Burkina: une transition politique louangée

La «maturité» politique des Burkinabè est louée par... (Photo ISSOUF SANOGO, Archives AFP)

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La «maturité» politique des Burkinabè est louée par tous. Du fait de l'esprit «républicain» des soldats, qui n'ont pas tiré sur la foule, un bain de sang a été évité.

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Romaric Ollo HIEN
Agence France-Presse
OUAGADOUGOU

Des discussions forcenées, mais une Constitution et un président intérimaires établis en seulement deux semaines, peu de sang versé ; la transition politique au Burkina Faso peut servir d'exemple, après 27 années de règne du président Blaise Compaoré.

«Cette transition démocratique est globalement remarquable et peut servir d'exemple à d'autres pays», souligne Philippe Hugon, un chercheur français, qui appelle toutefois à «rester prudent».

«Il ne faut jamais être trop euphorique; le Burkina est certes un pays mature politiquement, mais il reste parmi les plus pauvres du monde, et il va falloir répondre aux défis économiques et sociaux, aux besoins exprimés par la jeunesse», note-t-il.

Même écho positif de la part de Dominique Gnangoin, politologue ivoirien: les événements burkinabè constituent une «bouffée d'oxygène» pour l'Afrique, remarque-t-il, se disant persuadé que d'autres pays du continent suivront, permettant enfin un «renouvellement de la classe politique» africaine, tant décriée.

Le pire était pourtant à craindre lors de la prise de pouvoir par l'armée le 31 octobre, jour de la chute de Compaoré. Beaucoup de Burkinabè craignaient un coup d'État militaire et le maintien au pouvoir du lieutenant-colonel Isaac Zida, ancien numéro 2 de la garde présidentielle.

«Compaoré a dit pendant 27 ans qu'il n'était pas assoiffé de pouvoir. Pourtant il est resté scotché à son fauteuil», remarquait Amadou Sawadogo, un vendeur de 37 ans, «pas convaincu» par la bonne foi apparente de M. Zida.

En prenant le pouvoir, «il a fait un vrai coup d'État», observe un diplomate à Ouagadougou. «Mais ensuite, il n'a pas eu beaucoup de marge de manoeuvre.»

Pression internationale

La raison réside surtout dans une très forte et constante pression internationale. Dès le début de la crise, l'Union européenne, les États-Unis et la France, ancien pays colonisateur et plus fort soutien du Burkina Faso, ont fixé des limites aux militaires.

Paris connaissait bien l'autocrate de Ouagadougou, qu'il avait incité à quitter le pouvoir. «Compaoré fut un pion essentiel de la Françafrique», du fait d'«amitiés solides» avec les anciens présidents français Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, se souvient Jules Evariste Toa, un universitaire ivoirien.

Le rôle de médiateur occupé par M. Compaoré dans plusieurs conflits régionaux lui avait en outre «donné une certaine légitimité internationale», ajoute-t-il.

Les institutions panafricaines ont suivi. L'Union africaine a lancé le 3 novembre un ultimatum au Burkina Faso : si l'État ne se dotait pas sous quinzaine d'un cadre institutionnel et d'un chef intérimaire, les sanctions tomberaient.

«Or des sanctions auraient eu un effet catastrophique» pour ce pays sahélien pauvre, qui aurait eu du mal à se passer des «versements de bailleurs», observe une source diplomatique.

Quatre présidents de l'union économique ouest-africaine, la Cédéao, dont le Sénégalais Macky Sall, nommé émissaire pour le Burkina, sont venus à Ouagadougou pour faire oeuvre de médiation.

La «maturité» politique des Burkinabè est louée par tous. Du fait de l'esprit «républicain» des soldats, qui n'ont pas tiré sur la foule, un bain de sang a été évité. Seule une quinzaine de personnes, sur une population totale de 17 millions de personnes, ont perdu la vie au total, selon des bilans recoupés par l'AFP.

Pas d'instrumentalisation

Le pacifisme des manifestants, pour la plupart non-violents, y est aussi pour beaucoup. L'écrasante majorité des protestataires, pourtant jeunes et revendicatifs, marchaient en montrant bien qu'ils ne tenaient pas d'armes - dans un pays où celles-ci sont de toute façon rares.

Si des pillages ont eu lieu à la chute de Blaise Compaoré, ils étaient très ciblés et se sont rapidement arrêtés, devant les condamnations de la société civile. Celle-ci a même nettoyé les rues de Ouagadougou le premier week-end de novembre, peu après le pic de violence.

Aucune récupération du mouvement ne s'est en outre produite. «Ce qui enflamme les crises en général en Afrique, c'est l'instrumentalisation de la religion et de la cause ethnique, observe Etienne Traoré. Or au Burkina Faso, dès l'indépendance, les premiers cadres dirigeants du pays ont pu éviter ces écueils.»

Avec la nomination lundi matin de Michel Kafando, un diplomate émérite, qui a oeuvré une quinzaine d'années en tant qu'ambassadeur auprès des Nations unies (en 1981-1982 et 1998-2011), la transition civile est devenue réalité.

Mais, prévient Philippe Hugon, «tout n'est jamais complètement joué, notamment du côté des perdants». «Compaoré est un très très fin politicien, ambigu, il est encore jeune. Il est très proche de Ouattara (président ivoirien) et le Burkina Faso dépend beaucoup de la Côte d'Ivoire. Les hommes politiques ne sont jamais complètement finis».

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