Afrique du Sud: gangstérisme au féminin

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Naboewieyah Kelly était membre d'un des plus importants gangs de rue, les Americans. Elle tente désormais de mettre cette vie derrière elle, au Camp Joy, un centre de réhabilitation.

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(Strandfontein, Afrique du Sud) Le gangstérisme fait partie du quotidien des « Cape Flats », townships au sud-est du centre-ville du Cap, où ont élu domicile des centaines de milliers de Sud-Africains ayant subi les évictions forcées de l'apartheid dans les années 50. La loi de la rue n'épargne pas les jeunes filles, qui sont fréquemment aspirées dans une vie de violence dont il est difficile de s'extraire.

Tamarine Chibbendale, qui fait 15 ans de plus que ses 21 ans, porte un lourd passé marqué par des descentes répétées dans les bas-fonds, des deuils déchirants et, depuis quelques mois, d'éprouvants efforts pour s'en sortir.

Cette jeune «Cape Colored» (descendante des migrants malaisiens) arbore sur la cheville droite les restes d'un tatouage qui révèle son ancienne allégeance aux «Fancy Girls», faction féminine d'un gang de rue redouté dans sa communauté de Hanover Park, localité des Cape Flats.

«Comme femme, dans un gang, tu dois autant tirer sur des gens que voler de l'argent. Tu dois aussi montrer de quoi tu es capable: par exemple, j'ai pris un coup de couteau sur la tête, regarde ici, j'ai encore la cicatrice... J'ai dû passer plusieurs jours à l'hôpital», raconte la jeune femme en évoquant le chemin parcouru à Camp Joy, un centre de réhabilitation où elle apprend à refaire sa vie sans couteau, pistolet et crystal meth.

Pourquoi a-t-elle décidé d'abandonner le gangstérisme? «Pendant quelque temps, je suis sortie avec un gars plus vieux, qui m'a dit d'effacer mon tatouage et de lâcher le gang», confie celle qui rêve de faire de la photographie. À Camp Joy, elle apprend un autre mode de vie que la criminalité. «Je travaille ici: je fais la cuisine!»

«Pour les femmes, quitter le gang suppose des défis auxquels les membres masculins ne sont pas confrontés. Dans certains cas, elles doivent s'occuper d'enfants qu'elles ont eus avec des gangsters.»

Dariusz Dziewanski
sociologue
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Le Camp Joy est un centre de réhabilitation.

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Du «tik», des femmes...

Avant de glisser dans le gangstérisme, Tamarine est passée par l'école des drogues dures. Dès l'âge de 12 ans, elle fumait chaque jour du crystal meth avec sa soeur, une dépendance qui l'a amenée à voler des milliers de rands à sa tante et à se prostituer. Lors d'une première cure de désintoxication, la jeune femme a réussi à se libérer de sa dépendance. Mais à la mort de sa mère, elle a rechuté, ajoutant l'alcool et le gangstérisme à son automédication.

«À un moment donné, j'en ai eu assez. Il y a tellement de choses que j'ai le goût de faire pour changer le monde, surtout ici, dans ma communauté», confie-t-elle.

Tamarine est l'une des nombreuses victimes de l'épidémie de dépendance au crystal methamphetamine, localement appelé «tik», pour imiter le son que fait le crystal lorsqu'il brûle. Le «tik» est particulièrement ravageur dans la communauté «Cape Coloured» où, selon le South African Medical Resarch Council (MRC), on y trouve l'un des plus hauts taux de dépendance à la méthamphétamine au monde.

Naboewieyah Kelly combat elle aussi sa dépendance entre les murs de Camp Joy. «J'ai commencé à prendre du "tik" pour calmer mon esprit», explique la femme de 26 ans, qui s'est jointe au plus important gang organisé du pays, les Americans, pour plaire à son petit ami de l'époque.

Pendant l'entrevue, cette ex-détenue de la prison de Poolsmor - mégainstitution carcérale du Cap - offre une claque derrière la tête d'un de ses colocataires qui cherche à attirer l'attention. Elle se montre à la fois espiègle, séductrice et vulnérable.

Le sexe de la violence

Le sociologue canadien Dariusz Dziewanski se spécialise dans la transmission de la violence dans les Cape Flats. Il côtoie chaque semaine les jeunes ex-gangsters de Camp Joy.

«Pour les femmes, quitter le gang suppose des défis auxquels les membres masculins ne sont pas confrontés. Dans certains cas, elles doivent s'occuper d'enfants qu'elles ont eus avec des gangsters. Et il n'est pas rare qu'une femme ait eu des enfants avec plusieurs partenaires issus du même gang. Les infections transmises sexuellement sont aussi un problème surreprésenté chez les femmes gangsters», analyse-t-il.

Autant pour les hommes que pour les femmes, la violence fait partie du contexte quotidien, dans la région du Cap. Avec un taux de 46,15 meurtres par 100 000 personnes et 26 viols rapportés chaque jour, la «Mother City» est considérée comme l'une des villes les plus dangereuses au monde.

Pour des ex-gangsters comme Nabu, la meilleure façon d'enrayer la violence est de mettre à profit leur expérience. «Si je croise une fille qui se trouve dans une situation similaire à celle que j'ai connue, je vais faire de mon mieux pour m'assurer qu'elle ne s'implique pas dans le gang», dit-elle.

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