L'ONU assiégée au Congo

Des Casques bleus de l'ONU surveillent des manifestants... (Photo Kenny Katombe, Reuters)

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Des Casques bleus de l'ONU surveillent des manifestants en colère à Beni.

Photo Kenny Katombe, Reuters

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Les Casques bleus ne sont pas vus comme des sauveurs en République démocratique du Congo (RDC), par les temps qui courent. Censés protéger les civils et consolider la paix, ils ont été taxés d'inaction cette semaine après une vague de massacres. Avec une équipe de 25 600 personnes et un budget de 1,57 milliard cette année, la mission des Nations unies au Congo est la plus imposante des 16 opérations de paix de l'ONU en cours. Une paix visiblement difficile à maintenir.

Le calme revient tranquillement autour du quartier général des Nations unies à Beni, dans le nord-est du Congo, qui a été assiégé par des manifestants cette semaine. La population est en colère contre l'ONU, qu'elle accuse de ne pas la protéger après des massacres qui ont fait plus de 80 morts depuis le début du mois.

La situation a dégénéré mercredi, au troisième jour des manifestations. «Ils essayaient d'entrer dans le campement, ils tentaient de forcer le portail et lançaient toutes sortes de pierres et de flèches avec des armes artisanales», raconte un Montréalais qui travaille dans ce bureau de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) et qui souhaite ne pas être identifié.

Depuis, la MONUSCO a instauré une mesure de confinement, forçant le personnel international à dormir sur les lieux et à ne sortir que le jour, sous escorte ou en cortège d'au moins deux véhicules. «Ils dorment dans leur bureau et au petit matin, ils peuvent aller en ville pour se changer», confirme le chef de l'information publique de la MONUSCO à Beni, Moussa Demba Diallo, joint par La Presse.

Quelque 150 civils, dont une vingtaine d'expatriés, et plus d'un millier de Casques bleus sont basés dans ce quartier général de la MONUSCO, situé à une douzaine de kilomètres à l'extérieur de cette ville d'un demi-million d'habitants, au Nord-Kivu, non loin de la frontière avec l'Ouganda.

C'est d'ailleurs un mouvement rebelle d'origine ougandaise qui est accusé d'être à l'origine des massacres commis depuis le début du mois: les Forces démocratiques alliées - Armée nationale de libération de l'Ouganda, communément appelées ADF-Nalu. Ce groupe, formé en 1995, est «le seul de cette région à être considéré comme une organisation terroriste appartenant à la nébuleuse islamiste d'Afrique de l'Est», estime l'International Crisis Group.

L'armée congolaise mène depuis janvier une offensive contre les ADF-Nalu, avec l'appui de la MONUSCO. Le mouvement semble toutefois s'être renforcé depuis la mort, en août, du général congolais qui dirigeait l'opération, victime d'un arrêt cardiaque.

Massacres

L'assassinat de 22 personnes dans un village à une cinquantaine de kilomètres de Beni, en pleine nuit, la fin de semaine dernière, a déclenché les manifestations de cette semaine. Quelque 60 autres personnes avaient déjà été tuées dans la région au cours des semaines précédentes.

La population reproche aux Casques bleus de ne pas patrouiller après le coucher du soleil, ce qui laisse le champ libre aux rebelles pour commettre leurs exactions.

Devant cette colère populaire et l'hostilité croissante envers le personnel onusien, le chef de la MONUSCO, Martin Kobler, a fait le déplacement de Kinshasa à Beni, jeudi, pour venir à la rencontre des autorités locales, ce qui semble avoir fait baisser la tension.

«Aujourd'hui, c'est calme», a confié hier le Montréalais que La Presse a pu joindre sur place par téléphone. «Le travail n'est pas complètement arrêté, on peut faire venir les gens à notre bureau ou joindre des gens par téléphone, lorsque le réseau est disponible.»

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