Lycéennes mariées de force par Boko Haram: leurs familles «choquées»

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Selon un rapport de Human Rights Watch publié cette semaine, Boko Haram détient plus de 500 femmes et jeunes filles et les mariages forcés sont une pratique courante dans les camps du groupe islamiste.

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Phil HAZLEWOOD
Agence France-Presse
KANO

Choquées, les familles des 219 lycéennes enlevées il y a plus de six mois par Boko Haram à Chibok, dans le nord-est du Nigeria, ont accueilli avec tristesse et fatalisme l'annonce de leur mariage forcé par le groupe islamiste.

«Nous les avons toutes mariées, elles se trouvent dans leurs foyers conjugaux», déclare en éclatant de rire le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, dans une vidéo obtenue vendredi par l'AFP.

Cette annonce est «choquante, même si nous savons que Boko Haram n'est pas fiable», a réagi le chef du Conseil des anciens de Chibok, Pogo Bitrus, dont quatre nièces ont été enlevées. «L'annonce de leur mariage ne nous surprend pas. Nous espérons seulement que le gouvernement redoublera ses efforts pour réprimer cette insurrection».

C'est la première fois depuis plus de cinq mois que le chef de Boko Haram évoque le sort des lycéennes enlevées à Chibok le 14 avril.

Dans une précédente vidéo obtenue par l'AFP le 5 mai, on pouvait voir plus de 100 d'entre elles vêtues de hijabs noirs, récitant des versets du Coran.

«Vous ne savez pas que les plus de 200 lycéennes de Chibok ont été converties à l'islam? Elles ont mémorisé deux chapitres du Coran», insiste Shekau dans la nouvelle vidéo.

Le kidnapping de ces jeunes filles, âgées de 12 à 17 ans, avait suscité la création du mouvement «Bring back our girls» («Ramenez-nous nos filles») et une vague d'émotion internationale, qui s'est tarie depuis.

Pour les parents de Chibok, l'angoisse perdure. Les familles des jeunes filles n'ont «plus les mots» pour exprimer leur souffrance, confie Enoch Mark, pasteur à Chibok, dont la fille et la nièce figurent parmi les otages.

«Depuis qu'elles ont été kidnappées, nous n'avons aucune certitude sur leur situation. Des informations contradictoires ne cessent de nous parvenir», s'émeut-il.

«Nous ne négocierons pas»

Les autorités nigérianes, très critiquées pour leur inaction dans les semaines suivant les enlèvements, avaient suscité un faible espoir en annonçant mi-octobre un accord de cessez-le-feu avec Boko Haram, qui prévoyait théoriquement la libération des captives de Chibok.

Cette annonce avait été accueillie avec scepticisme, le groupe islamiste étant alors représenté par un dénommé Danladi Ahmadu inconnu de tous.

«Nous n'avons jamais pris le cessez-le-feu au sérieux: ils n'ont jamais arrêté leurs attaques», souligne le chef du Conseil des anciens de Chibok.

Dans la nouvelle vidéo obtenue vendredi, Shekau, en tenue militaire, coiffé d'un turban noir, nie tout accord et dit ne pas connaître Danladi Ahmadu.

«Nous n'avons signé de cessez-le-feu avec personne (...) Nous n'avons négocié avec personne (...) C'est un mensonge. Un mensonge», martèle-t-il, avec son habituelle gestuelle emphatique.

«Nous ne négocierons pas. Quel est notre intérêt à négocier? Allah nous a dit de ne pas le faire», ajoute-t-il, flanqué de deux combattants exhibant des drapeaux noirs frappés du sceau du prophète Mahomet, emblème des jihadistes dans le monde.

Le gouvernement nigérian continue à soutenir que des pourparlers sont en cours au Tchad voisin, mais les violences n'ont jamais cessé. De nouveaux enlèvements ont même eu lieu la semaine dernière dans le nord-est, épicentre de l'insurrection islamiste qui a fait au moins 10 000 morts ces cinq dernières années.

L'armée nigériane a déclaré samedi soir dans un communiqué qu'elle étudiait le contenu de la vidéo et qu'elle «continuera à accorder une grande reconnaissance à tout effort de médiation en cours visant à ramener nos filles chez elles». Les opérations terrestres et aériennes contre les insurgés se poursuivent, a-t-elle précisé.

S'il avait précédemment menacé de vendre les jeunes filles et d'en faire des esclaves sexuelles, le chef de Boko Haram avait cependant laissé la porte ouverte à un possible échange de captives contre la libération d'islamistes emprisonnés.

Selon un rapport de Human Rights Watch publié cette semaine, Boko Haram détient plus de 500 femmes et jeunes filles et les mariages forcés sont une pratique courante dans les camps du groupe islamiste.

«Dieu seul sait combien de filles ont été kidnappées par Boko Haram», se désole le pasteur Mark. «Nous continuons d'espérer qu'elles nous soient rendues ou, si elles ne le sont pas, qu'elles trouvent du réconfort auprès de Dieu».

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