram «va certainement retenter» de prendre la ville. «Ca n'est qu'une question de temps, Maiduguri est stratégique» a-t-il déclaré à l'AFP.

Sa chute pourrait porter un coup fatal au élections de février, selon M. Wase. «Cela voudrait dire que le vote n'a pas lieu dans l'État de Borno, comme la majorité des électeurs (de cet État) se trouvent aujourd'hui à Maiduguri» estime-t-il.

A la veille d'un scrutin annoncé comme le plus serré depuis le retour de la démocratie au Nigeria en 1999, l'opposition a déjà prévenu qu'elle contesterait les résultats, si une grande partie des habitants du nord-est --une région qui lui est largement acquise-- était privée de vote.

Lundi, elle a averti qu'un report de ces élections présidentielle et législatives constituerait par ailleurs «une victoire» pour Boko Haram, appelant le gouvernement à respecter le calendrier électoral malgré les violences.

Le chef de la mission d'observateurs de l'Union Européenne pour les élections, Santiago Ayxela, a annoncé lundi soir que son équipe ne se rendrait pas dans le nord-est du Nigeria «pour des raisons de sécurité».

«Nous avons des gens déployés très près du nord-est (...) et nous essayerons d'avoir les meilleures informations possibles» mais « la situation actuelle ne nous permet pas d'aller dans le nord-est» a-t-il déclaré à la presse à Abuja.

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