Centrafrique: Roméo Dallaire craint un génocide

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Le sénateur Dallaire met le monde en garde: l'histoire rwandaise semble être sur le point de se répéter en Centrafrique. Au début du conflit, des milices musulmanes ont semé la terreur. Désormais, des miliciens chrétiens semblent déterminés à nettoyer le pays de ses citoyens musulmans.

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Isabelle Hachey

En 1994, il a vainement tenté d'attirer l'attention de la communauté internationale sur le carnage qui se préparait au Rwanda. Vingt ans plus tard, le lieutenant-général Roméo Dallaire tire à nouveau la sonnette d'alarme: un génocide risque d'éclater à tout moment en Centrafrique. Cette fois, dit-il, le monde ne doit pas rester les bras croisés.

Lorsque Roméo Dallaire était commandant de la Force de maintien de la paix des Nations unies au Rwanda, il avait supplié ses supérieurs de lui donner les moyens d'intervenir pour stopper les forces génocidaires hutues. «Peux ce que veux. Allons-y», avait-il écrit, en janvier 1994, dans un fax urgent envoyé au siège de l'ONU, à New York.

Son appel n'a pas été entendu. Trois mois plus tard, Roméo Dallaire a été le témoin impuissant de l'un des pires carnages de l'histoire moderne, orchestré par un gouvernement hutu extrémiste. Au moins 800 000 Rwandais ont été massacrés. Les trois quarts des Tutsis ont été éliminés, la plupart à coups de machette.

Roméo Dallaire est rentré au Québec en septembre 1994, brisé et désillusionné. Il a souffert du syndrome du stress post-traumatique, a mis des années à s'en remettre. Ses mémoires, intitulées J'ai serré la main du diable, ont été adaptées au cinéma. Depuis, il est devenu le symbole de l'échec de l'humanité à intervenir pour empêcher un massacre annoncé.

Aujourd'hui, le sénateur Dallaire met le monde en garde: l'histoire semble être sur le point de se répéter en Centrafrique, un pays plongé dans l'anarchie depuis plusieurs mois. Au début du conflit, des milices musulmanes ont semé la terreur. Désormais, des milices chrétiennes, assoiffées de vengeance, semblent déterminées à nettoyer le pays de ses citoyens musulmans.

Le pays traverse une crise humanitaire sans précédent. Des centaines de milliers de déplacés ont fui les violences. Plusieurs se terrent dans la brousse ou s'entassent dans des camps de réfugiés au Tchad.

«En Centrafrique, il y a deux groupes religieux qui commettent des exactions significatives. C'était semblable au Rwanda. Là-bas, il y avait aussi deux groupes, ethniques, ceux-là. L'un ne voulait pas partager le pouvoir avec l'autre, alors il a décidé de s'en débarrasser», explique le sénateur en entrevue.

D'autres voix s'élèvent

M. Dallaire ajoute sa voix à celles de la France et de l'ONU, qui ont aussi prévenu, au cours des derniers mois, que les ingrédients explosifs pouvant mener à un génocide étaient réunis en Centrafrique.

«La haine entre communautés demeure à un niveau terrifiant», a rapporté Navi Pillay, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, au terme d'une mission en Centrafrique la semaine dernière. «Des personnes sont non seulement tuées, mais aussi torturées, mutilées, brûlées et démembrées - parfois par des groupes mobilisés de manière spontanée, tout comme par des groupes organisés de combattants armés.»

Environ 6000 enfants soldats combattent au sein des milices chrétiennes et musulmanes, estime des ONG sur le terrain.

«Le recrutement massif d'enfants soldats est un signe avant-coureur de destruction humaine extrême. Rien n'arrête un enfant soldat endoctriné et drogué. Cela mène à des tueries massives, et la spirale de la violence risque de conduire à un génocide», souligne le sénateur Dallaire

Les contingents de 2000 soldats français et de 6000 soldats de l'Union africaine sont insuffisants pour assurer la protection des civils et ramener l'ordre dans ce pays livré au chaos, sans armée ni force policière.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a exhorté les États à créer une force de maintien de la paix de 12 000 hommes. Son appel est débattu au Conseil de sécurité.

«Ça va traîner, ça va arriver trop tard», prédit M. Dallaire, une pointe de dépit dans la voix. Il en veut surtout au Canada, autrefois considéré comme un gardien de la paix dans le monde, d'avoir renoncé à son rôle historique.

Le Canada impassible

«En tant que pays de la francophonie qui a de l'expérience dans le secteur, comment se fait-il que le Canada n'a pas déjà déployé un contingent en renfort aux soldats français en Centrafrique? Je ne comprends pas. Ça, ça me met en... maudit, pour être poli!»

Il y a longtemps que le Canada ne s'engage plus à participer aux opérations de maintien de la paix, déplore le sénateur. «Le Canada n'est plus intéressé. Il n'a aucun intérêt là-dedans, aucun bénéfice à en tirer, alors il n'y va pas. Pour lui, le facteur humain n'est pas un enjeu.»

À la suite de la tragédie rwandaise, le monde a dit: «Plus jamais.» Et il s'est donné les moyens de respecter cette promesse. «C'est même le Canada qui a créé la notion de la responsabilité de protéger» appuyée par l'Assemblée générale des Nations unies en 2005, rappelle M. Dallaire. «Depuis, on a tous les outils pour intervenir dans un pays où il y a des abus massifs des droits de la personne. Mais on décide de ne pas vouloir le faire.»

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À lire, notre dossier spécial sur les 20 ans du génocide au Rwanda, ce week-end dans La Presse+




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