Nigeria: des hommes rasent trois villages, au moins 100 morts

Des hommes armés ont rasé trois villages dans la nuit de vendredi à samedi dans... (Photo Jossy Ola, archives AP)

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Aminu ABUBAKAR
Agence France-Presse
KANO

Des hommes armés ont rasé trois villages dans la nuit de vendredi à samedi dans le centre du Nigeria, tuant au moins 100 personnes, dans un contexte de fortes tensions entre communautés de la région.

Cette série d'attaques, rapportée dimanche à l'AFP par des responsables locaux, est la plus meurtrière dans le sud de l'État de Kaduna depuis les violences post-électorales qui avaient fait plusieurs centaines de morts en 2011.

«Il y a au moins 100 corps provenant des trois villages attaqués par les hommes armés», a déclaré Yakubu Bitiyong, député de l'État de Kaduna.

Une quarantaine d'assaillants armés de fusils et de machettes ont attaqué les villages d'Angwan Gata, Chenshyi et Angwan Sankwai, dans le district de Kaura, dans le sud de l'État, ouvrant le feu sur des habitants à leur domicile où ils dormaient ou les découpant à la machette, selon M. Bitiyong.

Une partie des victimes «ont été tuées par balle et brûlées chez elles alors que d'autres ont été taillées à coup de machette», a-t-il expliqué.

De nombreuses personnes ont également été blessées, tandis que les villages ont été entièrement brûlés, a-t-il ajouté.

Le porte-parole de la police d'État, Aminu Lawan, a confirmé ces attaques, se refusant toutefois à communiquer un bilan des victimes.

M. Lawan a également refusé de donner des précisions sur l'origine des assaillants, alors que la population locale, majoritairement chrétienne, accuse les éleveurs musulmans fulani d'être les auteurs des attaques.

Le village de Chenshyi, où au moins 50 personnes ont péri, a été le plus durement touché, selon Adamu Marshall, le porte-parole de l'Union du peuple de Kaduna Sud (SOKAPU), une association politique et culturelle de la région, dont le bilan concorde avec celui du député Bitiyong.

«Les assaillants ont volé de la nourriture et mis le feu aux granges», a-t-il déclaré à l'AFP. «Les gens sont encore cachés dans les buissons, ils ont peur de rentrer chez eux».

2000 déplacés dans une école

Selon un responsable local ayant requis l'anonymat, environ 2000 déplacés se sont réfugiés dans une école primaire du village de Gwandong après les attaques.

Le gouverneur de l'État de Kaduna, Ramalan Yero, a interrompu un voyage aux États-Unis et il est rentré au Nigeria quand il a appris la nouvelle, a déclaré son porte-parole, Ahmed Maiyaki.

Depuis avril 2011, le sud de l'État de Kaduna, dont la population est majoritairement chrétienne, est secoué par des violences intercommunautaires, dans le sillage d'affrontements post-électoraux qui avaient fait plus de 400 morts et des milliers de déplacés, selon l'ONG Human Rights Watch.

Les violences avaient commencé à l'annonce de la victoire de Goodluck Jonathan, un chrétien du Sud, contre Muhammadu Buhari, un musulman du Nord, à la présidentielle de 2011.

Si la situation s'est envenimée sur des griefs politiques, les affrontements ont ensuite pris une tournure ethnique et communautaire, les agriculteurs chrétiens de la région s'en prenant aux musulmans haoussa et fulani, considérés comme «non indigènes».

Les éleveurs fulani sont depuis fréquemment accusés d'attaques sporadiques dans des villages chrétiens, en représailles des violences post-électorales.

Kaduna et l'État voisin de Plateau ont une longue histoire de violences ethniques et religieuses.

Ces deux Etats constituent la «ceinture centrale» («Middle Belt») du Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, dont les 170 millions d'habitants sont divisés entre une population majoritairement musulmane au Nord et principalement chrétienne au Sud.

Les chrétiens, divisés en petits groupes mais globalement majoritaires dans les deux Etats, et les musulmans haoussa et fulani s'accusent mutuellement de discrimination et de violences.

Human Rights Watch avait indiqué en décembre dernier qu'environ 10 000 personnes avaient été tuées dans ces deux Etats depuis 1992 en raison de leur identité religieuse ou ethnique, dont plusieurs milliers depuis 2010.




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