Burkina Faso: les négociations sur la transition achoppent

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À gauche, Zéphirin Diabré, le chef de file de l'opposition, aux côtés du chef d'état-major des armées, Nabéré Honoré Traoré.

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Romaric Ollo HIEN
Agence France-Presse
OUAGADOUGOU

Les négociations sur la transition au Burkina Faso achoppaient mercredi sur les exigences formulées par les militaires de présider le parlement provisoire pour conserver une influence une fois le pouvoir rendu aux civils.

Les militaires exigent la présidence de la future assemblée, le Conseil national de transition (CNT), mais leur demande est contestée par des membres de la société civile et de l'opposition.

Dans une structure à deux têtes, avec un militaire à la tête du CNT d'un côté et un président de transition civil de l'autre, «naturellement le militaire aura la préséance car il a les armes avec lui», a déclaré Étienne Traoré, président d'un parti d'opposition.

L'opposition, la société civile et les autorités religieuses et traditionnelles se sont réunies mercredi pour discuter de la place à laisser à l'armée dans la transition prévue pour durer un an.

Ces trois composantes civiles avaient rédigé le week-end dernier un projet de «charte de transition», sorte de constitution intérimaire. Les militaires y ont ensuite apporté des amendements. Mais ceux-ci sont en partie contestés dans le camp des civils qui tentent de dégager entre eux une position commune face à l'armée.

Un accord avec les militaires est impératif pour que ceux-ci rendent aux civils le pouvoir qu'ils détiennent depuis la chute du président Blaise Compaoré, renversé par la rue le 31 octobre après 27 ans de règne.

Les deux camps ont «acté» que le président et le premier ministre de transition seraient des civils, a déclaré Luc Marius Ibriga, un éminent responsable d'ONG. L'homme fort du Burkina est, depuis la chute du président Compaoré, un militaire, le lt-colonel Isaa Zida,

Les divergences portent désormais essentiellement sur le parlement.

D'après un gradé, l'armée a demandé que le CTN «soit présidé par un militaire», sans en préciser les pouvoirs.

Elle voudrait également que ce conseil n'ait pas de rôle législatif mais uniquement consultatif, affirment les civils qui rejettent cette idée.

Le Parlement, «l'incarnation de la civilité», ne peut «être dirigé par un militaire» dans une transition dite «civile», a lancé M. Traoré, président du Parti pour la démocratie et le socialisme, qui dit «douter d'une conclusion consensuelle» de cette question «pour l'heure».

«Un CNT qui n'est pas délibératif est une coquille vide. Le chef d'État va gouverner par décret», a renchéri un délégué de la société civile, qui a requis l'anonymat.

Mardi, peu après avoir rencontré les présidents sénégalais et togolais, Macky Sall et Faure Gnassingbé, envoyés à Ouagadougou par l'organisation régionale de la Cédéao, Zéphirin Diabré, le chef de file de l'opposition, avait pourtant qualifié les «observations» des militaires de «recevables».

Des «différences de vue» subsistent sur «les organes de transition», avait pointé le chef d'État sénégalais, pour qui tout devait «rentrer dans l'ordre» d'ici mercredi. «Nous arriverons à un consensus», avait-il lancé, optimiste.

«Réconciliation»

Mais si les civils prévoient une Assemblée de 90 députés, dont 10 seulement sont des militaires et 10 autres sont issus de l'ancien camp au pouvoir, l'armée veut aussi un CNT de 60 membres, répartis équitablement entre opposition, société civile, militaires et ex-majorité (15 sièges chacun).

L'armée refuse également la création d'une Commission dite «de réconciliation et des réformes», plus politique, voulue par la société civile.

«Ils ne veulent pas qu'on fasse la lumière sur les crimes économiques et de sang» commis par l'ancien régime, a estimé Hippolite Domboué, un cadre d'ONG.

Lundi, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, président en exercice de l'Union africaine, était venu rassurer les protagonistes. L'UA avait posé le 3 novembre un ultimatum à l'armée burkinabè pour qu'elle cède sous quinzaine le pouvoir aux civils.

«L'UA n'est pas venue (...) pour vous menacer de quoi que ce soit», avait déclaré M. Aziz, multipliant les messages rassurants devant la presse. Loin des micros, il avait toutefois maintenu le délai de l'UA, qui expire dans six jours, selon une source diplomatique.

Les médiateurs africains «veulent aller directement aux élections, même dans six mois. Mais pour nous, il ne s'agit pas seulement de cela. Blaise Compaoré aussi organisait des élections», remarque un délégué de la société civile.

Hervé Ouattara, un autre délégué, appelle civils et militaires à «accorder leurs violons entre eux». «Les propositions de l'armée ne sont pas alarmantes. On doit pouvoir s'entendre», estime-t-il.

Les deux camps ne se sont toujours pas rencontrés au sujet de la charte. Une fois un accord trouvé sur ce document se posera le choix, autrement délicat, du président de la transition.

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